Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 17:16

 

L'armée de l'air britannique et la première salle des fêtes

C’est la présence de l’armée de l’air britannique, le Royal flying corps, qui dota Pont-de-l’Arche d’une première salle des fêtes. En effet, durant la Première guerre mondiale l’armée de sa Majesté occupa tout l’espace compris entre la rue des Peupliers, aux Damps, et la rue des Soupirs à Pont-de-l’Arche. Les soldats achevèrent la construction de l’usine de chaussures des Fils de Georges Prieur (avenue de la Forêt de Bord), le gouvernement britannique loua le Vieux manoir, actuel Manoir de Manon, afin d’établir le quartier général des officiers. L’armée construisit de nombreux baraquements provisoires au Camp dont il reste le bar Les Dardanelles. Elle fit aussi bâtir une salle des fêtes, aujourd’hui disparue, au bout de la rue de Montalent, actuelle rue Jean-Prieur. Cette salle était constituée de deux baraquements en bois, longs et accolés. Quelques décorations peintes égayaient ses façades.

Le 7 décembre 1921, la Ville de Pont-de-l’Arche acheta ce baraquement 10 000 francs aux établissements Ponda, dirigés par M. Fabre. Ce bâtiment devait servir de salle des fêtes.  Les élus décidèrent de mette en location cette salle à des particuliers souhaitant y réaliser des animations. L’Industriel de Louviers du 14 octobre 1922 narre l’inauguration du cinéma d’Édmond Béquet et de R. L’Hernaut dans la salle des fêtes. Le 17 mars 1923, le journal annonçait des spectacles : « The great mystery », et « Robertson et sa mystérieuse Compagnie ». Le 30 décembre 1935, les élus confièrent le bail à Maurice Lavoisey, par ailleurs animateur d’une troupe lovérienne de théâtre : « la Revue locale ». Une anagramme lui servait de nom de réalisateur « Maurice de Yésioval ». Le 22 aout 1928, les élus signèrent un bail avec Emile Chary qui réalisa plusieurs spectacles avec Maurice Lavoisey.

 

Eden 1 (3 M 1)

La première salle des fêtes de Pont-de-l'Arche se trouvait dans un baraquement provisoire bâti par l'armée de l'air britannique durant la Première guerre mondiale (photo archives municipales). 

 

Le nouveau pont oblige la création d'une nouvelle salle 

A la Libération, il fut décidé de construire le nouveau pont en amont de la ville, devenue trop étroite pour les moyens de transports. Ainsi, les Ponts et chaussées décidèrent de créer une déviation depuis la limite des Damps jusqu’à l’entrée du pont prévue au bout de la rue Jean-Prieur. Cette nouvelle voie, la future avenue De-Lattre-de-Tassigny, condamna plusieurs espaces et bâtiments dont la salle des fêtes. Le 30 mars 1950, sous la présidence de Charles Morel, le Conseil municipal décida la construction d’une salle des fêtes « en remplacement de celle expropriée pour le passage d’un tronçon de la RN 182 selon l’état descriptif et estimatif sommaire établi par M. Rivier, architecte à Louviers, qui se monte à environ 8 305 000 F ». Le projet suivit son cours et c’est Alix Duchemin qui mena à bien la construction de la salle des fêtes (1954). Elle fut inaugurée en présence de Pierre Mendès France en face du groupe scolaire Maxime-Marchand et près de ce qui sera l'école maternelle et le stade Jacques-Havet. Pour la première fois, la ville avait une salle des fêtes construite pour durer. Elle témoigne des années 1950 par son plan en carré long et son toit à quatre pans recouverts de tuiles mécaniques. 

Salle des fêtes non terminée (oct. 1954)

L'inauguration de la salle des fêtes en 1954 en présence (de gauche à droite) du Préfet, d'Alix Duchemin, maire, de Pierre Mendès France, député, conseiller général de Pont-de-l'Arche et président du Conseil général, et de la veuve Georges Bluet, présidente du cercle radical Edouard-Herriot de la ville. 

 

La salle des fêtes bénéficia d’une restauration achevée en 1987 pendant le mandat de Roger Leroux. C’est depuis lors que l’entrée de cet espace est enrichie d’œuvres du sculpteur Jean Kerbrat qui habita Pont-de-l’Arche quelques années.

Ce bâtiment fut restauré en 2006 pendant le mandat de Dominique Jachimiak. Celui-ci décida de lancer un concours afin de nommer ce lieu. Le nom d’Espace des Arts’chépontains fut retenu suivant le jeu de mots d’Odile Maës. Il repose sur l’identification du mot « Arts » dans la sonorité du nom des habitants : les Archépontains. 

 

Maurice Delamare (9)

Vue sur la salle des fêtes peu après sa construction (carte postale). 

 

Sources

Registres des délibérations du Conseil municipal

Archives municipales

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

Repost 0
1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 19:09

Né le 22 juillet 1878 et décédé le 3 septembre 1964, Alix Duchemin était lieutenant des sapeurs-pompiers de Pont-de-l’Arche. Très investi dans la vie publique, il fut adhérent de la Ligue des droits de l'Homme, président honoraire de l'association des sapeurs-pompiers et président de l'Association des anciens combattants de Pont-de-l'Arche-Les Damps (UNC). En 1956, il reçut la Croix du mérite du combattant.

 

Alix-Duchemin.JPG

Pierre Mendès France au côté d'Alix Duchemin sortant du bailliage (ancienne mairie). 


Militant puis élu radical-socialiste

Alix Duchemin était adhérent au cercle Edouard-Herriot rassemblant les radicaux-socialistes de Pont-de-l’Arche. Au décès du maire radical Maurice Delamare, il fut élu au conseil municipal en aout 1930 avec une partie de la liste radicale. Cependant, le Conseil municipal était très fragile, le maire de droite, Patrice Girard, n’étant élu qu’avec 7 voix sur 16 conseillers municipaux... Les élus de gauche démissionnèrent, quelques temps avant que le maire ne le fasse aussi. Mais les radicaux perdirent les nouvelles élections, en novembre, qui réussirent à Raoul Sergent, bras droit de Charles Morel.

Alix Duchemin participa à la victoire de Pierre Mendès France aux législatives de 1932. Il compta même parmi les amis de ce leader radical local et bientôt national.

 

Maire de Pont-de-l’Arche (1954-1959)

Ce sont les élections de 1954 qui firent d’Alix Duchemin le premier magistrat de la ville. Les résultats furent très serrés aux deux tours entre la liste de droite de Charles Morel et la liste radicale-socialiste (350 et 346 voix). La liste PCF s’était maintenue (267 voix). La droite eut 7 conseillers. Les radicaux en eurent 7. Le PCF en eut 3. Lors de la désignation du maire par les conseillers, Alix Duchemin et Charles Morel obtinrent chacun 7 voix à trois reprises et c’est Alix Duchemin qui fut déclaré maire au bénéfice de l’âge. Les élus PCF auraient pu voter en sa faveur mais ne le firent pas.

Son mandat est caractérisé par des travaux sur la toiture de l'église ainsi qu’une restauration de l’orgue. Il mena à bien la construction de la salle des fêtes (1954) nécessaire en raison de la démolition de l’ancienne salle des fêtes gênant l’accès au nouveau pont, inauguré durant son mandat (1955). Il fit construire l’école maternelle (1957) et bâtir deux salles de classe au groupe scolaire Maxime-Marchand (1957). En matière de logements publics, il fit ériger les logements d'urgence de l'Anneau des Rosiers (1955) et les HLM des Lupins 1, c'est-à-dire l'immeuble jouxtant la rue Général-de-Gaulle (1958).

C'est Roland Levillain, son adjoint, qui lui succéda aux élections de 1959 où il ne se représenta pas. 

 

Sources

L’Industriel de Louviers

La Dépêche de Louviers

Délibérations du Conseil municipal

Avec nos remerciements à François Fermanel 

 

 

A lire aussi... 

Les maires de Pont-de-l'Arche

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

 

Repost 0
12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 15:24

Une exposition consacrée à Pierre Mendès France par la Ville de Louviers nous offre l’occasion d’évoquer la profonde attache archépontaine de celui qui fut Conseiller général et député de notre ville.

 

Article publié dans Pont-de-l'Arche magazine n° 17 (automne 2012). 

 

Un représentant de la République…

L’avocat Pierre Mendès France (1907-1982) est un des plus grands hommes d’Etat français du XXe siècle.

Elu député radical-socialiste de notre circonscription en 1932, il s’illustra dans le gouvernement de Front populaire en introduisant en France les thèses de l’économiste John Keynes sur l’importance des investissements publics dans la relance économique.

Lieutenant réserviste, Pierre Mendès France réclama en 1939 une affectation au front malgré ses mandats politiques. En 1940, le gouvernement vichyste nouvellement installé chercha à écraser Pierre Mendès France, homme de gauche, juif et franc-maçon, et le fit emprisonner. Celui-ci s’évada et rejoignit la Résistance auprès du général de Gaulle, à Londres. Il combattit dans l’aviation.

A la Libération, le général de Gaulle le nomma au commissariat aux finances du Gouvernement provisoire. Ensuite, il occupa des postes de premier plan à la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), au Fonds Monétaire International et au Conseil économique et social de l’ONU.

A l’Assemblée nationale, il présida la commission des finances en 1953 et devint président du Conseil des ministres en juin 1954, la plus haute fonction de la IVe République. En un peu plus de 7 mois, il donna l’indépendance à l’Indochine, remit sur de bons rails la question de la Tunisie, de la Sarre et des comptoirs français de l’Inde. Puis il s’opposa à la Ve République taillée pour Charles de Gaulle et écrasant le pouvoir législatif.

Ancré à gauche, il rejoignit le Parti socialiste et soutint François Mitterrand dont il vit l’élection avant de s’éteindre, en plein travail dans son bureau de Louviers, le 18 octobre 1982.

… très attaché à Pont-de-l’Arche

Pierre Mendès France installa son cabinet d’avocat à Louviers en 1929. En 1932, il devint député de notre circonscription et fut réélu en 1936, 1947 et 1952.

Chose moins connue, il battit Raoul Sergent (URD) aux élections cantonales de 1937. Il retrouva ce siège de conseiller général de Pont-de-l’Arche en 1951 et 1958, siège qui lui permit de devenir président du Conseil général de l’Eure (1951-1958).

Suite au décès du radical Maurice Delamare, deux fois maire de Pont-de-l'Arche, la gauche locale était sans meneur. Pierre Mendès France vint combler durablement cette lacune et il devint le représentant, notamment, des ouvriers de la chaussure.

Lorsqu’il venait (de Louviers), il est arrivé qu’il soit accueilli à l’orée de la forêt, près du calvaire de la Procession, et porté sur les épaules jusqu’au centre ville ! Cet honneur était un retour de l’implication du de cet élu qui travailla, avec les réseaux radicaux-socialistes, au reclassement des ouvriers mis au chômage par certains patrons de la chaussure après la grande grève de 1932. Pierre Mendès France appuya la création de la cité d'urgence Charles-Michels (1947), de la nouvelle salle des fêtes (1954), du nouveau pont (1955), de la cité d'urgence L'Anneau des Rosiers (1955), de l'école maternelle (1957)... 

L’attachement de Pont-de-l’Arche pour Pierre Mendès France ne se démentit pas. Le 19 novembre 1982, suite à son récent décès, le Conseil municipal présidé par Roger Leroux donna son nom à la résidence que nous connaissons de nos jours et qui allait bientôt sortir de terre.

  Pierre Mendès France

Devant le bailliage (alors mairie) et de gauche à droite, Roland Levillain, adjoint au maire, le préfet Pierre Damelon, Pierre Mendès France et son épouse Lily Cicurel, et Alix Duchemin (1878-1964). Ce dernier fut maire radical-socialiste de Pont-de-l’Arche de 1954 à 1959.  

 

 

A lire aussi...

Pierre Mendès France et la commune des Damps


Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com/

Bando 13x9 (1)

Repost 0
18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 22:56

Diaporama accesible sur Slideshare en cliquant sur l'image... 

 

12 personnages

Repost 0
8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 17:29

Les premiers contacts

 

 PMF.jpg

Article extrait de L’Elbeuvien du 6 août 1932 :

 

"Les Damps. – Fête républicaine.

 

M. Mendès France, député, a été reçu samedi à la Mairie des Damps par la municipalité, une délégation des élèves de l’école communale, la société des Tambours et Clairons et un grand nombre d’habitants. 

Une charmante fillette, Mlle Fernande Milliard dit un compliment au nouveau député et lui remit une superbe gerbe de fleurs qui fut, par la suite, déposée au monuments aux Morts. M. Prémillieux, Maire, souhaita ensuite la bienvenue à M. Mendès France qui lui répondit en faisant l’éloge de la petite Commune, rappelant la belle majorité qu’elle lui avait donné. Devant le monument aux Morts où les enfants déposèrent des gerbes, on observa une minute de silence, puis on se rendit au restaurant Félix-Hublet, où un dîner soigné attendait une quarantaine de convives dans une salle artistement (sic) décorée".

 

Ce document montre l’accueil réservé à Pierre Mendès France dans notre village. Ce jeune avocat venait de se présenter aux élections législatives de 1932 sous l’étiquette du Parti Radical. Or, ces élections n’étaient pas gagnées d’avance pour Pierre Mendès France car il venait de Paris, professait des idées politiques nettement ancrées à gauche et était d’origine juive ce qui déplaisait aux conservateurs et principalement aux ligues d’extrême droite qui lui rendirent sa campagne difficile. Malgré tout, le candidat radical se fit élire avec seulement 232 voix d’avance et ce grâce à l’électorat ouvrier des villes telles que Louviers… La particularité des Damps était la présence depuis de nombreuses années d’une opinion républicaine avancée qui avait élu aux fonctions de Maire M. Prémillieux. 

         Par ailleurs, ces quelques lignes nous apprennent l’existence de la fanfare appelée La société des tambours et clairons montrant, ainsi que la commémoration de la Première Guerre mondiale, l’étendue de l’influence de la chose militaire dans la société française des années 1930. En effet, les tambours et les clairons sont des instruments usuels dans l’armée. 

         Quant au restaurant Félix Hublet dont il est question, il se trouvait en face du pont sur l’Eure, à gauche du bar actuel. Il était tenu par la femme de cet homme qui, lui, assumait les activités agricoles de l’exploitation familiale.

 

 

Les liens privilégiés entre Pierre Mendès France et Les Damps

Bien qu’il soit vrai que Pierre Mendès France ait eu un bon contact avec ses concitoyens en général, nous pouvons tout de même dire que le village des Damps lui était particulièrement cher. Nous avons déjà vu quel accueil notre village lui avait réservé lors de sa première candidature locale, en 1932, où les Dampsois votèrent à 70 % pour le jeune radical (le record de la circonscription !) et l’accueillirent ensuite pour fêter son élection. Pierre Mendès France avait donc ici le soutien de la grande majorité de la population ainsi que celui du Maire, M. Prémillieux, qui présidait le comité républicain de gauche du canton (radical, en fait)… 

C’est ainsi que ces relations se traduisirent par des avancées notables pour notre commune : M. Mendès France aida les ouvriers grévistes à retrouver un emploi et facilita la subvention du premier pont sur l’Eure, par exemple… 

Outre ces aides politiques, la présence de Pierre Mendès France était constante, malgré ses nombreuses responsabilités (Président du Conseil, député, Conseiller général de Pont-de-l’Arche…). Il venait assister et participer aux remises des prix de l’école primaire (M. Roland Lenoir, instituteur et secrétaire de Mairie, était un radical convaincu, ce qui aidait les relations…), aux inaugurations (comme celle de la rue Neuve), aux festivités (dans la salle Kali (Fénoroc))… Mais là où les relations dampsoises furent particulièrement importantes pour notre homme, ce fut lors de l’arrivée des troupes nazies. Pierre Mendès France avait servi dans l’aviation pour lutter contre l’armée nazie et était désormais recherché pour ses convictions démocratiques et ses origines juives. Il se réfugia, quelques temps, aux Damps, avant de gagner l’Angleterre et de participer à faire de la France une nation alliée, auprès de De Gaulle, à Londres.

               Mais il y a une fin à tout, les délibérations du Conseil municipal témoignent, elles aussi, de la disparition de Pierre Mendès France, en septembre 1982 : "A l’ouverture d’une séance (…) une minute de silence a été observée en mémoire du Président Mendès-France, récemment décédé". C’est le dernier clin d’œil dampsois adressé à celui qui fut reconnu comme l’un des plus grands hommes politiques français du siècle dernier. Il fut, quoi qu’il en soit, le plus grand personnage qu’ait connu notre village…

 

 

A lire aussi...

Pierre Mendès France et Pont-de-l'Arche

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

Repost 0
5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 17:54

La ville de Pont-de-l'Arche est née dans un des deux forts protégeant le premier pont de la ville, au IXe siècle. Près de 14 ponts plus ou moins provisoires ont existé afin de franchir la Seine. Ils ont conféré une importance stratégique à la ville. Nous avons tenté de poser des jalons historiques à tous ces ouvrages afin de mieux comprendre l'évolution de la ville.

 

A lire aussi...

Le pont du diable

 

Le premier ouvrage ; le pont fortifié de Charles le Chauve (862-869 / 885 (?)) 

Le premier pont bâti sur le territoire des Damps prit le nom du grand village local : Pîtres. Charles II, dit le Chauve, ordonna l’érection d’un pont fortifié afin de ralentir ou, mieux, arrêter les remontées et les descentes de la Seine par les envahisseurs scandinaves. En 862, le roi fit réunir les grands du royaume à Pistae (Pîtres) afin de mobiliser les fonds et les moyens humains. En 863, il fut décidé d’adjoindre une résidence royale à ces fortifications qui faisaient l’objet d’une surveillance par Wenillon, archevêque de Rouen, et même par Hincmar, archevêque de Reims, bras droit du roi.

Bien que beaucoup d’historiens aient écrit que Pistae désignait l’actuel village de Pîtres, nous avons émis des doutes quant à cette localisation [1] Nous allons plus loin en avançant qu’il y a des chances que ce palais de Pistae se soit trouvé dans un des deux forts gardant les entrées du pont.

Les moyens techniques étant limités, malgré le courage des hommes, les travaux ne devaient pas être achevés en 865 ; année où les Normands remontèrent à Paris et occupèrent Pistae

En 869, les documents royaux font, pour la première fois, référence à des constructions de pierre (pour les tours des têtes du pont et les remparts des forts). Les travaux étaient achevés en 869 où Adon de Vienne parla de l’étonnante puissance du pont et des deux forteresses construites de part et d’autre [2]. Seconde preuve de la fin des travaux, en 873, Hincmar nota que Charles, donc, après avoir chassé les Normands de la cité d’Angers et reçu leurs otages, se mit en marche au mois d’octobre, et par le Mans, Évreux et son nouveau château de Pîtres arriva à Amiens au commencement de novembre…[3]

Nous datons donc les travaux du premier pont entre 862 et 869. Or, celui-ci n’empêcha pas les Normands de gagner Paris et de mettre le Trésor franc à contribution si bien qu’en 911 les Normands de Rollon ôtèrent de la couronne franque ce beau joyau qu’est la Normandie par le célèbre traité de Saint-Clair-sur-Epte.

L’archéologie nous a prouvé que les fortifications de la rive droite, futur fort de Limaie, brulèrent quelques années après leur construction [4]. La date de 885 fut le théâtre d’une grande opération normande qui toucha Paris et où les hommes du nord s’opposèrent aux Francs, aux Damps-Pont-de-l’Arche. 

Ensuite, Pont-de-l’Arche naquit de ces premières fortifications dans les brumes qui couvrent notre histoire de la fin du IXe siècle au début du XIe siècle. 

 

Un deuxième ouvrage, ou plus (?), durant la période normande (après 885 / 1203 (?)) 

En 1020, une paroisse Saint-Vigor existait en ce lieu qui continua à être appelé Pont des arches. Un pont dût bien être rebâti par les Normands sur les restes du premier ouvrage pour que l’on conservât ce nom. Est-ce bien un seul pont qui fut rebâti durant la période ? Rien n’est certain car il peut très bien s’agir de plusieurs ouvrages plus ou moins provisoires. En l’absence de preuves, nous ne pouvons trancher entre cette première supposition et le remplacement quasi permanent des matériaux du pont par des réparations que la dureté du temps et le courant de la Seine rendaient inéluctables. Il y eut, au moins, un nouveau pont durant la période ducale.

Ensuite, à notre connaissance, on ne retrouve trace directe du pont de Pont-de-l’Arche qu’en 1194, lors du retour de Richard Cœur de Lion de sa captivité : Quand Richard (…) s’en vint à Pont-de-l’Arche, dont il fit promptement refaire le pont ; sous Elbeuf, en aval, il fortifia la roche d’Orival [5]. Que signifie refaire le pont ? Bien que ce terme soit assez imprécis, la promptitude des travaux signifie que l’on consolida quelques parties ou, au pis, qu’on rebâtît une ou deux arches détruites par les Français, peut-être. Il n’y a aucune communauté de grandeur avec la reconstruction du pont de l’ile d’Andely en 1196 par ce même Richard [6]. Les comptes de l’Échiquier ont prouvé que plusieurs séries d’investissements ont servi aux frères Tyrel, architectes qui rénovaient Pont-de-l’Arche et Le Vaudreuil [7].

Richard Cœur de Lion étant mort, c’est Jean sans Terre qui fut censé, soit rendre hommage, en tant que duc de Normandie, à son suzerain le roi de France (Philippe II dit Auguste) ; soit défendre la région en tant que roi d’Angleterre ne reconnaissant pas le pouvoir du monarque français. Entre ces deux positions, il abandonna la Normandie et, comme l’écrivit Léon de Duranville : On lit dans la Philippide que ce prince, voyant le roi de France s’avancer contre le duché, détruisit le Pont-de-l’Arche : Pontem qui dicitur Archas diruit. II s’agit probablement de la destruction des murailles, et les habitations durent rester debout ; mais, peut-être, la communication d’une rive à l’autre fut-elle interceptée par quelque brèche [8].

L’expression latine signifie qu’il détruisit le pont que l’on appelait Arque. Contrairement à Léon de Duranville, Louis-Etienne Charpillon et Anatole Caresme [9] notèrent que Jean sans Terre ne pouvant défendre Pont-de-l’Arche, voulut démanteler le château ; Philippe Auguste ne lui en laissa pas le temps et s’en empara en 1203. Ne connaissant pas les sources qui ont permis à ces historiens de l’affirmer, nous pensons que le pont fut la priorité de la tactique de la « terre brulée » du roi Jean.

Les documents nous manquent pour affirmer qu’il n’y eut qu’un pont durant la période normande que nous venons de voir. C’est pourquoi nous appellerons le prochain pont « troisième  ouvrage », suivi d’un point d’interrogation, comme tous les suivants. 

 

Un troisième ouvrage (?) : le pont de Philippe Auguste (ca.1204-1346) 

En 1204 la Normandie passa sous le contrôle du roi de France, Philippe II. Celui-ci ne manqua pas de faire de Pont-de-l’Arche le siège d’une vicomté qu’il occupa très souvent et dont il it rehausser les fortifications. Il fit sans aucun doute remonter le pont de la ville. Remonter ou rénover ? Le terme employé par Guillaume Breton pour désigner les méfaits de Jean sans Terre dans La Philippide est bien « détruisit » et, à en juger par les représentations anciennes, Philippe II n’a pas été avare de dépenses pour les fortifications de Limaie et pour celles de la ville elle-même, entièrement faites en pierre blanche de Vernon. Le pont, à notre avis, à fait l’objet d’importants travaux si bien que l’on puisse parler de construction d’un nouveau pont.

En 1296, le pont de Pont-de-l’Arche résista à une très forte crue (Louis-Etienne Charpillon et Anatole Caresme), ce qui le distingua de nombreux autres ouvrages de la Seine. À moins qu’il fût endommagé entre temps – mais par quel sinistre ? – il faut attendre 1346 pour qu’un document mentionne une destruction de ce pont. En effet, d’après Nicolas-François du Buisson-Aubenay, Philippe de Valois fit démolir le vieux pont pour couper la route à Édouard III et le fit rebâtir après.

Nous considérons donc, en l’état actuel de nos connaissances, qu’un seul pont occupa les XIIIe et XIVe siècles ; celui de Philippe Auguste.

 

Un quatrième (?) ouvrage : celui de Philippe VI, dit Valois (ca. 1346-1640) 

Nicolas-François du Buisson-Aubenay s’exprima ainsi, vers 1635 : Ce pont paroist fort neuf ; aussy est-il fait depuis l’an 1346 par Philippe de Valois y étant campé avec son armée, feit rompre celuy qui y estoit de vieux, de peur que le roy d’Angleterre Edoard 3 qui venoit de Basse Normandie, après avoir pris Coutances, Bayeux, St Lô et Caen, ne s’en saisist et ne passast la rivière de Seine, sur laquelle il feit alors rompre aussy tous les autres ponts, jusques à celui de Poissy… [10]

Ensuite, il semble que le pont de Philippe de Valois se soit maintenu, au moins jusqu’en 1435. À cette date, les troupes anglaises occupant la ville réparèrent le pont à cause de son très mauvais état (Louis-Etienne Charpillon et Anatole Caresme). En fait, à n’en pas douter, le pont devait être incessamment réparé eu égard aux intempéries (crues) et aux gelées (débâcles) bien plus fréquentes durant le Moyen Âge.

 

Comment le pont de l'arche fut prins

"Comment le pont de l’arche fut prins", peinture, fol. 138v, in Martial d'Auvergne, Vigiles de Charles VII, France, 1484, manuscrit, parchemin, II-266 feuillets. Bibliothèque nationale de France, département des manuscrits (division occidentale), Français 5054. cf. aussi  http://gallica.bnf.fr. Jusqu'à plus ample informé, c'est la plus ancienne évocation de pont à Pont-de-l'Arche, l'évènement datant de 1449


Un cinquième (?) ouvrage : le pont anglais de 1418 

À coté du pont de la ville, il semble qu’un autre pont ait existé quelques temps lorsqu’en juillet 1418, Henri V, roi d’Angleterre, arriva devant Pont de l’Arche [11]. Celui-ci voulut faire franchir la Seine à une partie de ses troupes pour parachever le siège de la ville. D’après la chronique d’un contemporain des faits, P. Cochon, la traversée s’est faite devant Bonport. Les Chroniques de Normandie évoquent deux endroits : Bonport et l’île Saint-Pierre, en face des Damps.

Un chroniqueur, Enguerrand de Monstrelet, narre comment le duc de Cornouailles passa la Seine avec huit petites nacelles et, plaçant quelques canons sur une ile, mit en fuite les troupes françaises venues en renfort sur la rive droite. Cependant, d’après la Chronique d’un bourgeois de Verneuil, c’est sur un pont de claies que le passage s’effectua. L’auteur décrivit ensuite la technique du montage et démontage de ce type de ponts provisoires [12].

Ce pont nous semble tout à fait envisageable tout comme l’utilisation des nacelles… Pour surprendre les Français, il fallut bien que les Anglais empruntassent des embarcations légères. Pour ce faire, il est logique qu’ils reprissent les aménagements nécessaires aux bacs de Bonport et des Damps avec des barques réquisitionnées (les Français ayant peut-être eu le temps de retirer les bacs).

Par la suite, le siège de la ville durant quelques semaines, les Anglais durent concevoir un pont de claie, c’est-à-dire une passerelle de bois reposant sur une ligne de bateaux, afin de faire traverser des milliers d’hommes et du matériel de siège… C’est le pont Saint-Georges dont parle Léon de Duranville à la page 44 de son essai historique de 1856.

 

Un sixième (?) ouvrage : le pont Petit-Perrot (1640 / 1856)

En 1639, le chancelier, Pierre Séguier, était missionné par le roi pour rassoir parfaitement son autorité après les révoltes des nu-pieds. Pour ce faire, cet homme arriva à Pont-de-l’Arche le vendredi 30 décembre 1639. Il fut accueilli par le seigneur de Saint-Georges, Jean de Lonlay, capitaine des gardes de Richelieu et son lieutenant au gouvernement de Pont-de-l’Arche.

Grâce au contexte, dont l’apaisement passait par une politique volontaire, mais aussi à la qualité des personnes rencontrées (parler à Jehan de Lonlay c’était parler au cardinal de Richelieu), le chancelier a voulu être informé bien exactement de quelques besoins de la place, et principalement du pont, duquel on dit les pierres estre tellement uzées qu’en quelques lieux il ne reste que la liaison des unes aux aultres pour soustenir le tout… [13] Le dimanche 1er jour 1640, le chancelier inspecta en personne le pont et le château de Limaie et il fut remarqué que l’une des piles de l’arche principale, proche le dict chasteau, par laquelle on faict remonter les bateaux… est presque toute ruinée et consommée soit par le hurt des glaçons, soit par le courant de l’eaüe… Le chancelier fut convaincu que mieux valait investir aujourd’hui qu’attendre la ruine entière du pont si l’on voulait, au final, limiter les frais.  

Ayant une parole de poids auprès du roi, le chancelier se fit entendre ; si bien qu’en 1640 Adrien Petit, architecte du duc d’Orléans, et Fleury Perrot, maitre maçon, se rendirent adjudicataires des travaux du pont financés par l’État. Ces architectes réemployèrent les matériaux provenant de la démolition de l’ancien pont.

C’est donc sans surprise que dans le dictionnaire de 1708, le frère cadet de Pierre Corneille, Thomas Corneille (1625-1709), décrivit en ces mots la cité : Vicomté, bailliage, élection, grenier à sel, maîtrise des eaux et forêts, et un bon château de l’autre côté de son pont de pierre, qui est le plus beau, le long, le mieux bâti qui soit sur la Seine (cité par Louis-Etienne Charpillon et Anatole Caresme)…

Pour mettre en valeur combien les conditions climatiques mettaient à mal la maitresse œuvre de Pont-de-l’Arche, quelques dizaines d’années après sa construction, un procès-verbal constatait, en 1712, que ce pont menaçait ruine et que la navigation était entravée par les pêcheurs et les gords [14].

Selon Yves Fache, dont les références sont parfois aléatoires, deux arches du pont s’ouvrirent au début du XVIIIe siècle [15]. C’est un fait tout à fait plausible au vu de ce qu’écrivit le procès-verbal mentionné ci-dessus.

Sans solution d’envergure, et sans volonté de changer le cours des choses, le pont de la ville continua à être partiellement rénové au XVIIIe siècle.

Passant la période révolutionnaire sans encombres, le pont, selon Léon de Duranville (1856, p. 145) a failli être détruit, du moins en partie, en 1814 ; lors de l’invasion des armées étrangères, il fut sérieusement question de le faire sauter, pour entraver la marche des ennemis (…). Nous avons connu un honorable habitant de Rouen, ancien officier du génie, qui s’estimait heureux d’avoir pu, par ses représentations, retarder l’exécution d’une mesure déjà prise, et, par là, d’avoir sauvé le pont en question.

Ensuite, en 1856, il fut projeté de remplacer les petites arches bâties sur la Seine par quatre grandes arches, dont la grandeur devait faciliter la navigation fluviale et notamment les machines à vapeur. Sous la direction de M. Emmery, ingénieur du service hydraulique, le pont devait passer de 24 à 12 arches, la partie du pont située du côté de la ville ne devant être remodelée que plus tard, à une date indéfinie. Qui plus est, les travaux de 1856 devaient augmenter de trois mètres la largeur du tablier en attendant de raser de fond en comble, un jour, l’ancien ouvrage [16].

C’est en 1856, date tournant de l’histoire de la ville sur le plan symbolique, que le pont Petit-Perrot s’écoula partiellement [17] à cause de grandes inondations qui frappèrent la France ; les dégâts étant très nombreux dans la vallée de la Loire. Le samedi 12 juillet, on interdit la circulation sur le pont suite à de dangereux signes avant-coureur. C’est sous le regard d’une foule nombreuse que trois arches du pont de désaxèrent puis chutèrent dans les eaux de Seine. Deux autres arches les suivirent dans le cours le lundi 14 [18].

On devait s’attendre d’autant moins à l’événement qui vient d’avoir lieu que des dépenses considérables ont été récemment faites pour consolider l’ensemble du pont, en même temps que l’on construisait les arches neuves qui couvrent le bras de Seine resté libre pour la navigation [19]. Il est bien rare que la plume d’un journaliste havrais s’attarde sur Pont-de-l’Arche. Mais là, en l’occurrence, il eût été difficile de ne pas tenir au courant les lecteurs de la porte océane, dont nombre étaient des commerçants attachés au maintien des liaisons directes avec Paris. Or, le pont de Pont-de-l’Arche était à la fois un support de la route impériale Le Havre-Rouen-Paris et un possible obstacle à la navigation fluviale.

Alors, outre l’extraordinaire inondation, il est possible que les travaux de construction des nouvelles arches aient déstabilisé un pont déjà fragilisé par son ancienneté. Bien qu’ayant été en partie rénové, on abandonna-là les travaux et, profitant de l’occasion pour adapter l’ouvrage au trafic fluvial, l’État accorda le budget nécessaire à la construction d’un nouvel ouvrage remplaçant entièrement l’ancien.

Il y eut évidemment des nostalgiques pour regretter la disparition de cet ancien ouvrage, comme le montre le texte de Raymond Bordeaux, dans le Bulletin monumental [20].

 

Sutherland, Gendall

      [Pont-de-l’Arche, vue générale sur le pont et la ville], J. Gendall del. T. Sutherland scp., XIXe siècle, 27,8 x         20,8 cm, Archives de l’Eure, 1 Fi 835.

 

Voir aussi la vue de Félix Benois sur ce pont

 

Un septième (?) ouvrage : le pont provisoire de 1856 (juillet 1856- janvier 1858) 

On a établi un service de bacs [21] pour le passage des piétons et pour les voitures, et l’on va construire très promptement un pont provisoire en charpente. Ainsi s’exprima le journaliste du Journal du Havre, en date du mercredi 16 juillet 1856.

Cependant, le système de bacs ne fut utile qu’aux piétons car, comme le rapportent Charles Brisson et A. Hostalier : C’est au pont suspendu d’Elbeuf, construit 14 ans plus tôt, que les véhicules durent aller franchir le fleuve [22]… du moins jusqu’à la construction du pont de bois.

 

Un huitième (?) ouvrage : le pont Méry-Saint-Yves (1857-1858 / 1931) 

 

Inauguration-1858.jpgL'inauguration du nouveau pont en 1858. Article d'Ernest Boucher publié dans L'Illustration : journal universel, n° du 30 janvier 1858, n° 779, vol. XXXI, Paris, 16 p. 

 

 

La chute du pont en 1856 permit de bâtir un pont moderne, entièrement rénové et adapté aux besoins de la circulation fluviale et routière. Il fut construit sous la direction de MM. Méry et Saint-Yves, ingénieurs du département de l’Eure [23]. Après sept mois de travaux, ce nouvel ouvrage fut inauguré le 17 janvier 1858 en présence du Préfet et de l’évêque d’Évreux, qui bénit ce pont. Ce bel ouvrage de neuf arches risqua d’être détruit en 1870, où des patriotes voulurent barrer la route aux troupes prussiennes, mais aussi en 1914, où une tentative allemande rata de peu le dynamitage de ce pont ainsi que de ceux d’Oissel. Ce n’est pas un sinistre mais de grands travaux qui mirent fin à ce pont. 

 

Un neuvième (?) ouvrage : le pont de 1931 (1931-1935 / juin 1940) 

Devant l’accroissement des moyens de transports, il fut décidé en 1930 de remplacer 4 arches de 37 m sur la Seine par deux arches de 61 et 68 m avec une seule pile dans le lit du fleuve. Les travaux débutèrent en 1931 et, pour permettre la circulation de 2500 véhicules par jour dans les deux sens, un pont provisoire métallique long de 180 mètres fut établi juste à côté de l’ancien pont [24]. Bien que les arches sur le bras de Seine près de la ville ne furent pas modifiées, on élargit tout de même cette partie du pont afin d’adapter l’édifice à la circulation routière.

L’entreprise qui se chargea de la construction de l’ouvrage était une société allemande qui travailla à titre de réparation matérielle aux dommages de la Première Guerre mondiale. Mais cet ouvrage ne dura que 5 ans.

 

Pont de 1931

Entre 1931 et 1935, les arches sur la Seine furent remplacées par deux arches offrant un plus large passage à la navigation fluviale. 

 

A lire...

Le combat de Pont-de-l'Arche en 1940 et le pont de bois Adolf-Hitler

 

Un dixième (?) ouvrage : le pont de bois de l’hiver 1940 (été 1940 / janvier 1941) 

Le génie français et anglais ayant fait sauter le tout récent pont, les autorités allemandes ont fait bâtir dans l’urgence un pont de bateaux dès les premières semaines de l’occupation. Après avoir beaucoup servi, il fut emporté par la débâcle des glaces en janvier 1941 [25].

 

Un onzième (?) ouvrage : le pont Blosset (8 juin 1941 / 30 mai 1944)

À peine le pont de bois était-il emporté que l’occupant fit construire un nouveau pont sous la direction de Maurice Blosset, ingénieur. Les travaux durèrent près de cinq mois pendant lesquels la main d’œuvre française utilisa 5000 fûts de la forêt de Bord. Le nouveau pont était une prouesse technique vu la simplicité du matériau disponible. Les futs, de 10 à 14 mètres de long et 25 cm de diamètre, étaient enfoncés de 3 m 50 dans l’assise calcaire du fleuve [26]. Il comportait deux étages : le niveau inférieur était en fait une passerelle pour piétons (photogr. ci-dessous) et était interrompu en son milieu car ici se trouvait l’arche fluviale [27]. Le niveau supérieur se scindait en deux à certains endroits pour accélérer le trafic. Ce pont fut mis en service le 8 juin 1941 où un drapeau tricolore flottait fièrement sur l’ouvrage. Cet orgueil failli coûter cher à l’ingénieur bien que l’on ne sache pas le degré de connivence de celui-ci avec le(s) auteur(s) de ce bel acte.

Ce pont tint bon durant trois ans. Il fut en grande partie détruit par les bombardements alliés des 30 mai et 7 juin 1944. Eddy Florentin rapporte le témoignage que voici : les bombardiers passent trente minutes durant, l’épave du pont gît, moitié dans le fleuve, moitié sur la terre ferme. Les sapins, qui constituaient la principale ossature de l’ouvrage, sont tordus, confondus dans un enchevêtrement indescriptible. La grande voie de communication est interrompue sans qu’il y ait eu une seule victime, un seul immeuble détruit [28].

 

Pont de bois

Le pont de bois Adolf-Hitler le 16 févier 1942. 

 

Un douzième (?) ouvrage : le pont canadien (30 aout 1944 / octobre 1944) 

Le pont de bois de Pont-de-l’Arche fut détruit par les bombardements alliés afin de gêner les mouvements des armées allemandes. Peu après leur arrivée le 26 aout 1944, les troupes canadiennes lancèrent un premier pont de bois au niveau de l’ile d’Harcourt. Les Canadiens passèrent la Seine le 30 aout. Ce petit pont permettait de passer l’Eure et donnait directement sur un pont enjambant la Seine. Ce deuxième ouvrage était constitué de barges flottantes sur lesquelles pouvaient transiter aussi bien les camions que les piétons. Sur la rive droite, une voie rejoignait la route habituelle du Fort, à l’endroit même de la tête de l’ancien pont (une partie de cette toute est encore praticable derrière la station-service). Toutefois, ce pont ne permettait pas le passage de bateaux. Il fut remplacé par un bac à moteur avant le 15 octobre 1944, date à laquelle la navigation fluviale relia à nouveau Paris à Rouen [29]. Le bac fut remplacé par un pont métallique avec passe en son milieu en 1946.  

 

Un treizième (?) ouvrage : le pont Mulberry (1946 / janvier 1955) 

 

A lire...

Un vestige de la Libération : le pont d'Arromanches

 

Le pont de bois sur l’Eure fut remplacé par un petit pont Mulberry, celui que nous connaissons de nos jours. Dans le même temps, le pont canadien sur la Seine fut remplacé par un autre pont Mulberry durant l’hiver 1945-1946 mais suspendu en sa partie centrale afin de laisser passer la navigation fluviale. Construit sous la direction des ingénieurs Lizée, Long-Depaquit et Tardy, il fut réalisé avec 503 pieux de bois issus du pont de la guerre,  des passerelles latérales – en fuseaux – provenant du port d’Arromanches et des passerelles centrales récupérées sur l’ancien pont canadien, le pont de barges. D’abord à voie unique, il fut dédoublé sur les 175 mètres de sa longueur [30]. Il fut conservé jusqu’à la mise en service d’un pont fixe, c’est-à-dire jusqu’à ce que les pouvoirs publics puissent trouver les finances nécessaires à l’entreprise. D’après Louis Béquet, il était encore visible en 1970.

 

Ponts provisoires de la reconstruction

Le pont des canadiens, à gauche, et le pont Mulberry, sur la Seine.     

 

Un quatorzième (?) ouvrage : le pont Le Gall (janvier 1955…) 

Le nouveau pont ne devait plus faire passer les véhicules dans le centre ville de Pont-de-l’Arche. C’est pourquoi il fut décidé qu’il passerait entre Les Damps et la ville avant de retrouver la culée habituelle de l’ancien pont sur la rive droite (les anciennes fondations du fort de Limaie servirent notamment de bases à cette culée). Rappelons que la circulation était tout à fait importante. Le pont de Pont-de-l’Arche permettait à une des deux routes Le Havre-Rouen / Paris de franchir la Seine avant l’ouverture de l’autoroute de Normandie (1968).

L’entrée du pont, rive gauche, devait se faire depuis la route de Paris – donc des Damps – ce qui explique la courbe depuis la limite des Damps jusqu’à la Folie-Vallée, courbe qui laisse l’ancienne route du Vaudreuil bien isolée près des maisons de la rue et de l’impasse Maurice-Delamare. La route nationale Louviers-Rouen fut créée dans le même temps.

Les travaux du pont débutèrent en avril 1951 sous la direction générale de l’ingénieur Le Gall. Les travaux d’infrastructure incombaient aux entreprises Alquié (Paris) et Courbot (Montrouge). Une cinquantaine d’ouvriers étaient à l’ouvrage tous les jours. Les piles furent enfoncées à près de 4 m dans le calcaire du lit de la Seine. 6 000 tonnes de béton et 115 tonnes d’acier ont été nécessaires à la réalisation de cette première tranche de travaux.

Quant au tablier, il fait de ce pont le premier de tous les ouvrages de Pont-de-l’Arche à présenter des arches droites et non plus cintrées. Il laisse un tirant d’air de près de 7 mètres [31]. De plus, ce tablier constituait le record d’Europe des ponts soudés à poutres continues.

Les travaux n’étaient pas terminés que déjà la question de la moindre fréquentation du centre ville était posée. Les auteurs des articles que nous citons dirent que des panneaux bien placés sauraient pallier le préjudice commercial et touristique engendré par le détournement de la circulation… Ils dirent de même que des magasins ne manqueraient pas de s’installer le long de la rue Delattre-de-Tassigny, rue appelée à déplacer le centre ville de Pont-de-l’Arche [32].

Ce dernier pont, situé avenue De-Lattre-de-Tassigny, fut inauguré par Pierre Mendès France, conseiller général de Pont-de-l’Arche et surtout président du Conseil des ministres, le 29 janvier 1955.

 

Nouveau contournant le centre-ville

Vue aérienne sur la déviation reliant Les Damps au nouveau pont de Pont-de-l'Arche en 1954 (le goudronnage du tablier est en cours).  

 

 

Notes

[1] Launay, Armand, « Controverses sur le palais royal de Pîtres », in La Fouine magazine n° 9, Les Damps : chez l’auteur, septembre 2005, 24 p., ISSN 1765-2278, cf. p. 5.

[2] Cité par Coupland Simon, “The Fortified Bridges of Charles the Bald”, in Journal of Medieval History, vol. 17, n° 1, mars 1991, pages 1 à 12.

[3] Hincmar, Annales de l’Europe carolingienne (840-903), Clermont-Ferrand : Paleo, coll. Les sources de l’histoire de France (dir. Éric de Bussac), 2002, 305 pages, voir page 171.

[4] Dearden Brian, "Igoville (Eure) : Le Fort", in Collectif, Archéologie médiévale, t. XX, Paris : CNRS ; Caen : Publication du centre de recherches archéologiques médiévales, 1990, pages 413 à 414.

[5] Meyer, Paul, L’histoire de Guillaume Le Maréchal, conte de Striguil et de Pembroke, régent d’Angleterre de 1216 à 1219, t. III, Paris : Renouard, 1801, voir page 139.

[6] Favier, Jean, Les Plantagenêts : origines et destins d’un empire (XIe-XIVe siècles), Paris : Fayard, 2004, 960 pages, voir page. 620.

[7] Stapleton, Thomas, Magni rotuli Scacarii normanniae sub regibus Angliae,    t. I, Londini [Londres] : Sumptimus Soc. Antiq. Londiniensis, MDCCCXL, 288 pages, voir page 236.

[8] Cité par Duranville, Léon Levaillant de, Essai archéologique et historique sur la ville du Pont-de-l’Arche : documents supplémentaires, Rouen : A. Le Brument, 1870, 55 pages.

[9] Charpillon, Louis-Etienne., Caresme, Anatole, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, Les Andelys : Delcroix, 1868, 960 pages, voir article "Pont-de-l’Arche".

[10] Baudot du Buisson-Aubenay, François-Nicolas (1590-1652), Itinéraire de Normandie, Rouen : Lestringant, 291 p., [entre 1636 et 1640],. pages 42 et 43 : f° 24.

[11] Launay, Armand, « Pont-de-l'Arche et la guerre de Cent ans : 31 ans d’occupation anglaise », pages 15 à 20, in La Fouine magazine n° 8, Les Damps : chez l’auteur, juillet 2005, 24 pages. Aussi en ligne

[12] Delabos, Christian, La Seine et les opérations militaires à la fin du Moyen Age, mémoire de maitrise soutenu à Rouen sous la direction d’Alain Sadourny en 1991, 248 p., cf. p. 66.

[13] Floquet, A. (publ. par), Diaire ou journal du voyage du chancelier Séguier en Normandie après la sédition des nu-pieds (1639-1640) et documents relatifs à ce voyage et à la sédition, Rouen : É. Frère, 1842, 448 p.

[14] Brisson, Charles, Hostalier, A., « Le sixième pont de Pont-de-l’Arche – I.– Un pont millénaire », 7 mars 1952, 1 page, archives d’Elbeuf : Fonds Brisson, dossier 188 C 329.

[15] Fache, Yves, Histoire des ponts de Rouen et de sa région, Luneray : Bertout, 1985, 392 pages.

[16] Bordeaux, Raymond, « Note sur la démolition du pont de Pont-de-l’Arche, pages 149 à 154, Bulletin monumental, 3e série, t. I, ; Paris : Lance ; Rouen : É. Frère ; Caen : Marie-Viel, 1856. 

[17] Coutil, Léon, « Effondrement de deux piles du pont de Pont-de-l’Arche en 1856 », pages 42 à 47, Bulletins de la Société d’études diverses de l’arrondissement de Louviers, t. XIX, années 1925-1927, 47 pages.

[18] L’Industriel de Louviers, 26 mars 1913.

[19] Le Journal du Havre, mercredi 16 juillet 1856.

[20] Bordeaux, Raymond, « Démolition du pont de Pont-de-l’Arche... »

Ce qui est étayé le lendemain dans le même journal : Le passage de la Seine s’effectue, comme l’avons dit, au moyen de bacs. Dans la nuit de mardi à mercredi, ce passage avait été rendu momentanément si dangereux par le violent orage qui avait éclaté sur nos contrées, que pendant plus de deux heures et demie les dépêches de la poste ont été retenues au Pont-de-l’Arche, sans que les bateliers osassent s’exposer à les transporter sur l’autre rive.

[21] Brisson, Charles, Hostalier, A., « Le sixième pont de Pont-de-l’Arche – I.– Un pont millénaire », 7 mars 1952, 1 page, archives d’Elbeuf : Fonds Brisson, dossier 188 C 329.

[22] Le Publicateur de Louviers du 21 janvier 1858.

[23] Brisson, Charles, Hostalier, A., " Le sixième pont de Pont-de-l’Arche… »

[24] Béquet, Louis, " Les neuf ponts de Pont-de-l’Arche ", in Trait d’union. Bulletin d’informations municipales, n° 3, Pont-de-l’Arche : Mairie, 1970, 30 p.

[25] Brisson, Charles, Hostalier, A., " Le sixième pont de Pont-de-l’Arche..."

[26] Fache, Yves, Les ponts…, p. 349.

[27] Brisson, Charles, Hostalier, A., " Le sixième pont de Pont-de-l’Arche… »

[15] Béquet, Louis, « Les neuf ponts de Pont-de-l’Arche… »

[28] Florentin, Eddy, Quand les alliés bombardaient la France, Paris : Perrin, 1999, page 332.

[29] Fache, Yves, Les ponts…, p. 354

[30] Brisson, Charles, Hostalier, A., « Le sixième pont de Pont-de-l’Arche… »

[31] Brisson, Charles, Hostalier, A., " Le sixième pont de Pont-de-l’Arche… »

[32] Brisson, Charles, Hostalier, A., " Le sixième pont de Pont-de-l’Arche… ».

 

A lire aussi...

Les moulins

Les remparts

L'écluse d'Igoville

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

Repost 0

  • : Pont de l'Arche histoire, patrimoine et tourisme
  • Pont de l'Arche histoire, patrimoine et tourisme
  • : Bienvenue sur ce blog perso consacré à Pont-de-l'Arche et sa région (Normandie, Eure). Vos commentaires et messages sont aussi les bienvenus ! Pour utiliser mes travaux, contactez-moi;-)
  • Contact

Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Compte LinkedIn.

Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au coeur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte. Gege wanazioni wangu !

Réflexion

Le temps n'est pas. Il n'y a qu'une règle graduée portant les marques "hier, aujourd'hui et demain" ; c'est-à-dire quelques traits issus de la faculté des Hommes à compter le passage des astres ; beautés et mesures à la fois, par Odin !

C'est avec cette règle que les Hommes tentent de mesurer les phénomènes les plus apparents. Ils se donnent des repères parmi l'érosion, véritable mère de la prise de conscience : "ce qui est rare à du prix" écrivait Chateaubriand. 

Il s'agit alors de prendre conscience de l'interdépendance entre tous les phénomènes, leur âme, et leur manière de s'attacher à notre âme. Pont-de-l'Arche où la terre natale... 

Ces phénomènes alimentent notre bonheur : sens du savoir, comment se crée notre notion du bienêtre, d'où vient notre conscience de ce qui est bon, quelles en sont les limites ? 

Bonheur, sens et quête du savoir ; horizon qui donne une orientation à notre cheminement ; orientation vers la naissance de la lumière quelle que soit la saison ; sève de notre arbre généalogique ; doute qui permet de poser peut-être les bonnes questions...

Rabelais quoi qu'il en soit... entre vins, livres et mets sapides : conscience du savoir s'il sait sucrer le faste palais du quotidien et donc là où se rassemblent les gens... érudition en entrée, curiosité en plat principal et conscience en dessert... et inversement, même si c'est moins agréable, pour un étudiant. 

Enfin, n'oubliez pas de poursuivre l'observation dans un verre à dégustation rempli de Calvados du bon bocage normand ! Au-delà des ténèbres de la Genèse, vous y verrez luire les étoiles de l'esprit et des plaisirs...