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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 14:20

Le château de Rouville et ses dépendances se trouvent dans un vaste domaine situé entre le bourg d’Alizay et une zone industrielle en bordure de Seine. Au-delà de l’intérêt des bâtiments subsistants, l’histoire de Rouville est riche en interrogations que ce soit sur le premier château construit en ce lieu ou sur son toponyme. 

Le château de Rouville (1882) vers 1910, un bel édifice à l'architecture classique, son parc à la française et son portail en fer forgé.

Le château de Rouville (1882) vers 1910, un bel édifice à l'architecture classique, son parc à la française et son portail en fer forgé.

Le même château de nos jours, modifié suite à l'incendie de 1949 (cliché Armand Launay, novembre 2013).

Le même château de nos jours, modifié suite à l'incendie de 1949 (cliché Armand Launay, novembre 2013).

Les textes médiévaux

Dans l’article consacré à Alizay, Luis-Etienne Charpillon et Anatole Caresme tracent de grandes lignes de la vie de deux familles de propriétaires de Rouville. Les premières références datent du XIVe siècle où le domaine est une propriété de la famille Gougeul. Ce fief permettait à ses propriétaires de revendiquer l’appellation de « seigneur de Rouville ». Les possessions de ce fief étaient importantes et lucratives, notamment grâce aux terres cultivables, aux droits perçus sur l’amarrage des bateaux en face de Pont-de-l’Arche, aux droits sur les passagers du bac des Damps à la Maison rouge... On retrouve un Pierre Gougeul capitaine du château de Pont-de-l’Arche (Limaie) à la fin du XIVe siècle.

 

Des vestiges du XVIIe siècle

Toujours selon Louis-Etienne Charpillon et Anatole Caresme, le fief de Rouville changea de mains en 1684 où les héritiers Gougeul furent dépossédés au profit du Président du Parlement de Normandie, Gilles Hallé. Il semble que ces riches propriétaires modifièrent en profondeur le château, remplaçant les parties médiévales par des constructions de style Renaissance. L’inventaire général du patrimoine a constaté en 1974 la présence d’une cheminée de la première moitié du XVIIe siècle, « vestige de l'édifice antérieur ». Autre vestige – plus récent – de cette époque, le beau colombier du domaine daté du XVIIIe siècle.

A partir de la fin du XVIIIe siècle, le château de Rouville a manqué d’entretien. Ainsi, en 1882 un propriétaire fit rénover – pour ne pas dire « remplacer » – le château par les soins de l’architecte rouennais Loisel. Hormis un incendie qui affecta cet édifice en 1949, le château prit son apparence définitive. Les cartes postales du début du XXe siècle montrent un portail d’entrée en fer forgé qui a disparu depuis. Le château de Rouville, son domaine boisé, la ferme et le colombier furent achetés par une vaste papèterie d’abord appelée SICA puis ModoPaper, Mreal et Double A. Depuis 2012, Rouville appartient au Département de l’Eure.

Un des deux colombiers du domaine de Rouville (XVIIIe siècle) Marcel Maillard (1899-1978) le 14 septembre 1952 (Fonds iconographique Philippe Manneville, bibliothèques municipales du Havre : http://lehavre.fr/MMaillard)

Un des deux colombiers du domaine de Rouville (XVIIIe siècle) Marcel Maillard (1899-1978) le 14 septembre 1952 (Fonds iconographique Philippe Manneville, bibliothèques municipales du Havre : http://lehavre.fr/MMaillard)

Le château de Rouville ne doit pas occulter la ferme et ses beaux bâtiments ruraux des XVIIe et XVIIIe siècles (carte postale vers 1910).

Le château de Rouville ne doit pas occulter la ferme et ses beaux bâtiments ruraux des XVIIe et XVIIIe siècles (carte postale vers 1910).

Une origine normande ?

Certains auteurs ont écrit que le nom de Rouville viendrait de Rollon, premier duc de Normandie : « Rollonis villa » (le domaine de Rollon). Cette explication nous laisse sceptique.

Dans La première Normandie (X-XI siècles), Pierre Bauduin, se fondant sur les travaux de Marie Fauroux sur les actes des ducs de Normandie, écrit que « Au confluent de la Seine, de l’Andelle et de l’Eure, la villa du Manoir, avec l’église, l’eau, un bois, des terres arables, figure parmi les donations du comte Raoul à Saint-Ouen-de-Rouen entre 1006 et 1011, avec des biens à Pîtres. » Nous tenons la preuve que la villa du Manoir, jouxtant Rouville, a été possédée par un seigneur nommé Raoul (d’Ivry). Alors, s’il faut trouver une étymologie à Rouville, nous serions plus tentés d’y lire la « villa de Raoul » que la « villa de Rollon » dont il resterait à établir la présence et l’autorité en ce lieu.

Plus avant dans la réflexion, Raoul d’Ivry, demi-frère du duc Richard Ier, est un descendant direct des Normands. Il a été possessionné dans un ancien fisc des rois carolingiens identifié à Pîtres par Lucien Musset (page 23) : « Parmi les fiscs, certains paraissent avoir fait, de toute antiquité, partie du patrimoine du souverain ; ce sont les grands axes de la vallée de la Seine, groupés autour des résidences royales : Arelaunum, en forêt de Brotonne ; Gemmeticum, Jumièges ; Pistae, Pitres ; Veteres Domus qui est sans doute Louviers ; Rotoialum, Le Vaudreuil, ce dernier même remonte peut-être à l’époque gallo-romaine... »

Il semble acquis que ce fisc carolingien est devenu une propriété des nouveaux colons normands. Or c’est aussi dans ce fisc qu’eut lieu le plus grand chantier du règne de Charles le Chauve, le pont dit de Pîtres, barrant la Seine aux incursions Vikings, touchant Paris, Beauvais, Chartres… Ce pont fut construit de 862 à 873 avec un fort protégeant chaque entrée comme l’a écrit Jacques Le Maho.

Une représentation cartographique de ces défenses montre leur omniprésence autour de la Seine mais leur relatif isolement au fond de la vallée. L’idée première des fortifications était de rendre incessible le cours supérieur de la Seine, l’Eure et l’Andelle. Le pont fortifié fut donc bâti au niveau des Damps. Il donna naissance ultérieurement à la ville de Pont-de-l’Arche.

Comme l’a noté Pierre Bauduin, ces fortifications ont dû être renforcées en d’autres lieux. Le chercheur de citer le « Château Robert », à Acquigny : En attendant de considérer cette enceinte comme un élément défensif associé aux fortifications du pont de Pîtres et destiné à couvrir la vallée de l’Eure » et de l’Iton (page 127).

Ainsi bous sommes tentés de placer un premier fort à l’emplacement de Rouville ou à proximité.

En effet, la vallée de la Seine n’avait pas l’aspect qu’elle a acquis dans les années 1930 où elle fut draguée – et donc approfondie – et canalisée. Elle était moins profonde et occupait, par plusieurs bras, un plus large espace au fond de la vallée. En lisant les courbes de niveau des cartes d’état-major de l’IGN (1/25 000e), on retrouve le départ d’un ancien bras de Seine en aval du Manoir ; bras courant vers les fossés de l’ancien château de Rouville puis, indirectement vers les bras encore humides de Freneuse. Il nous semble assez logique que les Francs aient voulu barrer l’ensemble de la vallée de la Seine aux Normands, capables de contourner le pont de Pont-de-l’Arche en tirant leurs navires dans la vaste partie nord de la Seine. Qui plus est, lors des périodes de crue et de forts coefficients de marée, la marée se faisant sentir jusqu’au bas du pertuis de Poses, les Normands devaient être en mesure d'emprunter des bras secondaires de la Seine. Pour renforcer notre propos nous publions une carte du bassin des crues de la Seine – PHEC telle qu’accessible sur le site geoportail.fr. Le château de Rouville se trouve à la limite nord de la zone inondable et donc, peut-être, d'un ancien bras de Seine.

Les courbes de niveau de la carte d'état-major de l'IGN (1/25 000e) montrent le départ d'un ancien bras de Seine au sud ouest du Manoir et vers les fossés en eau du château de Rouville. C'est un indice nous appelant à envisager que la vallée de la Seine a largement changé au cours des siècles.

Les courbes de niveau de la carte d'état-major de l'IGN (1/25 000e) montrent le départ d'un ancien bras de Seine au sud ouest du Manoir et vers les fossés en eau du château de Rouville. C'est un indice nous appelant à envisager que la vallée de la Seine a largement changé au cours des siècles.

La carte du bassin des crues de la Seine – PHEC, accessible sur le site geoportail.fr, montre que Rouville est à la limite des zones inondables. Nous pensons qu'un premier château a été construit en ce lieu ou à proximité pour compléter les défenses de Pont-de-l'Arche barrant la Seine aux Normands.

La carte du bassin des crues de la Seine – PHEC, accessible sur le site geoportail.fr, montre que Rouville est à la limite des zones inondables. Nous pensons qu'un premier château a été construit en ce lieu ou à proximité pour compléter les défenses de Pont-de-l'Arche barrant la Seine aux Normands.

En guise de conclusion

Par conséquent, bien qu’aucun document ne vienne prouver notre thèse, la localisation du château de Rouville, ainsi que son nom, nous font penser qu’il trouve ses origines parmi les défenses franques du IXe siècle.

 

A lire aussi... 

Les grandes dates qui expliquent la naissance de la Normandie et de Pont-de-l'Arche

 

Sources

- Ministère de la culture, Base Mérimée, www.culture.gouv.fr : référence IA00017934 ;

- Bauduin Pierre, La première Normandie (Xe-XIe siècles) : sur les frontières de la Haute-Normandie : identité et construction d’une principauté, Presses universitaires de Caen, 2004, 469 pages ;

- Charpillon Louis-Etienne, Caresme Anatole, « Alizay », pages 96 à 97, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, tome I, Les Andelys, Delcroix, 1868, 960 pages. Accessible sur ce blog ;

- Le Maho Jacques, « Un grand ouvrage royal du IXe siècle : le pont fortifié dit “de Pîtres” à Pont-de-l’Arche (Eure) » pages 143 à 160, Lalou Elisabeth, Lepeuple Bruno, Roch Jean-Louis, Des châteaux et des sources : Archéologie et histoire dans la Normandie médiévale, Mélanges en l’honneur d’Anne-Marie Flambard Héricher, Publications des universités de Rouen et du Havre, 2008 ;

- Musset Lucien, « Note pour servir d’introduction à l’histoire foncière de Normandie : les domaines de l’époque franque et les destinées du régime domanial du IXe au XIe siècle, pages 7 à 97, Collectif, Bulletin de la société des antiquaires de Normandie, tome XLIX, années 1942 à 1945, Caen, L. Jouan et R. Bigot, 1946, 622 pages.

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 17:41

Naissance de la ville : raisons militaires 

Fort-en-869--Haywood- 

La ville de Pont-de-l’Arche est née après la construction de fortifications militaires bâties sur le territoire du village des Damps. Un pont de bois fut jeté sur la Seine, à partir de 862, et protégé par deux forts, de part et d'autre du fleuve. Le chantier de ces défenses, qui marqua le règne de Charles II, dit le Chauve, fut décidé et officialisé lors des plaids de Pîtres. Vers 873, le pont et les deux forts semblent avoir été achevés. Ils servirent notamment en 885 lors d'une offensive générale des "hommes du Nord", ayant pour but le siège de Paris. Le pont "de l'Arche" (c'est-à-dire "de la forteresse") servit à retarder l'avancée des Normands. Ceux-ci mirent quatre mois à gagner Paris depuis l'embouchure de la Seine. Cependant, les rois des Francs peinaient à mobiliser pleinement les troupes de leurs vassaux. Ainsi le fort de Pont-de-l'Arche a très certainement manqué d'hommes de garnison : Guillaume Caillou, moine qui tint les chroniques de Jumièges, se rappela un siècle et demi plus tard, et ce malgré de nombreuses imprécisions, que des renforts francs vinrent aux Damps pour renforcer la garnison du pont de l'Arche. En vain, donc.

On perd ensuite le fil de l'histoire durant le laps temps où s'articula le basculement de pouvoir des rois francs aux ducs de Normandie. Que devinrent le pont et la ville après 911, date de naissance de la Normandie ?

Toujours est-il que la paroisse de Pont-de-l'Arche apparaît dans une charte de Richard II, en 1020, qui accorde à l'abbaye de Jumièges de nombreux droits spirituels mais surtout financiers (notamment sur le trafic fluvial).

La ville semble s'être développée autour du pont, ouvrage nécessitant le montage des bateaux et offrant la possibilité de percevoir des droits de passage. Développement d’une place forte : l’enjeu de la lutte entre les rois d’Angleterre et de France.

 

Pont-de-l'Arche apparait ensuite bien plus clairement dans les archives lors des luttes entre Richard Coeur de Lion, duc de Normandie et roi d'Angleterre, et Philippe II Auguste, roi de France. Richard Cœur de Lion fit rénover le pont de la ville et donna les moyens nécessaires à la fondation de l'abbaye de Bonport (deux kilomètres de Pont-de-l'Arche). Dans les luttes entre les deux monarques, le château du Vaudreuil fut rasé ce qui, lorsque le roi de France reprit possession de la Normandie, facilita le choix de Pont-de-l'Arche comme chef lieu militaire local. En effet, Philippe Auguste fit de Pont-de-l’Arche son principal lieu de résidence en Normandie. Il dota la ville d'une prévôté et la fit fortifier par des remparts en pierre encore visibles de nos jours. Il en fit de même pour le fort de Limaie, situé de l’autre côté du pont, rive droite, dont il bloquait l’accès. Ce fort était doté d’une tour philipienne qui constituait un observatoire idéal sur la circulation fluviale et le montage des bateaux. Les atouts géographiques, alliés aux atouts militaires, firent que la ville devint un relai du pouvoir royal. 

 

Rôle de Pont-de-l’Arche dans la maitrise territoriale et la police intérieure

L’assise militaire de la ville présentait de nombreux avantages, tant pour la maitrise territoriale face à l’éventuels envahisseurs que pour la police intérieure au royaume. Pont-de-l’Arche permettait la maitrise de la circulation fluviale et, donc, l’approvisionnement de Rouen, ville qui pouvait tomber entre des mains ennemies. C’est pourquoi notre cité fut un enjeu lors des combats qui opposèrent les rois d’Angleterre aux rois de France durant la guerre de Cent ans. Ainsi Henri V, roi d’Angleterre, se rendit maitre de Pont-de-l’Arche en 1418. La ville connut ainsi une occupation anglaise jusqu’en 1449. En 1346, Édouard III ne put prendre Pont-de-l’Arche et poursuivit sa chevauchée vers Mantes. Qui plus est, la ville offrait une base arrière idéale en vue d’une attaque de la capitale haut Normande :

- en 1481 Louis XI établit un vaste camp dans la vallée située entre Pont-de-l’Arche et Pont-Saint-Pierre. Ce camp aurait accueillit une armée de près de trente mille hommes afin de reprendre Rouen puis toute la Normandie. C’est ici que furent créées les célèbres « bandes de Picardie », ancêtres de l’infanterie française.

- en 1589, les troupes d’Henri IV, qui assiégeaient Rouen, étaient ravitaillées depuis Pont-de-l’Arche. Précisons que le gouverneur de la ville, Leblanc du Rollet avait, parmi les premiers, ouvert les portes de la ville à Henri IV, roi contesté. La tradition orale narre que ce monarque avait gratifié, en remerciement, les armes de la ville des trois fleurs de lys royales. Cependnat, la ville étant un plein fief royal, ces lys ne sont pas surprenant. La ville blasonne depuis : de sable au pont d’argent maçonné de sable, au chef cousu d’azur chargé de trois fleurs de lys d’or.

Bastille excentrée de Rouen, Pont-de-l’Arche était une base de repli en cas de révolte du peuple normand. C’était une place de sûreté dans la mesure où il n’y avait pas assez d’habitants ici pour impulser une révolte dépassant les forces de police locales. De plus, maitriser la ville ne suffisait pas : il fallait encore prendre d’assaut le fort de Limaie, de l’autre côté de la Seine. Pont-de-l’Arche était donc, pour des raisons de police intérieure, de maitrise du territoire en cas de guerre, une place stratégique :

- c’est ainsi que des protestants rouennais assiégèrent la ville, en 1562, avec 6 pièces d’artillerie en espérant y faire un butin. Ils s’en prirent directement au pouvoir royal, mais en vain car la ville était restée fidèlement catholique.

- en 1650, la Fronde renversa l’utilité des fortifications de la ville : Le duc de Longueville utilisa la garnison et le château contre le pouvoir royal. Le comte d’Harcourt, qui protégeait le voyage du monarque en Normandie, reçut l’ordre d’investir la place. Il vint camper auprès de ses murs avec l’aide des habitants qui avaient pointé trois canons contre le château, de l’autre côté de la Seine. Le duc de Longueville se servit de cette place forte comme un argument supplémentaire pour négocier la paix avec le roi. Les remparts de Pont-de-l’Arche étaient devenus une arme pour d’éventuels insurgés. Le parlement de Normandie et le peuple de Rouen demandèrent à plusieurs reprises leur démantèlement. Cependant, les nobles qui percevaient des droits sur la ville négocièrent le maintien des fortifications. Elles ne tombèrent en désuétude qu’à la fin du XVIIIe siècle.

 

 

Pont-de-l’Arche et la convoitise des privilèges royaux sous l’Ancien régime

Les ambitions n’étaient pas rares qui se tournaient vers Pont-de-l’Arche. La ville comptait de nombreuses charges qui attiraient les convoitises :

- la charge de gouverneur de la ville (police militaire locale) : les plus grands nobles qui obtinrent du roi les droits de gouverneur de la ville furent Concini, maréchal d’Ancre et allié de Marie de Médicis, Albert de Luynes, Jean-Baptiste d’Ornano, Richelieu.

- quatre tribunaux : le tribunal de première instance (le bailliage), la perception des tailles (le tabellionnage), le grenier à sel (sa vente était un monopole d’État) et l’administration des eaux et forêts. Ces tribunaux attirèrent de nombreux officiers royaux dans la ville ;

- les droits mineurs (droits de passage sur le pont, droit de halle, droit d’octroi…).

Il résultait de ces charges un déséquilibre : outre une fabrique de drap qui ne dura qu’un temps, la ville de Pont-de-l’Arche ne connaissait aucune industrie qui nourrît les 1700 habitants que comptait la cité à la veille de la Révolution française. Elle n’en était pas moins le chef-lieu de l’administration locale.

 

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La Révolution française et l’Empire ou la fin des privilèges

La Révolution française remit les pendules l’heure en faisant de Louviers le chef-lieu de l’administration locale : le rôle militaire de Pont-de-l’Arche avait cédé depuis longtemps le pas aux gains issus de l’industrie manufacturière de Louviers, ville bien plus peuplée. En 1790, Elbeuf ne fut pas compris dans le nouveau département de l’Eure à cause du refus de Louviers de cohabiter avec son concurrent drapier. Ces deux villes locales purent donc toutes les deux devenir des chef-lieu de circonscription. Hormis un juge de paix et une municipalité, Pont-de-l’Arche perdit toute fonction administrative. Durant la Révolution, les nouvelles municipalités archépontaines connurent les mêmes disputes que celles qui déchiraient les nobles d’avant la révolution. Néanmoins, celles-ci étaient publiques. Après 1792, les républicains avancés prirent le dessus de la politique locale. Alexandre de la Fleurière fut maire de la ville. Il fut chassé par la réaction thermidorienne de 1795. Les principaux problèmes que connut la ville durant cette période concernent les altercations entre les régiments de l’armée révolutionnaire et les habitants les plus attachés au culte catholique. Ils concernent aussi, et surtout, la famine. Celle-ci était aussi atroce que partout ailleurs à cela près que des habitants de la ville, depuis de longs siècles, montaient les bateaux sous le pont. Ils tiraient donc les bateaux de blé destinés à la population de Paris mais le ventre vide ! sans même pouvoir manger de quoi refaire leurs forces. C’est ainsi qu’ils arrêtèrent de travailler et qu’ils prirent du blé dont étaient chargés les bateaux… avant que l’armée ne les réprime. Napoléon Bonaparte, qui passa deux fois par Pont-de-l’Arche, comprit ce danger pour la police intérieure et fit bâtir une écluse, inaugurée en 1813. Celle-ci permettait de se dispenser de la main d’œuvre locale tout en faisant acheminer le pain qui apaisait le peuple et évitait ainsi d’éventuels mouvements insurrectionnels parisiens. Rappelons que le peuple en armes avait fait changer le cours de la Révolution à plusieurs reprises déjà (la déchéance du roi, la répression des girondins…). Le début du XIXe siècle fut une période de misère pour la ville. Il n’y a guère d’événements si ce n’est l’occupation prussienne en 1815. Notons la présence d’une loge franc-maçonne et la création de la gare Alizay-Pont-de-l’Arche en 1843.

 

 

La révolution industrielle : l’industrie du chausson et de la chaussure

La révolution industrielle a touché le pays : l’industrie du chausson s’est développée qui a apporté un travail très faiblement rémunéré aux habitants de la proche région. Les chaussons, d’abord réalisés dans les foyers des ouvriers, furent ensuite fabriqués dans des usines construites dans les ruelles médiévales de la ville à partir de la moitié du XIXe siècle. Cette industrie se propagea et, dans l’entre deux guerres, une vingtaine d’usines existaient qui employaient plusieurs milliers de personnes. La fabrique du chausson, puis de la chaussure après 1900, n’apporta de richesse qu’à ses propriétaires, dont les belles villas sont encore visibles de nos jours dans les faubourgs de la ville. La prise de conscience aidant, les ouvriers de la ville se mirent en grève en 1900, 1932, 1936 et 1954… afin de maintenir, voire d’améliorer leurs salaires.

 

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Guerre et destructions

La ville connut l’occupation prussienne en 1870 à cause de son pont, qui faillit être dynamité. Elle accueillit un camp de l’armée britannique entre 1915 et 1920. Elle connut les combats entre les panzers de Rommel et les armées française et anglaise en 1940. Ses ponts furent une des principales cibles locales des bombardements aériens de la Seconde Guerre mondiale. Toutefois les bombardements n’ont pas fait disparaitre le patrimoine architectural de la ville : l’église gothique du XVIe siècle, les maisons à pans de bois de la fin du Moyen Âge et de l’Ancien Régime, le bailliage du XVIIIe siècle principalement, la maison du gouverneur (XVe siècle ?), les remparts (XIIIe siècle), le manoir de Manon…

 

 

Personnalités

Le dernier des ponts de la ville fut inauguré en 1955 par Pierre Mendès France qui était alors président du Conseil mais aussi conseiller général du canton de Pont-de-l’Arche. Pont-de-l’Arche a aussi accueilli des personnalités lettrées : Octave Mirbeau, écrivain, Jules Massenet, compositeur, Jacques-Henri Lartigue, photographe. Mais la plus grande gloire de la cité est Eustache-Hyacinthe Langlois (1777-1837), enfant du pays, qui était archéologue, artiste dessinateur, nouvelliste... Cet homme participa au lancement de l’étude du patrimoine médiéval normand. Il fut instigateur du musée des antiquités de Rouen et fut aussi professeur à l’école des beaux-arts. De nombreuses amitiés culturelles se mobilisèrent pour honorer sa mémoire et financèrent un buste (disparu) et un médaillon à Pont-de-l’Arche. Les élus de Pont-de-l’Arche donnèrent son nom à la place principale de la cité.

 

Le-marche

 

Croissance démographique et développement des services publics depuis 1945

Depuis la Seconde Guerre mondiale, la ville connait une très grande croissance démographique suite aux nombreux projets immobiliers qui accueillent une population désireuse de vivre dans un cadre de vie agréable. Située entre l’Eure, la Seine et la forêt de Bord, la ville de Pont-de-l’Arche est très proche des pôles d’emplois que sont Rouen, Val-de-Reuil et Paris, facilement accessibles depuis la construction de l’autoroute A 13 en 1967. Les municipalités, généralement situées à gauche de l’échiquier politique, ont donc depuis accompagné le développement des services publics définis par l’État en faisant face, de plus, à la croissance démographique propre à la ville (écoles, crèches, infrastructures sportives, voirie). Pont-de-l’Arche compte aujourd’hui plus de 4200 habitants. La ville fait partie, depuis 2001, de la communauté de communes Seine-Eure, qui réunit les municipalités de la région de Louviers et de Val-de-Reuil.

 

Armand Launay

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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 17:38

Depuis quand la paroisse de Pont-de-l’Arche est-elle placée sous le patronage de saint Vigor ?

 

Eglise-Notre-Dame-des-arts

 

Avant d’être placée sous le patronage de Notre-Dame des arts l’église paroissiale de Pont-de-l’Arche était connue sous le vocable de Saint-Vigor. Des livres donnent encore ce nom de nos jours à l’édifice datant du XVIe siècle. Il y a donc des visiteurs qui pensent avoir vu l’église Saint-Vigor de Pont-de-l’Arche. À leur décharge, précisons que ce n’est qu’en 1896 que le changement de patronage eut lieu, à l’initiative de Pierre-Octave Philippe, curé-doyen de la paroisse. 

Réservant la question de ce changement de patronage à une autre étude, on peut se demander qui était Saint-Vigor ? Pourquoi a-t-on choisi de placer l’église paroissiale sous ce vocable ?

En août 1025, une charte atteste que le duc de Normandie, Richard II, céda aux moines de Jumièges ses droits sur l’église et diverses propriétés archépontaines.

Bien qu’il ne précise pas la localisation de l’église, il n’y a pas à douter que l’église de l’époque était située à l’endroit où nous voyons Notre-Dame des arts aujourd’hui. Seul le bâtiment a dû changer, au moins une fois car nous savons que les travaux qui ont débuté en 1499 ont peu à peu remplacé une église rustique.

 

Pourquoi choisir Saint-Vigor ? 

Au IXe siècle, des fortifications ont été bâties sur la Seine pour protéger Paris des attaques normandes. La rive gauche servit de lieu de peuplement pour les hommes de troupe et leurs familles car la corniche naturelle est une défense non négligeable. C’est ainsi que sont nées la ville de Pont-de-l’Arche et sa paroisse, entre 862 et 1025. Le site de l’église est le point le mieux défendu qui surplombe tout à fait la zone de Seine à protéger des attaques des drakkars normands.

 

Que la croix domine l’espace où les chrétiens furent censés vaincre les attaques des païens normands n’est pas étonnant. Cela rappelle l’érection de monuments à l’effigie du Christ ou de la Vierge dans de nombreuses vallées, ou à l’entrée de villages afin de protéger les habitants du malheur. Le choix de l’emplacement serait donc très logique et peut, peut-être, être relié à saint Vigor.

Nous savons que l’église était placée sous le vocable de Saint-Vigor depuis au moins 1163 où elle était toujours la propriété de l’abbaye de Jumièges. Ce sont donc certainement les moines de cette abbaye qui décidèrent de donner à l’église de Pont-de-l’Arche le nom de saint Vigor à moins qu’il ne fût déjà donné auparavant.

 

Qui était saint Vigor ? et quelle est l’histoire de ses reliques à Pont-de-l’Arche ?

 

Mais qui était Saint Vigor ? Cet homme, disciple de saint Vaast, fut le premier évêque de Bayeux et serait mort aux alentours de 537. Il est resté célèbre grâce à une légende qui fait de lui le champion de la lutte contre le paganisme. En effet, il aurait réussi à faire péricliter des pèlerinages païens et c’est peut-être pour cette raison qu’il est célébré le premier novembre (date de nombreuses fêtes polythéistes dont la Samaïn des celtes).

Si saint Vigor a été choisi pour patronner l’église de Pont-de-l’Arche c’est, très certainement, pour faire référence à une lutte heureuse contre le paganisme. Cela indiquerait peut-être que, très tôt, le lieu fut placé sous la protection de l’évêque de Bayeux.

Autrement, l’origine de ce nom résiderait peut-être dans la tête d’un abbé de Jumièges, disparu avec les raisons personnelles qui unissaient son cœur avec ce saint.

Ce saint n’avait donc aucun lien avec la ville, à l’origine. Toutefois, un aspect du culte de son culte le rendait très célèbre partout où il se trouvait. On disait qu’il avait ressuscité un enfant à Reviers ce qui lui valait une dévotion des mères qui recherchaient la santé pour leurs enfants.

Pont-de-l'Arche connut alors un pèlerinage des mères qui recommandaient leurs enfants au saint afin qu’il fortifiât les plus faibles d’entre eux, qu’il leur donnât la vigueur. On peut même penser qu’il existe un jeu de sonorités qui se trouve à l’origine de cette attribution miraculeuse.

Des cahiers de la fabrique de l’église nous apprennent qu’en 1541, "On a apporté deux pièces de la tête saint Vigor du prieuré Saint-Vigor de Bayeux". Cette acquisition de reliques était très fréquente sous l’Ancien Régime, et le Moyen Âge, qui permettait d’entretenir la foi des fidèles.

Ces cahiers précisent, en 1621, qu’il y a " dans (la) chasse le crâne et une demie vertèbre de saint Vigor et un morceau de chasuble." Comment expliquer le changement de contenu de la châsse ?

Quoi qu’il en soit, ces reliques ne reposèrent pas tranquillement dans l’église. En 1648, Pierre Delatour fut présumé coupable du vol des reliques de Saint-Vigor. Cet homme aurait fuit et caché les reliques dans un champ de Léry où, retrouvées, on aurait dressé une croix qui porte encore son nom de nos jours. Un procès eut lieu qui dura des années sans qu’on puisse connaître l’auteur du vol. Elles prirent le chemin de l’église de Louviers en 1673 avant que, en 1921, "le crâne, une vertèbre et un morceau de chasuble [ne reviennent] à l’église de Pont-de-l’Arche", Notre-Dame, donc...

 

Dans un autre volet… pourquoi a-t-on donné le nom de Notre-Dame des arts à l’église paroissiale ?

 

Sources

- Bothineau-Fuchs Yves, Haute-Normandie gothique, collection les Monuments de la France gothique (dir. par Annie Prache), Paris : Ed. A. et J. Picard, 2001, 403 p., ISBN 2-7084-0617-5, voir p. 273 à 277.

- Collectif, " Note de ce qui s’est passé de curieux et de ce qui a été fait dans l'année de chaque trésorier ", in Semaine religieuse du diocèse d’Évreux, n° des 24, 31 août, 14, 21 septembre 1918.

- Deslandes, ?, Recherches historiques sur les reliques de Saint Vigor, évêque de Bayeux, Bayeux : Imprimerie typographique COLAS, rue Royale, 1920.

- Fauroux Marie, " Recueil des actes des ducs de Normandie (911–1066)", in Mémoires de la société des antiquaires de Normandie, tome XXXVI, Caen : Société des antiquaires de Normandie, 1961, 560 p.

- Launay, Armand, " La première église de Pont-de-l’Arche (du IXe au XVe siècles…", in La Fouine magazine n° 6, janvier 2005, chez l'auteur, 2005, 16 p., ISSN 1765-2278.

- Patin, Anita, " Le voleur Delatour nous emmène à Bonport ", in La Dépêche de Louviers. (vers 1992).

- Verdier François, " L’église paroissiale Saint-Vigor de Pont-de-l’Arche ", in Congrès archéologique Evrecin, Lieuvin, Pays d’Ouche, 1980, Paris, 1984.

- Vernier J.-J., Chartes de l’abbaye de Jumièges (v. 825 à 1204) conservées aux archives de la Seine-Inférieure, tome I, Rouen : archives départementales, 1916, 240 p.

 

Armand Launay

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1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 15:37

Venus principalement du Danemark et de Norvège, les Vikings explorent le Nord de l’Europe. Commerçants, ils deviennent pirates selon les circonstances. Les richesses qu’ils ramènent dans leurs contrées améliorent leur position sociale ce qui donne l’idée à leurs petits frères d’en faire autant, quelques années plus tard… C’est leur arrivée dans notre région qui a donné naissance à la ville de Pont-de-l’Arche et à la Normandie, la terre des « hommes du Nord ». Retour en arrière en quelques dates…

790-800 : des Vikings sont repoussés par Charlemagne le long des côtes de la mer du Nord.

820 : première expédition viking dans l’estuaire de la Seine. Elle est repoussée par les gardes du rivage.
841 : seconde expédition viking, Jumièges et Rouen sont incendiés. Les Vikings constatent la faiblesse de l’armée franque qui est divisée entre les successeurs de Charlemagne.

La milice de Guérande face aux Normands (à droite) en 919. Un exemple de défense réussie face aux Normands. Extrait de La Vie de saint Aubin, manuscrit du XIe siècle provenant de l’abbaye d’Angers (BnF).

La milice de Guérande face aux Normands (à droite) en 919. Un exemple de défense réussie face aux Normands. Extrait de La Vie de saint Aubin, manuscrit du XIe siècle provenant de l’abbaye d’Angers (BnF).

845 : première expédition vers Paris (rééditée presque chaque année par la suite). Premier paiement par le roi du Danegeld (argent payé aux Danois pour qu’ils repartent).
851 : première fois qu’une troupe viking passe un hiver entier dans la basse Seine (réédité en 852 et par la suite).
856-862 : installation d’une « grande armée » scandinave dans l’estuaire de la Seine. Raids vers l’intérieur du royaume.
860-861 : réaction de Charles le Chauve qui nomme Robert le Fort à la tête d’un grand commandement en Neustrie contre les Normands et les Bretons.
862-869 : construction d’un
pont fortifié à Pont-de-l’Arche pour barrer la Seine, l’Eure et l’Andelle aux Normands. Ce pont est entouré de deux forts. Celui de la rive gauche deviendra la ville fortifiée de Pont-de-l’Arche.

Le système défensif de Pont-de-l’Arche construit entre 862 et 869 par le roi des Francs, Charles le Chauve, afin de protéger Paris et la majeure partie du royaume. La ville de Pont-de-l’Arche est au bout du pont, à droite, et le fort à gauche est aujourd’hui remplacé par la station-essence et le restaurant du Vieux pressoir. Ce dessin (extrait de l’ouvrage de J. Haywood) montre des Normands montant à l’assaut du fort incendié. Cependant, selon Jacques Le Maho, le fort aurait été bien plus petit et concentré en arc de cercle autour de l'entrée du pont, ce qui parait plus logique.

Le système défensif de Pont-de-l’Arche construit entre 862 et 869 par le roi des Francs, Charles le Chauve, afin de protéger Paris et la majeure partie du royaume. La ville de Pont-de-l’Arche est au bout du pont, à droite, et le fort à gauche est aujourd’hui remplacé par la station-essence et le restaurant du Vieux pressoir. Ce dessin (extrait de l’ouvrage de J. Haywood) montre des Normands montant à l’assaut du fort incendié. Cependant, selon Jacques Le Maho, le fort aurait été bien plus petit et concentré en arc de cercle autour de l'entrée du pont, ce qui parait plus logique.

876 : arrivée du chef viking Rollon dans l’estuaire de la Seine.
885-886 : le pont fortifié de Pont-de-l’Arche permet de retenir les Normands pendant quelques semaines avant le siège de Paris.
886-890 : Rollon s’empare de Bayeux.
898 : Charles le Simple devient roi de France (fin de règne en 923). Une partie de la future Normandie se vide de ses habitants et d’une large partie de son administration civile et religieuse. Les Vikings s’installent le long de la Seine et le long des côtes du pays de Caux, du Bessin et du Cotentin. Ils détiennent des biens et deviennent, de ce fait, soucieux de leur protection. De nombreux lieux prennent des noms scandinaves : Harfleur, Honfleur, Amfreville, Martot, Criquebeuf, Sotteville, Igoville…
911 : après une défaite militaire, Rollon s’installe à la table des discussions. Charles le Simple lui cède l’équivalent de la Haute-Normandie si Rollon accepte de reconnaitre l’autorité royale et de devenir chrétien. C’est ainsi que le traité de Saint-Clair-sur-Epte est signé. Rollon devient le premier duc d’une nouvelle province : la Normandie. Celle-ci n’est plus pillée par d’autres Vikings. La paix est rétablie.

Rollon, statue de bronze faisant partie du groupe monumental représentant Guillaume le Conquérant entouré de l’ensemble des ducs de Normandie à Falaise (Calvados).

Rollon, statue de bronze faisant partie du groupe monumental représentant Guillaume le Conquérant entouré de l’ensemble des ducs de Normandie à Falaise (Calvados).

924 : Rollon agrandit ses possessions en conquérant sur les Bretons le Bessin et le Maine.

933 : Guillaume Longue Epée, 2e duc de Normandie, conquiert le Cotentin et l’Avranchin au détriment des Bretons.
1020 : la paroisse de Pont-de-l’Arche est citée dans une charte par laquelle Richard II, duc de Normandie, confirme à l’abbaye de Jumièges ses droits sur cette paroisse. On y apprend que trois moulins sont bâtis sur le pont.
1066 : Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, devient roi d’Angleterre. La lutte entre les rois de France et les ducs de Normandie s’amplifie. Les Normands sont presque indépendants du pouvoir français et deviennent cette année-là les égaux des rois de France.

Flotte normande partie conquérir l’Angleterre, détail de la tapisserie de Bayeux, XIe siècle.

Flotte normande partie conquérir l’Angleterre, détail de la tapisserie de Bayeux, XIe siècle.

1189 : durant une période de paix, Richard Coeur de Lion, duc de Normandie et roi d'Angleterre, et Philippe Auguste, roi de France se concertent pour la fondation de l'abbaye Notre-Dame de Bonport à Pont-de-l'Arche.

Philippe Auguste et Richard Coeur de Lion montrant leur amitié au début de la 3e croisade (1190-1191), Livre d’Eracle, Flandres, vers 1300 (BnF).

Philippe Auguste et Richard Coeur de Lion montrant leur amitié au début de la 3e croisade (1190-1191), Livre d’Eracle, Flandres, vers 1300 (BnF).

1195 : de retour de croisade et de captivité, Richard Coeur de Lion renforce ses défenses contre le roi de France, Philippe Auguste. En plus de Château Gaillard, il fait rehausser les fortifications de Pont-de-l'Arche.

1204 : Philippe Auguste, roi de France, bat Jean sans Terre, duc de Normandie et roi d’Angleterre. Les rois de France retrouvent leur autorité sur la Normandie, 293 ans après le traité de Saint-Clair-sur-
Epte. Philippe Auguste fait de Pont-de-l’Arche sa principale résidence normande. Il fait rehausser le fort situé de l’autre côté du pont. Il fait réparer le pont.

 

Sources

- BAUDUIN Pierre, La première Normandie (Xe-XIe siècles). Sur les frontières de la haute Normandie : identité et construction d’une principauté, Caen, Presses universitaires de Caen, 2006, 485 pages ;

- HAYWOOD (John), L’Atlas des Vikings (789-1100), de l’Islande à Byzance : les routes du commerce et de la guerre, Paris, éditions Autrement, collection Atlas / Mémoires, 1995, 144 pages ;

- LAUNAY (Armand), L’Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l’Arche, éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages ;

- NEVEUX (François), L’Aventure des Normands : VIIIe-XIIIe siècle, Paris, éditions Perrin, 2006, 385 pages ;

- NEVEUX (François), La Normandie des origines à nos jours, Rennes, éditions Ouest-France, 2010, 127 pages.

 

Armand Launay

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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Compte LinkedIn.

Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au coeur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte. Gege wanazioni wangu !

Réflexion

Le temps n'est pas. Il n'y a qu'une règle graduée portant les marques "hier, aujourd'hui et demain" ; c'est-à-dire quelques traits issus de la faculté des Hommes à compter le passage des astres ; beautés et mesures à la fois, par Odin !

C'est avec cette règle que les Hommes tentent de mesurer les phénomènes les plus apparents. Ils se donnent des repères parmi l'érosion, véritable mère de la prise de conscience : "ce qui est rare à du prix" écrivait Chateaubriand. 

Il s'agit alors de prendre conscience de l'interdépendance entre tous les phénomènes, leur âme, et leur manière de s'attacher à notre âme. Pont-de-l'Arche où la terre natale... 

Ces phénomènes alimentent notre bonheur : sens du savoir, comment se crée notre notion du bienêtre, d'où vient notre conscience de ce qui est bon, quelles en sont les limites ? 

Bonheur, sens et quête du savoir ; horizon qui donne une orientation à notre cheminement ; orientation vers la naissance de la lumière quelle que soit la saison ; sève de notre arbre généalogique ; doute qui permet de poser peut-être les bonnes questions...

Rabelais quoi qu'il en soit... entre vins, livres et mets sapides : conscience du savoir s'il sait sucrer le faste palais du quotidien et donc là où se rassemblent les gens... érudition en entrée, curiosité en plat principal et conscience en dessert... et inversement, même si c'est moins agréable, pour un étudiant. 

Enfin, n'oubliez pas de poursuivre l'observation dans un verre à dégustation rempli de Calvados du bon bocage normand ! Au-delà des ténèbres de la Genèse, vous y verrez luire les étoiles de l'esprit et des plaisirs...