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27 février 2014 4 27 /02 /février /2014 17:09

Roger Bonnet est né le 17 septembre 1917 au Petit-Quevilly et mort fusillé le 14 avril 1942 à la prison d'Evreux. Il fut tout d’abord comptable chez Jupiter, à Rouen. Installé à Pont-de-l’Arche avec sa jeune épouse, Augusta Demare, il était gérant d’un magasin des Coopérateurs de Normandie. Cet établissement était situé au n° 8 de la rue Président-Roosevelt. Il fit son service militaire chez les Spahis en Syrie.

Au début de la Seconde guerre mondiale, il distribua des tracts de la Résistance communiste en lien avec André Benet, syndicaliste de la chaussure et futur maire de Pont-de-l’Arche. Cependant, Roger Bonnet fut identifié par la gendarmerie à cause d'un délateur. Un matin de novembre 1941, il partit en vélo muni d’une remorque à la place du Vieux marché (Rouen) et ce afin de ravitailler son magasin en fruits et légumes. Il y rencontra sa nièce Mireille, avertie par son épouse, enceinte, qu’il était recherché par la gendarmerie.

Arrêté, il fut condamné par la Cour spéciale de Rouen à deux ans de prison pour distribution de tracts. A la demande de l’occupant, il fut condamné à mort et déporté à Auschwitz. Il ne rentra en Normandie pour que pour être fusillé à la prison d’Evreux et ce certainement en représailles d’actions de la Résistance. Il fit le chemin assis sur son cercueil. Sa fille Mauricette naquit la semaine où il fut assassiné. Le 7 mars 1942, dans cette même prison d’Evreux, c’est Pierre Semard qui fut fusillé pour son implication dans le PCF et dans la Résistance. Son corps fut sorti de la fosse commune à la Libération.

Le 6 juillet 1945, sous la présidence d’André Benet, maire, l’ancien chemin du Neubourg, aussi appelé route de Tostes, fut baptisé Roger Bonnet par le Conseil municipal.

Photographie montrant Roger Bonnet, au milieu, portant un gilet, parmi ses amis de jeunesse (cliché de la famille Bonnet).

Photographie montrant Roger Bonnet, au milieu, portant un gilet, parmi ses amis de jeunesse (cliché de la famille Bonnet).

Plaque commémorative posée le 8 mai 2015 dans la rue Président-Roosevelt en remplacement d'une plaque depuis longtemps disparue. Initiative d'Alain Picard et sa femme Mauricette Lavauquet, fille de Roger Bonnet, réalisée par la municipalité représentée par Richard Jacquet (cliché Armand Launay, juillet 2015).

Plaque commémorative posée le 8 mai 2015 dans la rue Président-Roosevelt en remplacement d'une plaque depuis longtemps disparue. Initiative d'Alain Picard et sa femme Mauricette Lavauquet, fille de Roger Bonnet, réalisée par la municipalité représentée par Richard Jacquet (cliché Armand Launay, juillet 2015).

Sources

Avec l’aide d’Alain Picard et d'après les souvenirs de Mireille Demare, épouse Picard.

Sources FFI des Archives départementales de l’Eure.

Délibérations du Conseil municipal de Pont-de-l’Arche.

Armand Launay

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Plaque de rue sur le mur de l'ancienne usine d'Henry Prieur (cliché Armand Launay, mars 2014).

Plaque de rue sur le mur de l'ancienne usine d'Henry Prieur (cliché Armand Launay, mars 2014).

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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 17:12

Un diaporama pour le plaisir des yeux...

Les aviez-vous déjà observées une à une ? 

Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
Clichés Armand Launay, février 2014.
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Clichés Armand Launay, février 2014.

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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 19:30

A l’heure où la Communauté d’agglomération Seine Eure ouvre sa première piscine à Louviers, et avant de travailler sur une deuxième localisée à Pont-de-l’Arche, nous retraçons brièvement l’historique de la première piscine de la ville.

 

Si quelques enfants se risquaient dans l’eau de la Seine puis de l’Eure, la ville de Pont-de-l’Arche était peu concernée par la baignade avant 1967. Le 29 juin 1967, une délibération du Conseil municipal présidé par Roland Levillain expliqua la raison de la construction d’une piscine sur les berges de l’Eure, en bas de la rue Alphonse-Samain, et précisa quelques modalités d’ouverture. L’inauguration était prévue le 14 juillet 1967 : « procurer des plaisirs supplémentaires à la population de Pont-de-l'Arche et de la région, pendant les vacances un maître-nageur sauveteur sera recruté, ainsi que deux caissières qui s'occuperont également du vestiaire. Le prix des entrées est fixé à 2.00 frs pour les adultes et 1.00 frs pour les jeunes gens de moins de 14 ans. Elle sera ouverte chaque jour de 9 h 30 à 12 h 30 et de 15 h à 19 h ou même un peu plus tard en cas d’affluence et de grande chaleur. Le service des douches débutera le 1er octobre 1967, prix d'entrée 2... frs. »

De la part de Roland Levillain, la construction de cet équipement n’est pas étonnante étant données les différentes réalisations de terrains sportifs de ses mandats mais aussi de son attention pour le commerce du centre-ville dont certains entrepreneurs constituaient une partie de son conseil municipal. Les commerçants eux-mêmes contribuaient largement à la vitalité du centre-ville notamment en créant et gérant le camping Seine et Eure.

La piscine fonctionna l’été pour le plus grand bonheur des jeunes. En 1984, la municipalité de Roger Leroux créa le parking de la piscine.

En couleurs : carte postale. En noir et blanc : photos municipales des travaux.
En couleurs : carte postale. En noir et blanc : photos municipales des travaux.
En couleurs : carte postale. En noir et blanc : photos municipales des travaux.
En couleurs : carte postale. En noir et blanc : photos municipales des travaux.
En couleurs : carte postale. En noir et blanc : photos municipales des travaux.
En couleurs : carte postale. En noir et blanc : photos municipales des travaux.

En couleurs : carte postale. En noir et blanc : photos municipales des travaux.

Cependant, cet équipement ne présentait pas que des avantages. Le 17 janvier 1973, le communiste Robert Redon chargea Roland Levillain en plein Conseil municipal sur le fait que la ville n’était pas dotée « de gymnase, de salle omnisports » et qu’il n’y avait pas de « réflexion globale sur les sports et loisirs (…), pas de salles de réunion » et que la « piscine coute cher et ne sert que quelques semaines par an. »  

Autre défaut de taille, cet équipement n’a pas été construit selon les normes de sécurité ce qui est devenu intolérable avec le durcissement de la législation et des contrôles sanitaires. Paulette Lecureux décida de la fermeture de la piscine et la fit détruire en 1996. Elle projetait, dans le cadre de l’intercommunalité qui n’était encore qu’un projet, de faire construire plus tard un équipement intercommunal.  

En attendant, les berges de l’Eure furent aménagées. Une partie devint le chemin Claude-Boubet et l’autre devint un parking doté d’une demi-halle.

La piscine survit encore quelques années dans l’enseigne du « Bar de la piscine » et, de nos jours encore un peu dans les discussions archépontaines. Quelques parties du bâtiment sont encore debout qui soutiennent quelques places de parking et qui proposent des toilettes en contrebas, glorieux vestige de la première piscine archépontaine.

 

Sources

Bulletin municipal

Délibérations du Conseil municipal

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Published by Armand Launay - dans Loisirs Pont-de-l'Arche
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17 janvier 2014 5 17 /01 /janvier /2014 20:39

Difficile, quand on est jeune, de ne pas connaitre le Centre de loisirs de Pont-de-l'Arche tant ce service communal est central dans la sociabilité archépontaine. Cependant, bien qu’à deux pas du centre-ville, le beau « château » du Centre de loisirs reste bien énigmatique un peu caché dans sa bulle verte. Nous avons voulu faire le point sur l'historique et la valeur patrimoniale de ce bien du XVIIIe siècle, largement remanié au XIXe siècle.

 

La façade Est du Château du Centre de loisirs fraichement rénovée (cliché Armand Launay, juin 2013).

La façade Est du Château du Centre de loisirs fraichement rénovée (cliché Armand Launay, juin 2013).

Description architecturale du Château (2010)

Dans le langage courant, le « château » sert à désigner le bâtiment principal du Centre de loisirs. C’est dans le cadre d’une réhabilitation complète que l’équipe municipale, réunie autour de Richard Jacquet, a officialisé ce nom le 25 juin 2012 en même que « parc des loisirs » pour le domaine alentour.

Le Château est une maison bourgeoise constituée d’un corps de bâtiment unique rectangulaire à un étage plus un étage de comble. Reposant sur un sous-sol, cet édifice en brique partiellement enduite est parfaitement symétrique. Avec son programme décoratif, ceci le rattache à l’architecture néoclassique du XVIIIe siècle. Le toit mansardé, recouvert d’ardoises, est ajouré par deux séries de cinq lucarnes le long des murs gouttereaux et deux séries de trois lucarnes le long des murs pignons (largeur du bâtiment). Ce nombre d’ouvertures est le même au rez-de-jardin et au premier étage (trois ouvertures étant des portes). Des frontons triangulaires couronnent le dessus des fenêtres du premier étage et des lucarnes. Un léger avant-corps sur la façade dégage les portes principales. Des moulurations de plâtre décorent avec des motifs végétaux l’encadrement des portes d’entrée de certaines portes intérieures mais aussi des plafonds du rez-de-jardin. Ceux-ci sont notamment décorés de médaillons représentant des angelots mais aussi des profils de femmes comme dans des camées. Quelques boiseries, un parquet, un peu de faïence aux murs laissent entrevoir quelle fut la richesse de la décoration intérieure de ce bâtiment vraisemblablement construit au milieu du XVIIIe siècle mais largement remanié au XIXe siècle. La maison du concierge est contemporaine de ces remaniements, elle qui n'existait pas encore en 1834 sur le plan cadastral (voir plus bas), et qui présente une façade ressemblant à celle du Château.

Le pot-à-feu couronnant le chien-assis de la façade Est (cliché Bertrand Gascoin, 2011).

Le pot-à-feu couronnant le chien-assis de la façade Est (cliché Bertrand Gascoin, 2011).

Détails de décorations du Château et notamment les médaillons du rez-de-chaussée présentant des enfants montant des dauphins, frappant une enclume et cultivant un champ cliché Armand Launay, décembre 2010).Détails de décorations du Château et notamment les médaillons du rez-de-chaussée présentant des enfants montant des dauphins, frappant une enclume et cultivant un champ cliché Armand Launay, décembre 2010).
Détails de décorations du Château et notamment les médaillons du rez-de-chaussée présentant des enfants montant des dauphins, frappant une enclume et cultivant un champ cliché Armand Launay, décembre 2010).Détails de décorations du Château et notamment les médaillons du rez-de-chaussée présentant des enfants montant des dauphins, frappant une enclume et cultivant un champ cliché Armand Launay, décembre 2010).
Détails de décorations du Château et notamment les médaillons du rez-de-chaussée présentant des enfants montant des dauphins, frappant une enclume et cultivant un champ cliché Armand Launay, décembre 2010).Détails de décorations du Château et notamment les médaillons du rez-de-chaussée présentant des enfants montant des dauphins, frappant une enclume et cultivant un champ cliché Armand Launay, décembre 2010).
Détails de décorations du Château et notamment les médaillons du rez-de-chaussée présentant des enfants montant des dauphins, frappant une enclume et cultivant un champ cliché Armand Launay, décembre 2010).Détails de décorations du Château et notamment les médaillons du rez-de-chaussée présentant des enfants montant des dauphins, frappant une enclume et cultivant un champ cliché Armand Launay, décembre 2010).

Détails de décorations du Château et notamment les médaillons du rez-de-chaussée présentant des enfants montant des dauphins, frappant une enclume et cultivant un champ cliché Armand Launay, décembre 2010).

Un bien communal depuis 1980

C’est le 11 aout 1980 que la Ville de Pont-de-l’Arche, représentée par son maire Roger Leroux, acquit la propriété « Meunier ». Située au n° 5 de la rue Roger-Bonnet, cette propriété des faubourgs était vaste (plus de 2 hectares notamment boisés) ce qui explique pourquoi la Ville souhaita y créer un Centre de loisirs, après l’avoir imaginé un temps à l’endroit où fut construite la résidence Pierre-Mendès-France. Une partie des terrains de la propriété Meunier permit la construction de la résidence Louis-Aragon. Une autre fut utilisée pour des constructions privées en bas de la rue Olivier-des-Bordeaux. Le Centre de loisirs fut géré par deux associations (l’ALEPA puis le CAEJ) entre 1982 et le 1er janvier 2004 où il fut municipalisé par l’équipe de Dominique Jachimiak. Le Château accueille aussi l’école de musique et de danse Erik-Satie. Celle-ci fut créée en 1979 sous le mandat de Roger Leroux et son adjointe Paulette Lecureux. Elle intégra le Château du Centre de loisirs et devint intercommunale en 1983 avec le concours d’Alizay puis d’autres communes locales. C’est en 1996 qu’elle prit le nom du compositeur normand Erik Satie. De 2001 à 2013, la Communauté de communes Seine Bord se substitua aux communes qui constituaient avec la Ville de Pont-de-l’Arche la tutelle de l’école.

 

Les précédents propriétaires

En 1980, Georges Armand Meunier et Marie-Thérèse Gaudard vendirent leur bien à la ville. Ils en étaient propriétaires depuis le 22 septembre 1965. A cette date, ils achetèrent deux parcelles à la Société cellophane et la Société civile immobilière du Manoir (SOCIM, dépendant de la SICA, papèterie d’Alizay). Ces deux sociétés avaient acheté ces parcelles à Jules Albert Prieur et sa femme Louise Marie Mallet le 24 avril 1953, pour la première, et le 8 mai 1962 pour la seconde. Jules Albert Prieur (1890-1965) est un personnage qui a compté dans l’histoire de Pont-de-l’Arche car il faisait partie des plus grands industriels de la chaussure. Albert, comme il se faisait appeler, reprit avec son frère Henry l’entreprise créée par leur père, Henry Prieur. Bâtie sur la route de Tostes (l’entreprise Luneau de nos jours), ils employèrent jusqu’à 350 personnes en 1923. Fortement mécanisée, cette entreprise se tailla des parts de marché au niveau national avant de décliner et de fermer ses portes en 1964. Pour revenir au « Château », Albert Prieur l’avait acheté le 11 mars 1919 à Jean Maurice Georges Ferrière, habitant la rue de la Seille, à Rouen. Ce dernier était maitre des lieux en 1908. En 1891, le Château et son domaine étaient le bien de la veuve Jean Gustave Tisset. Enfin, André Constant Delalande, fabricant de draps à Elbeuf, était propriétaire en 1877. Il mourut en 1884. Etant données les caractéristiques architecturales du Château, décrit ci-dessus, nous avons affaire à un bâtiment reconstruit vers le milieu du XIXe siècle. Mais la propriété de ce Château existait déjà auparavant…

 

 

Une propriété aristocratique

Plusieurs éléments nous permettent de resituer le Château dans son ambiance du XVIIIe siècle. Le plus clair est le plan cadastral de 1834 sur lequel est représenté le Château. Il est situé dans une vaste propriété enrichie, à l’ouest, d’un jardin à la française et de pièces d’eau qui campent un décor aristocratique. Il semble que des écuries soient situées le long de la route de Tostes. Une allée part vers le sud, vers la forêt. Ce domaine est représenté entouré de haies dans l'atlas de Daniel-Charles Trudaine, intendant des finances et directeur des Ponts et chaussées. On le voit sur la carte de Pont-de-l'Arche établie par Jean-Prosper Mariaval (fils) vers 1759. Elle fait partie des grandes propriétés bordant les faubourgs de la ville. Sans avoir retrouvé de preuve formelle, sous soupçonnons que cette propriété appartint à la riche famille Alexandre-Delafleurière, déjà étudiée par nos soins.

Le cadastre de 1834 montre nettement le Château du Centre de loisirs. La maison du concierge n'était pas encore bâtie et doit être contemporaines des remaniements du Château au XIXe siècle (Archives départementales de l'Eure).

Le cadastre de 1834 montre nettement le Château du Centre de loisirs. La maison du concierge n'était pas encore bâtie et doit être contemporaines des remaniements du Château au XIXe siècle (Archives départementales de l'Eure).

Dans l'atlas de Trudaine, la partie montrant Pont-de-l'Arche (1759) montre la propriété du futur Centre de loisirs entourée d'une haie.

Dans l'atlas de Trudaine, la partie montrant Pont-de-l'Arche (1759) montre la propriété du futur Centre de loisirs entourée d'une haie.

Un domaine de la famille Alexandre-Delafleurière ?

Jacques Isaac Alexandre Delafleurière (1770-1837) s’engagea dans l’armée révolutionnaire comme écrit sur l’acte de naissance de Jacques Isaac Poupardin datée du 12 mai 1793. Il est signé par les parents, Nicolas Poupardin et Madelaine Baron, et par Jacques Isaac Alexandre décrit comme dragon de la Manche et domicilié sur la route du Neubourg. Or aucune autre habitation n’existait sur cette route que la propriété qui nous intéresse. La solde d’un jeune militaire n’expliquerait pas qu’il fût propriétaire d’un des plus vastes domaines archépontains. Son père, Jacques Joseph Alexandre Delafleurière (1747-1825) était conseiller du roi en la maitrise des eaux et forêts de Pont-de-l’Arche et, plus précisément, garde-marteau. Il joua un rôle de premier rang à la Révolution en devenant maire jacobin puis commissaire du canton et, ensuite, conseiller général. Il était un des plus riches notables de la ville avant 1789 et acquit des terres lors de ventes de biens nationaux au premier rang desquels Bonport. Il acquit aussi des terres le long de la route du Vaudreuil, au triège du Val, le long de la route du Neubourg, dans le faubourg de Limaie, à la Cavée, la Maladrerie, la ferme du Bon-air, au Chêne Jaunet, dans la forêt de Bord, dans l’ile de Bonport, à la Sente à Cagnon... Cet homme semble bien placé pour avoir laissé un bel héritage à son fils Jacques Isaac.

 

D’autres vestiges du bâtiment ayant précédé le Château ont été mis au jour en 2012 par les vastes travaux de réhabilitation de l’ensemble du Centre de loisirs lancés par l’équipe de Richard Jacquet. Les entreprises ont fait ressortir un mur à pans de bois séparant l’ancienne cuisine du couloir d’entrée du Château. Qui plus est, est apparu un parquet posé à bâtons rompus (en chevrons décalés) à même les solives reposant chacune sur deux rangées de briques. On peut ajouter à ces vestiges des parties de la cave réalisées en moellons calcaire.

Quelques vestiges du bâtiment antérieur au Château ont été mises au jour lors de la réhabilitation du Centre de loisirs (cliché Bertrand Gascoin, 2012).

Quelques vestiges du bâtiment antérieur au Château ont été mises au jour lors de la réhabilitation du Centre de loisirs (cliché Bertrand Gascoin, 2012).

Dernier élément qui atteste la préexistence d’une propriété en ce lieu, les bâtiments annexes du Centre de loisirs. Epars, ils sont constitués en moellon calcaire et trahissent une fonction agricole. Les plus anciens semblent dater de la fin du XVIIe siècle. Le long de la rue Roger-Bonnet, un mur en moellon calcaire, ses beaux piliers de portail et un muret (le long de la résidence Louis-Aragon) rappellent l’existence des murs d’enceinte de cette propriété ancienne et vaste propriété.

 

En guise de conclusion

Si les preuves formelles nous manquent, si les lieux ont largement été rebâtis au XIXe siècle, les quelques nouveaux éléments que nous avons mis en valeur confirment l’ancrage du Château du Centre de loisirs dans une atmosphère bourgeoise, voire aristocratique du XVIIIe siècle. Il semble que cet édifice et son domaine soient les héritiers d’une des vastes propriétés ayant appartenu aux notables du Pont-de-l’Arche de l’Ancien Régime.

 

Sources...

  ... citées dans l'article et archives municipales (matrices cadastrales). 

Armand Launay

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17 janvier 2014 5 17 /01 /janvier /2014 19:12

Le Manoir de Manon désigne un édifice du centre-ville de Pont-de-l’Arche dont les parties les plus anciennes datent du XVIe siècle. Hôtel particulier des Jeucourt, il fut habité ensuite par Jules Massenet et Jacques-Henri Lartigue.  

Le Manoir de Manon est une des plus grandes propriétés intra-muros de Pont-de-l'Arche (cliché Armand Launay, 2012).

Le Manoir de Manon est une des plus grandes propriétés intra-muros de Pont-de-l'Arche (cliché Armand Launay, 2012).

Description

Le manoir de Manon comprend les numéros 6, 8 et 10 de la rue Jean-Prieur. Le premier numéro est une propriété privée. Les autres numéros désignent des propriétés municipalisées en 1996. Le manoir fut inscrit sur la liste complémentaire des Monuments historiques le 4 mars 2003 (référence : PA27000057) : « Le bâtiment […] en totalité ; les façades et toitures du bâtiment central et du bâtiment ouest, à l'exclusion des constructions adventices au nord, avec les murs de terrasse au nord » ce qui ne désigne pas les vestiges de remparts au-dessus du quai de Verdun.

 

Photographie prise durant les travaux de l'espace Jacques-Henri-Lartigue en 1995 (cliché Ville de Pont-de-l'Arche).

Photographie prise durant les travaux de l'espace Jacques-Henri-Lartigue en 1995 (cliché Ville de Pont-de-l'Arche).

Architecture et datation

Prise de la rue Jean-Prieur, la photographie du Manoir permet de distinguer un bâtiment central, daté du XVIe siècle ou du XVIIe siècle par la conservation régionale des Monuments historiques, auquel ont été adjointes deux ailes datées de la fin du XVIIe siècle ou du début du XVIIIe siècle. Le plan cadastral confirme cette configuration des bâtiments et montre, de plus, des ailes s’engageant plus avant dans l’arrière-cour. Il s’agit de bâtiments à pans de bois reposant sur un sous-sol et comprenant un étage carré et étage de comble. Des parties sont réalisées en moellon calcaire, en bois et en brique. Malheureusement, les murs sont largement enduits de crépit du XIXe siècle masquant la beauté et la variété des matériaux. La couverture est composée de toits à deux croupes. Les pans de la partie privée du Manoir sont brisés (mansardes).

Le plan cadastral de 1834 montre l'emprise foncière du Manoir de Manon et de sa terrasse côté Seine (Archives départementales de l'Eure).

Le plan cadastral de 1834 montre l'emprise foncière du Manoir de Manon et de sa terrasse côté Seine (Archives départementales de l'Eure).

Le même Manoir vers 2011 (vue satellitaire Google).

Le même Manoir vers 2011 (vue satellitaire Google).

L'aile Est du Manoir vue depuis le pont de Pont-de-l'Arche (cliché Armand Launay, 2011).

L'aile Est du Manoir vue depuis le pont de Pont-de-l'Arche (cliché Armand Launay, 2011).

Une partie du Manoir vue depuis le pont de Pont-de-l'Arche (cliché Armand Launay, 2013).

Une partie du Manoir vue depuis le pont de Pont-de-l'Arche (cliché Armand Launay, 2013).

Détail de la partie Est du Manoir vu depuis la rue Jean-Prieur (cliché Armand Launay, 2013).

Détail de la partie Est du Manoir vu depuis la rue Jean-Prieur (cliché Armand Launay, 2013).

Historique

Le nom «  Manoir de Manon »

Ce nom fut donné le 7 novembre 1998 par le maire, Paulette Lecureux, lors de l’inauguration de la crèche associative Bidibul dans les locaux acquis par la Ville de Pont-de-l’Arche en 1996. Cet ancien maire a souhaité honorer la mémoire de Jules Massenet, auteur en 1893 de l’opéra « Le portrait de Manon ». Ce compositeur habita en ce lieu (voir plus bas). Ces mots sont gravés sur le linteau de la porte principale.  

 

Le Vieux manoir et la Royal air force

Avant de d’appeler le Manoir de Manon, l’édifice qui nous intéresse était connu sous le nom de Vieux manoir. C’est sous ce nom que l’armée de l’air britannique le loua durant la Première guerre mondiale afin d’y établir les quartiers généraux du camp de Pont-de-l’Arche – Les Damps. A lire à ce sujet notre étude sur ce même blog en cliquant ici.

 

Le Vieux manoir, propriété de Jules Massenet

Jules Massenet est un compositeur né le 12 mai 1842 à Saint-Étienne et mort le 13 aout 1912 à Paris. De 1891 à 1895, il habitait au Vieux manoir où il trouvait un cadre calme et agréable notamment grâce à la vue sur la vallée de la Seine et de l’Andelle. Inspiré par la localité, il composa ici certains de ses plus célèbres opéras : Werther (1892), Le portrait de Manon (1893) et Cendrillon (1895). Jules Massenet se montrait assez peu dans les rues de la ville. Il fut néanmoins président d’honneur d’un concours « d’harmonie et de fanfares » donné dans la ville en 1892 (Pont-de-l’Arche, cité de la chaussure, page 27). Il aida aussi Mlle Touzard, enfant du pays, qui tenait l’orgue de l’église alors qu’elle n’avait que 7 ans en 1891. Jules Massenet l’invita à se perfectionner à Paris. Il l’aida et la guida dans les débuts d’une intéressante carrière avant qu’elle ne devienne Mme Blanchard de Chatillon. En 1998, le maire Paulette Lecureux honora la mémoire de l’artiste en appelant « Manoir de Manon » ce bâtiment qui abrite depuis la crèche Bidibul.

 

Le Vieux manoir, maison d’enfance de Jacques-Henri Lartigue

Le photographe Jacques-Henri Lartigue passa quelques-unes de ses premières années au Vieux manoir, propriété acquise par ses parents de 1897 à 1909. Il prit ainsi ses premiers clichés à Pont-de-l’Arche. A lire à ce sujet notre article sur ce même blog en cliquant ici.

 

Le Manoir de Jeucourt : le plus ancien nom connu

Le Manoir de Manon porta le nom de Jeucourt, ainsi que la rue Jean-Prieur. Si Jeucourt est le nom d’une famille d’Incarville influente à Pont-de-l’Arche aux XIVe et XVe siècles, il semble que le Manoir ait dû ce nom à Nicolas Langlois, sieur de Jeucourt. Celui-ci était lieutenant général du bailliage de la ville, au moins en 1692 où il est cité dans une délibération du Conseil municipal en date du 26 novembre (archives municipales, BB1). Un document conservé aux archives de Seine-Maritime (1 B 5625) nous fournit d’autres éléments. Datant de février 1706, il traite d’un procès entre Mlle de Lacroix (de Tourville-la-Rivière) et M. Mauduit. Il cite Nicolas Langlois, seigneur et patron de Criquebeuf-la-Campagne, Auteuil et Jeucourt, conseiller du roi et « lieutenant général et particulier civil et criminel du bailli de Rouen au siège du pondelarche ». Il s’agit donc du même homme et sa fonction, la plus importante de la ville, doit expliquer pourquoi il était propriétaire d’une des plus grandes demeures de Pont-de-l’Arche. Puis, la notice Mérimée nous apprend que cet hôtel devint une propriété de la famille Le Cordier de Boisenval qui transforma « une nouvelle fois la demeure vers 1760, notamment pour la partie orientale : les façades en pierre de taille calcaire, baies plus larges, pièces à décors lambrissées et cheminées de marbre visibles aujourd'hui. » Jean Nicolas Le Cordier de Boisenval, receveur des tailles de l'élection de Pont-de-l'Arche, l'un des premiers maires connus de la ville (1735-1736 puis 1743-1771). On compte aussi un Anne-Henry Le Cordier de Boisenval, également receveur des tailles (au moins en 1757).

 

La duchesse de Longueville

Membre de la famille royale, Anne-Geneviève de Bourbon-Condé (1619-1679), sœur de Louis II de Bourbon-Condé et d’Armand de Bourbon-Conti, résida au Manoir de Manon. Elle épousa en 1642 Henri II d’Orléans (1595-1663), duc de Longueville et gouverneur de Normandie et passa à la prospérité notamment pour son rôle dans la Fronde. Elle tenta de fédérer la noblesse (1649) puis de soulever la Normandie (1650) contre le pouvoir exercé par Jules Mazarin durant la minorité de Louis XIV. A défaut de parvenir à ses fins, elle réussit à se glisser dans les écrits de Simone de Beauvoir qui la cita à la page 180 du tome 1 de Le Deuxième sexe en tant que témoin de l’ « arrivée des femmes à une influence sur les affaires d’État ». Dans la littérature, la duchesse de Longueville se retrouve citée dans Vingt ans après (chapitre 93), suite donnée à partir de 1845 par Alexandre Dumas aux Trois mousquetaires : « Mais lorsque Aramis lui eut présenté cette paix sous son véritable jour, c'est-à-dire avec tous ses avantages, lorsqu'il lui eut montré, en échange de sa royauté précaire et contestée de Paris, la vice-royauté de Pont-de-l'Arche, c'est-à-dire de la Normandie tout entière, lorsqu'il eut fait sonner à ses oreilles les cinq cent mille livres promises par le cardinal, lorsqu'il eut fait briller à ses yeux l'honneur que lui ferait le roi en tenant son enfant sur les fonts de baptême, madame de Longueville ne contesta plus que par l'habitude qu'ont les jolies femmes de contester, et ne se défendit plus que pour se rendre. »

La conservation régionale des Monuments historiques possède quelques photographies commentées par un ancien propriétaire de la partie privée du Manoir de Manon. Celles-ci témoignent de la présence de la duchesse de Longueville en ce lieu. De nombreuses boiseries ornent les appartements ainsi que des peintures au-dessus de portes (XVIIe siècle). Le plancher en chêne est réalisé en point de Hongrie. De nombreux décors floraux agrémentent les pièces et la cheminée en marbre de la « chambre d’hôtes » porte une sculpture à double fleurs de lys en miroir d’eau, emblème de la famille royale. Celle de la « chambre de la duchesse » présente une « plaque alchimique ».

 

En guise de conclusion

La ville blottie dans ses remparts médiévaux a engendré beaucoup de petites maisons individuelles habitées par la partie humble de la population. Quelques riches demeurent contrastent avec cet habitat, tel le Manoir de Manon qui fut occupé par des personnages de premier plan tels qu’un gouverneur de Normandie, le duc de Longueville et sa célèbre femme, et du personnel de premier ordre rattaché au bailliage de Pont-de-l’Arche.

Plaque "alchimique" de la cheminée de la chambre dite de la duchesse de Longueville. Extrait du dossier de la Conservation régionale des Monuments historiques comportant plusieurs de ces photographies annotées par un ancien propriétaire - très renseigné - du Manoir de Manon.

Plaque "alchimique" de la cheminée de la chambre dite de la duchesse de Longueville. Extrait du dossier de la Conservation régionale des Monuments historiques comportant plusieurs de ces photographies annotées par un ancien propriétaire - très renseigné - du Manoir de Manon.

Rose des vents du Manoir de Manon, un enfant au-dessus d'une crèche... (cliché Armand Launay, 2013).

Rose des vents du Manoir de Manon, un enfant au-dessus d'une crèche... (cliché Armand Launay, 2013).

Sources

Chantepie Roland, Pont-de-l’Arche à travers les âges, manuscrit b, 2e partie, De la Révolution à nos jours (1944) ;

Ministère de la culture, base Mérimée : référence : PA27000057 ;

Pont-de-l’Arche ma ville : bulletin d’information municipal.

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 15:30

Expliquer le blason de Pont-de-l’Arche, c’est remonter aux éléments historiques qui ont pu l’inspirer. C’est pourquoi nous proposons ce bref historique des représentations de ce visuel. Au-delà, c’est le thème de la représentation d’une ville par un dessin qui nous a motivé. Nous nous sommes demandé si les logotypes ayant émergé depuis la fin du XXe siècle sont en rupture ou en continuité avec les blasons ?

 

Le blason de Pont-de-l'Arche sur un vitrail de Notre-Dame-des-arts (au-dessus du portail) cliché Armand Launay, 2012).

Le blason de Pont-de-l'Arche sur un vitrail de Notre-Dame-des-arts (au-dessus du portail) cliché Armand Launay, 2012).

Des emblèmes du XIVe siècle

Jusqu’à plus ample informé, c’est Alfred Canel qui a le plus poussé la réflexion sur le blason archépontain, lui qui écrivit en 1863 un Armorial des villes et corporations de Normandie.

Celui-ci explique que la plus ancienne représentation de la ville de Pont-de-l'Arche date du XIVe siècle où un écu de la vicomté montre « au milieu, un écu parti de France et de Navarre, et, en arrière de l'écu, un pont sur lequel s'élève un fort, dont on n'aperçoit que le sommet. A chaque côté de l'écu, une petite croix pose sur le parapet du pont. »

Alfred Canel en publie un dessin (page 208) avec un pont reposant sur neuf arches, Alfred Canel trouvant plus convenable de donner à la ville plus de trois ou quatre arches, chiffres habituellement attribués aux ponts jetés sur de plus petites rivières comme à Pont-Audemer et Pontorson (page 210). 

 

1669 : la plus ancienne représentation retrouvée

La plus ancienne représentation subsistante du blason de Pont-de-l’Arche, citée par Alfred Canel (page 209), date de 1669. On peut la retrouver dans le premier volume de La description des provinces et villes de France par Pierre de La Planche, prêtre et bibliothécaire de l'Oratoire de Paris. Illustré de 560 blasons, l’ouvrage est conservé à la Bibliothèque du Musée Condé de Chantilly et diffusé sur son site Internet (voir nos Sources). Pont-de-l’Arche y est donc décrit par sa géographie et ses fonctions administratives et militaires.

Le blason est ainsi décrit :

« De gueulles & au pont de 4 arches d’argent chargé d’une tige de croix sur le milieu et de 2 tours couvertes aux 2 bouts, au chef d’azur a 3 fleurs de lis d’or » 

La première représentation retrouvée du blason de Pont-de-l'Arche date de 1669 et se trouve dans l'ouvrage "La description des provinces et villes de France" de Pierre de La Planche (Bibliothèque du musée Condé).

La première représentation retrouvée du blason de Pont-de-l'Arche date de 1669 et se trouve dans l'ouvrage "La description des provinces et villes de France" de Pierre de La Planche (Bibliothèque du musée Condé).

Des variantes considérables

Puis Alfred Canel parcours les représentations successives du blason archépontain. Nous prenons par exemple le travail de Charles-René d'Hozier qui décrit le blason en ces termes (page 37) : « de sable, à un pont de trois arches d’argent, massonné de sable ; et un chef cousu d’azur, chargé de trois fleurs de lis d’or. » Il semble que les travaux de messieurs Saint-Allais et d'Avannes concordent avec Charles-René d'Hozier en écartant les emblèmes militaires.

Alfred Canel cite enfin les travaux de messieurs Traversier et Vaïsse pour lesquels le blason de Pont-de-l'Arche se compose : « De gueules, à un pont de trois arches, d'argent, mouvant d'une rivière de sinople ; au chef cousu de France. »

Version de la fin du XXe siècle du blason de la ville, signée Grégory Patin, et régulièrement utilisée par la collectivité territoriale.

Version de la fin du XXe siècle du blason de la ville, signée Grégory Patin, et régulièrement utilisée par la collectivité territoriale.

Que retenir ?

Alfred Canel rappelle à juste titre qu'il n'y a pas de vérité en matière de blason, ce dernier devant seulement être « en rapport avec ce qu'il doit exprimer » (page 210). C'est donc l'analyse historique qui doit permettre de dessiner un emblème représentatif.

 

La ville du roi

Depuis l'écu de la vicomté (XIVe siècle), toutes les représentations mettent en avant les lys royaux car Pont-de-l'Arche était une ville royale, siège de quatre tribunaux du monarque. Quid donc de la thèse avançant que les fleurs de lys sont un don d'Henri IV daté de 1589 ; thèse reprise sur Wikipédia (au 7 janvier 2014).

 

Le pont fondateur

S'il y a un emblème que l'on peut difficilement retirer à la ville, c'est bien son pont autour duquel est née la ville fortifiée à partir du IXe siècle. La question réside plutôt dans le nombre d'arches. Quatre, trois, neuf... La seule symbolique qui semble crédible est celle de la multiplicité des arches et non la représentation fidèle de la réalité.

 

Les fortifications

Les tours symbolisent les fortifications de part et d'autre du pont : le fort de Limaie et la ville fortifiée. Quid de la tour unique sur l'écu de la vicomté ? Est-elle l'emblème de la place forte que constituait Pont-de-l'Arche, toponyme désignant à la fois la ville du pont et son fort ?

 

Les croix

De deux croix sur l'écu de la vicomté à la croix unique de tous les blasons, cet élément illustre sans équivoque la fidélité au catholicisme. La croix unique au milieu du pont est une réalité historique attestée sur tous les dessins représentant le pont tombé en 1856.

 

Les logotypes de la Ville de Pont-de-l'Arche

Certains nostalgiques regrettent que les collectivités territoriales ne se contentent pas des blasons pour marquer leur présence, leur action. C'est le fruit d'une habitude qui fut donnée – et qui se maintient par endroits – par certaines collectivités elles-mêmes. Les archives municipales démontrent, çà-et-là, que la Ville de Pont-de-l'Arche utilisa le blason au moins à partir de 1871 (sans tours) quand Prosper Morel-Dubosc était maire. Elle a continué à utiliser le blason juste très récemment, même après avoir adopté un logotype.

 

Le logotype est-il de trop ?

Blason et logo n'ont pas la même histoire, ils ne revêtent pas non plus le même sens. Une collectivité peut à bon droit utiliser un blason mais n'en a pas l'exclusivité. Chacun est libre de l'utiliser car il appartient au domaine public. Qui plus est, le blason est suranné. La royauté a disparu, exit les fleurs de lys dans un document communal, et la République ne reconnait aucun culte, exit la croix catholique dans un document communal représentant la population quelle que soit sa spiritualité de chacun de ses membres.

 

Un premier logo éphémère : 1993

Le premier maire à avoir ressenti le besoin de créer un logo est Paulette Lecureux. Elle, son adjoint à l'information-communication Alain Petitprez, et son équipe lancèrent un concours auprès des enfants. Grégory Patin signa le premier logo de Pont-de-l'Arche, publié en une du n° 18 de « Pont-de-l'Arche », bulletin municipal édité en juin 1993.

Un premier logo de la Ville apparait en 1993, de Grégory Patin, et reprend le pont à quatre arches du blason de Pont-de-l'Arche (extrait du bulletin municipal).

Un premier logo de la Ville apparait en 1993, de Grégory Patin, et reprend le pont à quatre arches du blason de Pont-de-l'Arche (extrait du bulletin municipal).

Un deuxième logo : 1994-2008

Vraisemblablement insatisfaits des retours de la population, les élus décidèrent d'adopter un nouveau logo, réalisé par une entreprise. Celui-ci fut présenté dans l'éditorial du bulletin municipal « Pont-de-l'Arche » n° 21 de mars 1994. Réalisé par LGC concepts, d'Evreux, celui-ci comprend un trait vert pour la forêt de Bord, deux traits bleus pour l'Eure et la Seine et un trait jaune pour le pont ; le tout barré par le nom de la ville. Ce logo tint bon pendant 26 ans sans toutefois être systématiquement reproduit sur tous les documents et propriétés de la commune.

Le deuxième logo de la Ville a été adopté en 1994 durant le premier mandat de Paulette Lecureux.

Le deuxième logo de la Ville a été adopté en 1994 durant le premier mandat de Paulette Lecureux.

Un troisième logo : 2008

Le troisième logo a été conçu dans le cadre de l'adoption de la première ligne graphique de la Ville, c'est-à-dire l'édition de supports visuels cohérents rappelant sans équivoque l'appartenance ou l'action de la Ville. Ceci par souci de lisibilité de l'action publique mais aussi par souci professionnel. Le logo fut donc travaillé par Richard Jacquet, maire, Armand Launay, conseiller délégué à la communication, les élus et conçu par Yvon Ronnel, artisan-graphiste (Libre équerre). Le résultat témoigne de la volonté de concilier patrimoine et vie contemporaine. Ainsi sont représentés le pont disparu, pour l'histoire, mais aussi la tour de Crosne et l'église Notre-Dame-des-arts, éléments clés du patrimoine de la ville. Devant cela, deux personnages de taille inégale se tiennent la main. Ils représentent le principe de solidarité et d'éducation, à la fois compétences officielles de la Ville en matière de petite enfance et d'action sociale, mais aussi projet, Richard Jacquet ayant adopté « Pont-de-l'Arche, une ville à vivre ensemble » comme slogan de son action.

Adopté en 2008, le nouveau logo de Pont-de-l'Arche reprend des éléments d'histoire (pont disparu), de patrimoine (église Notre-Dame et tour de Crosne) avec la mise en avant des notions d'éducation et de solidarité.

Adopté en 2008, le nouveau logo de Pont-de-l'Arche reprend des éléments d'histoire (pont disparu), de patrimoine (église Notre-Dame et tour de Crosne) avec la mise en avant des notions d'éducation et de solidarité.

Sources

- Bibliothèque numérique du musée Condé (consultée le 7 janvier 2014) : http://www.bibliotheque-conde.fr/pdf/laplanche/1_300.pdf ;

- Canel Alfred, Armorial des villes et corporations de Normandie, Paris, Auguste Audry, 1863, 446 pages, voir pages 208 à 2011

- D'Hozier Charles-René, Armorial général de France : recueil officiel dressé en vertu de l'édit royal du 20 novembre 1696, volume 4, Paris, librairie des "Archives de la noblesse", 1903-1904, Gallica (consulté le 7 janvier 2014) : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb30621509j

- Pont-de-l'Arche, bulletin municipal.

Le blason archépontain sur une en-tête d'un courrier officiel de la mairie en 1912 (archives municipales).

Le blason archépontain sur une en-tête d'un courrier officiel de la mairie en 1912 (archives municipales).

Blason sur verre offert à la Ville en 2006 par Paul Grizel, habitant de Pîtres. Il orne depuis la salle du Conseil municipal (cliché Ville de Pont-de-l'Arche).

Blason sur verre offert à la Ville en 2006 par Paul Grizel, habitant de Pîtres. Il orne depuis la salle du Conseil municipal (cliché Ville de Pont-de-l'Arche).

Blason sur pierre adossé au mur pignon de la salle Ambroise-Croizat et de la salle d'Armes (cliché Armand Launay, 2012).

Blason sur pierre adossé au mur pignon de la salle Ambroise-Croizat et de la salle d'Armes (cliché Armand Launay, 2012).

Blason sur portail chez un particulier du n° 38 de la rue Coste-et-Bellonte (cliché Armand Launay, 2013).

Blason sur portail chez un particulier du n° 38 de la rue Coste-et-Bellonte (cliché Armand Launay, 2013).

Armand Launay

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7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 18:07

Quels sont les bâtiments et monuments possédés par la Ville de Pont-de-l'Arche ? C'est à cette question que nous avons voulu répondre par un article publié par nos soins dans Pont-de-l'Arche magazine n° 20. Ils sont classés par ordre chronologique de leur construction. Une date entre parenthèse précise leur entrée dans le patrimoine public communal. 

 

Salle d’Armes (XIIIe siècle), salles Beauregard et Ambroise-Croizat (XIXe siècle, municipalisées en 1838)

Eglise Notre-Dame-des-arts (XVIe siècle, municipalisée en 1905)

Presbytère (1760, municipalisé en 1905)

Cimetière (1782, municipalisé en 1905) : sanitaire (1980)

Calvaire de la Procession (1875, municipalisé en 1905)

Monument aux Morts (1922)

Groupe scolaire Maxime-Marchand (1934)

Logements de fonction : 23 et 25, rue Maurice-Delamare (1934)

Espace des Arts’chépontains (salle des fêtes) (1954)

Ecole maternelle Les Lutins (1957)

Logement de fonction : 1, impasse des Avettes (1962)

Bords de l’Eure : sanitaires et local technique (1962)

Stade Jacques-Havet : vestiaires et tribunes (1964)

Terrain de tennis (1964)

Hôtel de Ville (XIXe siècle, municipalisé en 1968)

Le Tremplin (1968)

Local du comité des fêtes (vers 1970)

Tennis de table (1977)

Espace jeunes (le Mil-clubs) (1979)

Centre de loisirs (municipalisé en 1980) : le Château et l’administration (XIXe siècle), la piscine, le chalet, l’espace des 3-5 ans et deux espaces dévolus aux 6-12 ans.

Tennis : court couvert et le clubhouse (1980)

Restaurant scolaire (1982)

Caserne des pompiers (1984)

Gymnase du collège (1986) : géré par le Syndicat intercommunal avec intervention des agents municipaux

Maison des associations + un logement de fonction (1970, municipalisée en 1988)

Centre médicosocial (?, municipalisé en 1989)

Camping municipal (1960, municipalisé en 1990) : accueil et sanitaires (2000), deux mobile-homes (2010)

Manoir de Manon (XVIIe et XVIIIe siècle, municipalisé en 1996)

Relai des assistantes maternelles (XIXe siècle, municipalisé en 1996)

Services techniques municipaux (1956, municipalisés en 1997)

Fontaine de la place Hyacinthe-Langlois (1997)

Logement de fonction : 22, rue Abbé-de-Lanterie (1956, municipalisé en 1998)

Four à pain (XVIe siècle, municipalisé en 1998 avec le bailliage qui fut intercommunalisé en 2007)

Gymnase du Bon-air (2003)

Parc de la Pommeraie (2004)

Rue Jean-Prieur : sanitaires (2004)

Stade Maxime-Fournier (2005)

Bords de l’Eure : halle (2006)

Ancienne bibliothèque pour tous (XVIe siècle, municipalisée en 2006)

Gendarmerie (2008)

Garage Renault – futur centre culturel (place Aristide-Briand) (XIXe siècle, municipalisé en 2011)

Perception (1840, municipalisée à une date encore inconnue)

Le groupe scolaire Maxime-Marchand est un des biens communaux les plus notables de Pont-de-l'Arche cliché Armand Launay, 2011).

Le groupe scolaire Maxime-Marchand est un des biens communaux les plus notables de Pont-de-l'Arche cliché Armand Launay, 2011).

L'hôtel de Ville (cliché Armand Launay, 2013).

L'hôtel de Ville (cliché Armand Launay, 2013).

L'Espace des Arts'chépontains (cliché Armand Launay, 2013).

L'Espace des Arts'chépontains (cliché Armand Launay, 2013).

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20 décembre 2013 5 20 /12 /décembre /2013 12:51

Après Pont-de-l'Arche et Les Damps, hommage à ma troisième ville... 

 

Juillet 2005, l’UNESCO a classé le centre-ville reconstruit du Havre au patrimoine de l’humanité. Le jury a reconnu l’œuvre de l’architecte Auguste Perret, pierre angulaire de la renaissance du Havre, premier port normand dont le centre-ville a été rasé à plus de 80 % en 1944. Nous sommes partis à la recherche des 20 % ayant subsisté – et surtout des éléments de la Renaissance – mais aussi des longères cauchoises englobées dans la banlieue... Et oui ! Certains charmes de la ville fondée en 1517 par François Ier sont toujours là et nous attendent !

 

Le Havre en 2011 (cliché Armand Launay).

Le Havre en 2011 (cliché Armand Launay).

« Le roy sur la hautR d’Ingouville », dessin de Descamps et gravure de Jean-Philippe Le Bas (1749). Publié dans Le Havre d’autrefois (Alexis-Guislain Lemâle, 1883).

« Le roy sur la hautR d’Ingouville », dessin de Descamps et gravure de Jean-Philippe Le Bas (1749). Publié dans Le Havre d’autrefois (Alexis-Guislain Lemâle, 1883).

On peine à croire que ce cliché contemporain et cette reproduction de gravure de 1749 représentent le même lieu. En bas, Louis XV « observe le beau point de vüe » depuis une perspective nettement matérialisée par la vaste allée d’arbres menant au bastion qui défendait l’entrée du « Havre de Grace ». Aujourd’hui, cette allée est noyée dans le tissu urbain. A gauche de l’immense beffroi, au milieu de la photographie, le bâtiment de l’hôtel de ville coupe, en son milieu, la perspective qui nous intéresse. En prolongeant cette perspective, derrière l’hôtel de ville, on emprunte la rue de Paris, à côté du Volcan (bâtiment blanc légèrement à gauche du beffroi). Les plus observateurs apercevront le clocher de Notre-Dame se détachant plus loin encore, au-dessus d’un immeuble et devant un premier bassin du port. Au loin, l’horizon se dégage sur l’estuaire de la Seine et la côte de Villerville, Trouville, Deauville. Autour de la ville retranchée derrière les fortifications Vauban, se trouvent des maisons rurales, quelques moulins et des cabanes de pêcheurs à droite. Dans la ville se dressent les innombrables mâts des navires mouillant autour du quartier Saint-François. En bas à gauche de la photographie se dresse le clocher de la chapelle d’Ingouville, bel élément des XVe et XVIe siècles.

 

1944-2005 : du centre-ville rasé… à l’UNESCO

Ruines du Havre après le bombardement des 4 et 5 septembre 1944 (photographie de Georges Priem, AD Seine-Maritime).

Ruines du Havre après le bombardement des 4 et 5 septembre 1944 (photographie de Georges Priem, AD Seine-Maritime).

1944 (4 et 5 septembre) : l’aviation anglaise bombarde le centre-ville du Havre faisant 5 000 victimes, 80 000 sinistrés (la moitié de la population) dont 40 000 sans-abris. 12 500 immeubles démolis.

1944 (12 septembre) : la ville est libérée par les Alliés.

1945 : Raoul Dautry, ministre de la Reconstruction, choisit l’architecte Auguste Perret pour diriger le colossal chantier de reconstruction du Havre.

Auguste Perret (1874-1954) : à 71 ans, le pionnier de l’architecture contemporaine et du béton armé possède une réputation mondiale. Il est le seul architecte français à disposer d’un cabinet d’étude structuré à la Libération. Héritier de la tradition rationaliste française, Auguste Perret a créé l’école du « classicisme structurel » reposant sur une grille modulaire de 6,24 m par 6,24 m pour rendre homogènes les rues, les édifices, les places… Au Havre, il travaille de concert avec plusieurs dizaines d’architectes, des élus…

1946 : pose de la première pierre du premier immeuble définitif.

1957 : première pierre de l’église Saint-Joseph.

1958 : inauguration de l’hôtel de Ville.

1995 : le centre ville est classé en Zone de protection du patrimoine architectural urbain et paysager (ZPPAUP).

1996 : premières études visant à faire classer le centre-ville à l’UNESCO.

2001 : Le Havre obtient le label Ville d’art et d’histoire.

2004 : après validation au ministère de la Culture, le dossier du Havre est envoyé à l’UNESCO.

2005 : en juillet, l’UNESCO décide d’inscrire le centre-ville du Havre au patrimoine mondial.

 

 

Quartier Notre-Dame

Premier quartier bâti suite à la volonté de François Ier, à partir de 1517, le quartier Notre-Dame constituait le centre de la ville blottie derrière ses remparts. Des pierres témoignent encore…  

 

Notre-Dame de Grâce

Gravure extraite du Havre d'autrefois (Alexis-Guislain Lemâle, 1883).

Gravure extraite du Havre d'autrefois (Alexis-Guislain Lemâle, 1883).

L’église Notre-Dame hier et aujourd’hui, un des plus beaux exemples de patrimoine ancien ayant passé la guerre (cliché Armand Launay, 2011).

L’église Notre-Dame hier et aujourd’hui, un des plus beaux exemples de patrimoine ancien ayant passé la guerre (cliché Armand Launay, 2011).

Touchée par les bombardements en 1944, Notre-Dame du Havre – ou Notre-Dame de Grâce – a bénéficié de vastes restaurations achevées en 1992. Ce n’est qu’en 1974 qu’elle fut élevée au rang de cathédrale, ce qui est tout un symbole puisque Notre-Dame est le plus ancien édifice du centre-ville du Havre ! Elle témoigne à merveille des styles architecturaux qui se sont succédé au fil des siècles : gothique, renaissance et baroque. Sa construction nous renvoie au Havre avant Le Havre car elle a remplacé une chapelle antérieure à la fondation de la ville en 1517. Bâtie au bord de mer, dans une zone très humide, elle était envahie par les hautes marées. Les archives narrent que, durant certains offices, le curé était contraint de monter sur un tabouret pour garder les pieds au sec ! La photographie contemporaine et la gravure publiée dans Le Havre d’autrefois (Alexis-Guislain Lemâle, 1883) montrent les différentes influences architecturales de cet édifice. En haut à droite, émerge la tour-clocher dont la construction a commencé en 1540 au sud de la façade occidentale. Sa flèche fut détruite en 1562 lorsque les Anglais furent chassés de la ville après que les protestants leur ont ouvert les portes. Le gros-œuvre de l’église a été bâti à partir de 1572 par Richard Mallet, maçon, et Nicolas Duchemin, maitre maçon. Les travaux ont été interrompus par les troubles de la Ligue et les portails latéraux n’ont été élevés qu’en 1604 et 1605. C’est en 1630 que les architectes rouennais Pierre Hardouin et Marc Robelin achèvent le grand portail occidental. Les voûtes des chapelles et les bas-côtés n'ont été achevés qu'en 1636. La façade occidentale, à peine terminée, s'affaisse en 1638. Elle est redressée par le maçon Hérouard. Notre-Dame a été inscrite aux Monuments historiques en 1918.

 

 

Le muséum d’histoire naturelle

Le muséum d'histoire naturelle en 2011 (cliché Armand Launay).

Le muséum d'histoire naturelle en 2011 (cliché Armand Launay).

Le Muséum d'histoire naturelle, place du Vieux marché, est un ancien palais de Justice construit de 1758 à 1760 sur les plans de l’ingénieur Dubois. De style classique, le bâtiment présente une magnifique façade ouest classée Monument historique. Son corps central est surmonté d’un fronton triangulaire. La corniche et les balustres sont d’origine. A l’intérieur, un monumental escalier et sa rampe en fer forgé à panneaux, classé Monument historique, permettent d’accéder aux salles du muséum. En effet, en 1876 l’ancien palais a été désaffecté et a laissé place à un muséum en 1881. Entièrement détruit en 1944, le bâtiment est restauré et ouvre de nouveau au public en 1973.
Ce service municipal conserve d’impressionnantes collections de paléontologie, zoologie, préhistoire, ainsi que 8 000 dessins et manuscrits de Charles-Alexandre Lesueur. Le Muséum propose des expositions temporaires, des visites guidées et des animations pour le jeune public…

 

 

Le quartier Saint-François

Véritable ilot dans la ville, Saint-François est le quartier marin par excellence. En témoignent les bassins, qui l’entourent, qui servirent durant des siècles à l’entretien des voiliers. Les ruelles de Saint-François, bien plus étroites que celles du centre-ville reconstruit, sont propices à la balade, ce dont profitent les nombreux restaurants. La criée se situe toujours dans ce quartier au pied de la somptueuse façade de la Maison de l’Armateur et non loin d’autres vestiges des temps anciens…

 

La maison de l’Armateur

La maison de l’Armateur (fin XVIIIe siècle), un des plus beaux vestiges du Havre d’antan (cliché Armand Launay, 2011).

La maison de l’Armateur (fin XVIIIe siècle), un des plus beaux vestiges du Havre d’antan (cliché Armand Launay, 2011).

La maison de l’Armateur (fin XVIIIe siècle), détail de la corniche présentant des symboles marins (cliché Armand Launay, 2011).

La maison de l’Armateur (fin XVIIIe siècle), détail de la corniche présentant des symboles marins (cliché Armand Launay, 2011).

La maison de l’Armateur (fin XVIIIe siècle), vue sur l’étonnant puits de lumière autour duquel est bâtie la demeure (cliché Armand Launay, 2011).

La maison de l’Armateur (fin XVIIIe siècle), vue sur l’étonnant puits de lumière autour duquel est bâtie la demeure (cliché Armand Launay, 2011).

La maison de l’Armateur a été édifiée sur les plans de l’architecte de la ville et des fortifications du Havre, Paul-Michel Thibault (1735-1799). Elle fut vendue en 1802 à l’armateur Martin-Pierre Fouache qui y installa sa résidence d’hiver, plus près de ses entrepôts. L’architecture de cette demeure est extraordinaire. L’hôtel est construit autour d'un puits de lumière hexagonal, à couverture vitrée, autour duquel s’ouvrent quatre étages de couloirs circulaires et de 25 pièces. L’hôtel est inscrit le 28 avril 1950 sur la liste des Monuments historiques et racheté en 1955 par la Ville du Havre. Depuis 2006, son intérieur est accessible au public qui peut apprécier, outre l’architecture, plusieurs dizaines d’objets anciens (meubles, objets d’arts, peintures…). La façade, donnant sur le port de pêche, offre de magnifiques sculptures classiques, notamment des colonnes ioniques, une corniche à modillons et une frise ornées de motifs marins : compas, longue-vue, bateau, ancre...

 

L’hôtel Dubocage de Bléville

L’hôtel Dubocage de Bléville (XVIe siècle) et le chevet de l’église Saint-François (cliché Armand Launay, 2011).

L’hôtel Dubocage de Bléville (XVIe siècle) et le chevet de l’église Saint-François (cliché Armand Launay, 2011).

Les pans de bois de l’hôtel Dubocage de Bléville (XVIe siècle) et la ruelle pavée (cliché Armand Launay, 2011).

Les pans de bois de l’hôtel Dubocage de Bléville (XVIe siècle) et la ruelle pavée (cliché Armand Launay, 2011).

Du pan de bois dans le centre-ville du Havre ? C’est possible ! Il suffit de se rendre à l’hôtel Dubocage de Bléville. Ce magnifique édifice fut construit pour Michel Dubocage de Bléville (1676-1728). Ce navigateur découvrit l’ile de la Passion, un ilot français connu sous le nom de Clipperton et situé dans l’océan Pacifique à 6 000 km du Mexique, et fut le premier à commercer avec la Chine. Sa maison fut bâtie par Jérôme Bellarmato, l’architecte italien nommé responsable de la construction du Havre par François Ier. L’hôtel regroupe deux bâtiments du XVIe siècle dont une très belle demeure à pans de bois, partiellement couverte d’essentes en ardoise, du côté de la rue Jérôme-Bellarmato. Du côté de la rue de Bretagne, devant une cour pavée et un joli jardin à la française, se dresse un somptueux édifice à appareillage mixte, fait de brique et de silex noir, au pied du chevet de l’église Saint-François. Cette propriété de la Ville du Havre est partiellement inscrite aux Monuments historiques depuis le 4 octobre 1946. Ses différentes salles proposent au public de retracer la vie d’une famille de négociants à travers de beaux objets du quotidien et des tableaux mettant en valeur l’histoire maritime du Havre. Des visites guidées sont proposées.

 

L’église Saint-François et les maisons anciennes

François Ier voulait fonder une église en hommage à saint François de Paule. C’est pourquoi la construction d’une église baroque commença en 1524 mais les guerres de religions contrarièrent le projet et le chœur ne fut construit qu’en 1687. Non loin, sous le cri des goélands, il est plaisant de marcher dans les ruelles anciennes des rues Dauphine et de Bretagne. Ici les demeures sont hautes et étroites comme à Honfleur et évoquent ce que fut le centre ville du Havre avant 1944. Anodine, masquée sous des essentes en ardoise, une maison à pans de bois du XVIe siècle fait face à l’hôtel du Bocage de Bléville, au 88 de la rue de Bretagne. Au quai Delavigne, une autre surprise de l’Ancien Régime nous attend : la maison natale du poète et dramaturge Jean-François Casimir Delavigne, né le 5 avril 1793 et mort à Lyon le 11 décembre 1843.

Du haut du prieuré de Graville, 10 siècles d’histoire vous contemplent…

 

Fondé au XIe siècle sur le coteau, l’ancienne abbaye de Graville offre un magnifique panorama sur l’estuaire, Le Havre et la zone portuaire. Ses plus beaux bâtiments, de style roman, nous plongent au cœur de la Normandie médiévale…

A l’entrée du Havre, sur le coteau, le prieuré de Graville présente une belle église romane (XIe siècle) et un très beau panorama sur l’estuaire (cliché Armand Launay, 2011).

A l’entrée du Havre, sur le coteau, le prieuré de Graville présente une belle église romane (XIe siècle) et un très beau panorama sur l’estuaire (cliché Armand Launay, 2011).

Le vent de l’estuaire accueille le visiteur dans le parc de l’abbaye de Graville où se dressent les premières stèles du cimetière romantique du XIXe siècle. Le clocher roman de l’église abbatiale émerge au-dessus des bâtiments. Classée aux Monuments historiques en 1850, cette église romane en pierre de Caen possède une nef à unique vaisseau central à six travées bordé de bas côtés. Elle présente deux niveaux de fenêtres sur des murs épais et assez bas caractéristiques du XIe siècle. Ses chapiteaux finement sculptés, ses voutes en plein cintre bordées de motifs géométriques sont l’indicatif de l’art roman normand. Le transept, également du XIe siècle, laisse apparaitre la massive charpente en bois avant de donner sur le chœur gothique (XIIIe siècle) repris aux XIXe et XXe siècles. Ce dernier abrite le sarcophage de Sainte-Honorine, dit-on, qui daterait de la fin de l’antiquité où les premiers moines venus de Bayeux s’installèrent à Graville et le long de la Seine, vers Paris. Gravement endommagée en 1944, l’église doit son salut à des restaurations achevées dans les années 1980. Dehors, le cloitre en ruine laisse place à une belle terrasse. La salle du chapitre, où les moines se réunissaient chaque jour, sert aujourd’hui d’accueil aux visiteurs. Elle présente des vestiges des premiers bâtiments conventuels gothiques bâtis vers la fin du XIIe et le début du XIIIe siècle par Guillaume Mallet de Graville, descendant de Guillaume Mallet, compagnon de Guillaume le Conquérant. Il s’agit d’une baie en tiers-point donnant sur le cloitre et d’arcatures aveugles finement sculptées. A voir aussi, la plus grande salle du sous-sol, de la même époque, qui servait de cellier. Parmi les objets exposés, se trouvent les têtes de la Vierge noire et de l’Enfant Jésus. Ce sont les vestiges de la statue offerte par les mères des soldats français en remerciement car l’armée prussienne – aux portes de la ville en 1870 – n’a jamais occupé Le Havre. Inaugurée en 1875, elle a été endommagée par les bombardements de 1944 et remplacée par une copie en cuivre martelé et patiné inaugurée en 1995.

Dans le musée du prieuré sont conservées les têtes de la Vierge Marie et de l’Enfant Jésus, vestiges de la statue érigée en 1875 car Le Havre a été épargné de l’occupation prussienne. Endommagée en 1944, elle a été remplacée par une nouvelle statue située dans le parc du prieuré (cliché Armand Launay, 2011).

Dans le musée du prieuré sont conservées les têtes de la Vierge Marie et de l’Enfant Jésus, vestiges de la statue érigée en 1875 car Le Havre a été épargné de l’occupation prussienne. Endommagée en 1944, elle a été remplacée par une nouvelle statue située dans le parc du prieuré (cliché Armand Launay, 2011).

Un patrimoine rural dans la ville

A la différence de Rouen, Le Havre a englobé les communes voisines ce qui fait d’elle la plus grande commune de Normandie. Quelques éléments de patrimoine rural se sont trouvés englobés dans la ville…

 

La chapelle Saint-Michel d’Ingouville

Blottie au pied du coteau, Saint-Michel d’Ingouville (fin XVe-début XVIe siècles) a été l’église métropole de la région avant la fondation du Havre et ce jusqu’à la Révolution (cliché Armand Launay, 2011).

Blottie au pied du coteau, Saint-Michel d’Ingouville (fin XVe-début XVIe siècles) a été l’église métropole de la région avant la fondation du Havre et ce jusqu’à la Révolution (cliché Armand Launay, 2011).

Située au pied du coteau, la chapelle d’Ingouville fait partie d’un joli parc de quartier. Sait-on qu’elle fut bâtie pour le bourg d’Ingouville et qu’elle fut l’église métropole de la proche région du Havre jusqu’à la Révolution ? En effet, les travaux de Saint-Michel ont débuté en 1480, sous l’impulsion du le seigneur Jean Mallet de Graville, et ont prit fin en 1516, un an avant la date de fondation du Havre par François Ier. Ainsi, pendant plus de deux siècles, la future cathédrale Notre-Dame a dépendu de Saint-Michel d'Ingouville. L'église n’est composée que d’un vaisseau. Ses murs épais en pierre de taille calcaire sont soutenus par des contreforts. La façade nord n'a pas de fenêtre. Le mur méridional est percé de cinq baies vitrées avec meneaux flamboyants. Nombreuses sont les décorations en silex noir, caractéristique du pays de Caux, et notamment les armes du seigneur de Graville au-dessus du portail latéral. La tour est surmontée d’un clocher à flèche de charpente. Une statue de Saint-Michel terrassant le dragon orne une niche de la façade ouest. Bien qu’elle fût richement dotée, l’église Saint-Michel fut plusieurs fois menacée de destruction. En 1838, elle perdit son titre d'église paroissiale au profit de l'église Saint-Michel (ancienne église des pénitents) et fut renommée « Notre-Dame de Bonsecours ». Réaffectée au culte en 1917 par l’archevêque de Rouen, la chapelle subit le bombardement du 5 septembre 1944. Après d’importantes restaurations, le député-maire Pierre Courant remit les clés de la chapelle à l’archevêque de Rouen le 4 décembre 1949. Aujourd’hui, les amateurs du patrimoine et de l’archéologie pourront être surpris de trouver ici un buste rendant hommage à Jean Benoît Désiré Cochet (1812-1875). Plus connu sous le nom d’abbé Cochet, il est considéré comme le père de l’archéologie scientifique française avec Jacques Boucher de Perthes (1788-1868). Il fut inspecteur des monuments historiques de la Seine-Maritime et conservateur du musée des Antiquités de Rouen. Reposant au cimetière monumental de Rouen, c’est sa naissance à Sanvic, quartier du Havre, qui lui valut cette reconnaissance ici.

Dans le parc de Saint-Michel d’Ingouville se dresse un buste rendant hommage à l’abbé Cochet, un des précurseurs de l’archéologie. Au fond, sur le mur pignon, apparait la statue de Saint-Michel terrassant le dragon (cliché Armand Launay, 2011).

Dans le parc de Saint-Michel d’Ingouville se dresse un buste rendant hommage à l’abbé Cochet, un des précurseurs de l’archéologie. Au fond, sur le mur pignon, apparait la statue de Saint-Michel terrassant le dragon (cliché Armand Launay, 2011).

. Des traces du récent passé rural se lisent encore dans les quartiers nord du Havre. Près de la « Mare au Clerc », le long de l’avenue du « Bois au coq », des maisons à pans de bois ont subsisté. Citons le n° 30 de la rue de l’Artois, le n° 16 de la rue de l'Air pur, ou le n° 33 de la rue de Châteaudun (notre photo) (cliché Armand Launay, 2011).

. Des traces du récent passé rural se lisent encore dans les quartiers nord du Havre. Près de la « Mare au Clerc », le long de l’avenue du « Bois au coq », des maisons à pans de bois ont subsisté. Citons le n° 30 de la rue de l’Artois, le n° 16 de la rue de l'Air pur, ou le n° 33 de la rue de Châteaudun (notre photo) (cliché Armand Launay, 2011).

Rouelles, un village dans la ville

Il y a un siècle, seule une route de terre reliait le village de Rouelles au Havre en longeant la forêt de Montgeon (7 km). Aujourd’hui la ville a englobé Rouelles qui est devenue une commune associée au Havre. Cependant, notre village n’est pas coupé de ses racines rurales…

La place centrale en témoigne avec son impressionnant saule toujours alimenté par la Rouelles, rivière encore souterraine ici (4,7 km de long). Non loin apparaissent quelques chaumières de la rue Adèle-Robert dont une porte le millésime de 1618 sur un poteau de façade.

Un peu plus loin, au cœur du village d’antan, émerge l’église Saint-Julien depuis 1035 où le patronage de l’abbaye de Montivilliers fut confirmé. La nef date du XIIIe siècle et le chœur, reconstruit au XVIe siècle, présente de beaux contreforts et un pignon dépassant le toit qui est l’indicatif d’un ancien toit de chaume. Le porche latéral date également du XVIe siècle. Ses pans de bois sont finement sculptés par endroits. La tour-clocher, à flèche carrée, a été élevée au XVIIIe siècle avec un chainage calcaire et un élégant appareil à assises alternées de silex noir et de brique.

Plus loin encore, sur la route d’Harfleur, se trouvent les 160 hectares du parc de la Bouteillerie et ses belles eaux. Inauguré en 1993 et géré par la Communauté d’agglomération du Havre depuis 2006, ce parc offre plus de 20 km de promenade, des pièces d’eau, un jardin à l’anglaise, un arborétum et les vestiges du Manoir de la Bouteillerie. Ce manoir, ancienne propriété de la famille Le Roux de la Bouteillerie, est accompagné d’une ancienne grange mais surtout d’un des plus beaux colombiers du pays de Caux. Circulaire, millésimé 1631, ce colombier est constitué de 10 chainages de pierre de taille calcaire avec un remplissage de silex noir à joints vifs. Elément notable, au dessus de la porte encadrée de deux pilastres cannelés, se trouvent : un blason effacé, une fenêtre d'envol et un cadran solaire. Le manoir se visite. Il rassemble une collection d’outils et d’objets traditionnels de la vie rurale en Normandie. Une exposition sur la faune et la flore du parc est également proposée dans la salle d’exposition de la ferme. Un jardin de plantes vivaces ouvre ses portes aux amateurs de patrimoine vert et, aux beaux jours, les glaciers régalent les enfants non loin de l’aire de jeux. 

Qui l’eut cru ? Une chaumière normande parfaitement entretenue se trouve désormais englobée dans l’agglomération du Havre, à Rouelles, et elle n’est pas la seule... (cliché Armand Launay, 2011).

Qui l’eut cru ? Une chaumière normande parfaitement entretenue se trouve désormais englobée dans l’agglomération du Havre, à Rouelles, et elle n’est pas la seule... (cliché Armand Launay, 2011).

Le parc de la Bouteillerie est un régal pour les familles qui y trouvent plus de 20 km de balade. Au milieu, à côté de la ferme, se dresse fièrement un des plus beaux colombiers du pays de Caux (XVIIe siècle) (cliché Armand Launay, 2011).

Le parc de la Bouteillerie est un régal pour les familles qui y trouvent plus de 20 km de balade. Au milieu, à côté de la ferme, se dresse fièrement un des plus beaux colombiers du pays de Caux (XVIIe siècle) (cliché Armand Launay, 2011).

Armand Launay

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Published by Armand Launay - dans Le Havre
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18 décembre 2013 3 18 /12 /décembre /2013 11:45

« … la forêt de Bord n’est rien d’autre que celle du Pont-de-l’Arche. »

 

Eustache-Hyacinthe Langlois, La Croix-Sablier, page 308

 

 

La forêt de Bord-Louviers est un beau massif de 45 km² situé dans la vallée de la Seine, dans l’Eure. Elle se prête aux loisirs, aux rêveries et aux questions historiques. Cet article dresse un petit panorama de richesses offertes aux curieux…

Le hêtre Tabouel, une des figures tutélaires de la forêt de Bord (cliché Armand Launay, 2011).

Le hêtre Tabouel, une des figures tutélaires de la forêt de Bord (cliché Armand Launay, 2011).

Des origines au Moyen Âge…

Un coup d’œil sur une carte ou une vue satellitaire de la vallée de la Seine montre que la dénivellation a joué un rôle non négligeable dans la préservation de surfaces boisées, lointaines héritières de la grande forêt couvrant l’Europe au néolithique. Si la forêt de Bord n’est plus un espace naturel sauvage, elle constitue néanmoins le poumon vert de la boucle de Louviers où l’Eure et la Seine se rapprochent peu à peu avant leurs fiançailles à Pont-de-l’Arche et leur union à Martot. Elle se trouve à l’extrémité nord-Est du plateau du Neubourg.

 

L’arrivée de l’Homme…

Comme nous l’avons écrit dans un article consacré à Tostes, les traces de l’Homme en forêt de Bord remontent au néolithique. C’est ce que l’on peut lire dans l’ouvrage dirigé par Bernard Bodinier, L’Eure de la préhistoire à nos jours, qui fait état (pages 33 et 40) de poignards du Grand-Pressigny retrouvés en « forêt de Pont-de-l'Arche » et conservés au Musée des Antiquités de Rouen. Il localise aussi à Pont-de-l’Arche (page 41) une épée à lame pistilliforme du bronze final II (page 42) et des pointes de lance d'influence britannique du bronze final III (page 43). On peut cependant penser que l’Homme a commencé à exploiter la forêt auparavant car Léry et la boucle de Seine qui l’entoure était déjà habités dès 5 000 ans avant notre ère.

Léon Coutil écrivit dans « Ateliers et stations humaines néolithiques du département de l’Eure » que « Le Musée d'Elbeuf possède plusieurs belles haches trouvées à la Vallée, près Tôtes, au triage des Routis. Au triage des Treize-Livres, hache plate en silex rosé, trouvée en 1859 (Musée de Louviers) » (page 177).

Dans un autre article de 1893, « Résumé des recherches préhistoriques en Normandie (époque paléolithique) », Léon Coutil a fait état d’une autre découverte : « Dans les champs, à la surface, M. Noury a recueilli une large hache plate taillée à grands éclats des deux côtés ; cette pièce, un peu triangulaire et à patine ocreuse, mesure environ 0m15. On peut la voir au musée d'Elbeuf, ainsi que des lames moustériennes trouvées dans les mêmes conditions, au même endroit » (page 66).

Dans un article intitulé « Inventaire des menhirs et dolmens de France (département de l’Eure) » le même Léon Coutil expose que « sur la limite de la forêt, entre Tostes et Saint-Pierre-lès-Elbeuf, au triage de la Cramponnière, se trouve un grès d'environ un mètre de hauteur, que l'on désigne sous le nom de : Pierre du Gain » (pages 108-109). Ce monument désormais disparu doit vraisemblablement être un mégalithe préceltique attestant la présence de l’Homme, voire sa sédentarisation.

 

Des traces gallo-romaines

La Carte archéologique de la Gaule, éditée par Dominique Cliquet, fait état (page 227) de fouilles réalisées entre 1894 et 1904 par Léon de Vesly et Victor Quesné. Celles-ci eurent lieu à la Butte des Buis, en forêt, près de La Vallée. Elles ont restitué les bases d’un fanum (13 m de côté) à cella carrée (un sanctuaire) de 4,35 m de côté entourée d’une galerie. Les murs de cette dernière étaient recouverts d’une couche de gypse rose et surmontés d’un portique. Plus de 60 monnaies ont été retrouvées sur les lieux allant du début du Ier siècle avant notre ère au IVe siècle : Tibère, Claude, Néron, Marc-Aurèle, Lucille, Dèce, Gallien, Salonine, Postume, Claude II, Tétricus I et II, Probus, Constance Chlore, Maximien Hercule et Daia, Constantin, Licinius, Crispus, Constantin II.

D’autres vestiges sont signalés par la carte d’état-major de l’IGN en forêt de Bord, près du carrefour des Quatre-bancs, entre La Couture et Louviers. La carte IGN les considère comme des restes de villa avec son puits. Nous n’avons pas trouvé de rapport de fouille sur ces vestiges situées aujourd’hui dans le périmètre administratif de Louviers.

 

Les défrichements entre l’Antiquité et le Moyen Âge

Les éléments archéologiques laissent entrevoir un habitat gallo-romain dispersé dans des friches au sein d’une forêt de Bord aux contours différents de ceux que nous lui connaissons depuis le Moyen Âge. Au Moyen Âge, certaines clairières étaient refermées alors que d’autres avaient donné naissance à La Haye-Malherbe, Montaure et Tostes.

 

Bord : un nom mystérieux

C’est Edouard Jore, auteur de « La chasse en forêt de Bord », qui nous fournit (page 14) la plus ancienne référence du nom « Bord » : « il s’agit d’une charte du 11e jour des calendes d’octobre de l’an 1014, par laquelle Richard II, dit « le Bon Duc de Normandie » pour réparer les dommages que son armée avait causés aux possessions de la Cathédrale de Chartres, fait don à cette Basilique notamment de Vraiville entre Louviers et Elbeuf avec la dîme de la chasse dans la forêt appelée Bord ». Wikipédia, sans citer ses sources, donne le mot « Bortis » désignant en latin médiéval la forêt de Bord. Cette même encyclopédie avance que ce mot dériverait du celtique borto « ayant un sens forestier ».

En 1130, le grand rôle de l’Echiquier de Normandie cite notre forêt « … et de 4 lib. 14 sol. de pasnagio foreste de Bort ». » (Léopold Delisle, Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, page 29, membrane 8).

Par ailleurs, Léopold Delisle cite des chartes royales présentes dans le cartulaire de Bonport sous Louis IX. En aout 1256, la forêt qui nous intéresse est nommée « in foresta nostra Bortis » (page 105, charte n° 567). En mars 1256 ou 1257, elle devient « foresta Bordi » (page 107, charte n° 574). En avril 1257, elle est nommée « in foresta silicet de Borz » (page 107, charte n° 578). Notons que les moines de Bonport, habitant à l’orée de la forêt et y étant bien possessionnés, étaient parmi les mieux placés pour connaitre ce massif.

Que ce soit Bort ou Bord, il semble que la dernière lettre reste muette. Nous conservons la forme « Bor » comme nom de la forêt. Si le terme de Bort a été identifié, il est difficile de lui donner un sens précis. Nous avons voulu connaitre l’origine des toponymes lui ressemblant. Ainsi, selon Stéphane Gendron, auteur de L’origine des noms de lieux en France, le toponyme germanique « borde » désignait une cabane, une maisonnette, une métairie. Il serait issu du francique « bort », désignant une planche, qui a donné le latin tardif « borda », cabane (page 146). Cependant, à la page 188, le même auteur avance que Bort-les-Orgues (Corrèze) est construit sur le mot prélatin « borna » signifiant « source », « trou ».

Quant à Ernest Nègre, auteur de Toponymie générale de la France, il cite deux formes anciennes de Bort-les-Orgues : « boort » datée de 944 et « bort » datée de 1315. Selon lui, ce toponyme est à rapprocher des mots gaulois « borduo » qui désigne la corneille et « ritum », le gué. Le « Gué de la corneille » est l’étymologie que l’auteur donne aussi à Bourth, dans l’Eure, écrit « boort » en 1131.

Nous n’avons pas d’éléments probants pour expliquer le sens du nom de la forêt de Bord.

 

Une forêt du pouvoir central

 

Propriété du pouvoir depuis le haut Moyen Âge

Si la forêt de Bord n’est pas explicitement mentionnée dans les archives antérieures au XIe siècle, trois sites qui l’entourent ont fait partie du domaine royal, appelé le fisc. C’est ce que note Lucien Musset (page 23) : « Parmi les fiscs, certains paraissent avoir fait, de toute antiquité, partie du patrimoine du souverain ; ce sont les grands axes de la vallée de la Seine, groupés autour des résidences royales : Arelaunum, en forêt de Brotonne ; Gemmeticum, Jumièges ; Pistae, Pitres ; Veteres Domus qui est sans doute Louviers ; Rotoialum, Le Vaudreuil, ce dernier même remonte peut-être à l’époque gallo-romaine... » L’historien se fonde (page 25) sur la lecture de Grégoire de Tours qui cite la villa royale de Rotoialum en 584. Lucien Musset détaille (page 24) les fiscs et y insère les communes actuelles de Pont-de-l’Arche, Léry, Pinterville et, pour le fisc du Vaudreuil, « un secteur de la forêt de Bord (dans laquelle le fisc de Veteres Domus devait aussi comporter des dépendances). » Enfin, Lucien Musset écrit aussi (page 50) que « Les ducs Normands ont hérité des domaines Carolingiens [avec] régularité ».

 

Une « forêt de Louviers » ?

Autre preuve que la forêt de Bord était une propriété du pouvoir, l’échange réalisé par Richard Cœur de Lion le 16 octobre 1197. Celui-ci donna à l’archevêché de Rouen la forêt de Bord proche de Louviers contre la ville des Andelys où le monarque construisait le Château-Gaillard. Ainsi naquit une « forêt de Louviers ». Le 2 novembre 1789, la forêt de Bord fut incorporée au domaine de l’Etat. La forêt de Louviers fut nationalisée en tant que bien religieux. Ce n’est qu’en 1983 que ces deux domaines furent réunis en une seule entité administrative : la forêt de Bord-Louviers. Preuve ultime que la forêt de Bord était un fief direct du roi, l’installation d’une administration contrôlant ce bien au nom du roi… à Pont-de-l’Arche.

Le siège de la Maitrise des eaux et forêt de Pont-de-l'Arche vu depuis le premier étage du bailliage (cliché Armand Launay, 2013).

Le siège de la Maitrise des eaux et forêt de Pont-de-l'Arche vu depuis le premier étage du bailliage (cliché Armand Launay, 2013).

La maitrise des eaux et forêts

Les forêts comptent parmi les ressources nécessaires au maintien d’un pouvoir. Cependant, les posséder ne suffit pas ; il faut contrôler l’usage qui en est fait. C’est pourquoi, dès que les archives le permettent, on voit apparaitre des gardes en charge de la forêt. Louis-Etienne Charpillon et Anatole Caresme citent une charte de 1327 mentionnant « Jean de Commeny, Jean de Vilaines, Jean de Guinemaut et Gaufroy Le Grieu » comme « gardes en la forêt de Bord ».

Puis nous utilisons les travaux de Pascal Le Berre, auteur de Délinquants et forestiers dans les bois du Roi, qui a retracé la mise en place et la vie d’une administration régissant les eaux et forêts. Police et tribunal, le corps des Eaux et forêts fut mis en place par Philippe IV Le Bel (1291) et surtout par l’ordonnance de Brunoy signée par Philippe VI de Valois en 1346. Ce corps hérita de la compétence judiciaire détenue jusqu’alors par le bailli. Louis-Etienne Charpillon et Anatole Caresme nous apprennent que « Le roi d’Angleterre étant à Pont-de-l’Arche, en 1418, donna l’office de verdier de la forêt de Bord, à Etienne Louvel, et nomma sergents de cette même forêt, Robin Le Tailleur, Jean Aubrée, Thomas Foucault et Simon de Daubeuf. » Le roi d’Angleterre a maintenu l’organisation hiérarchique autour du verdier et de ses adjoints, les sergents, en charge de secteurs particuliers de la forêt.

L’administration se précisa encore. A partir de 1555, les maitrises des eaux et forêts furent créées dans le royaume afin de contrôler, surveiller et juger en première instance des délits liés à l’exploitation des bois, de la chasse et de la pêche. Une maitrise fut créée à Pont-de-l'Arche. Sa juridiction, différente de celle du bailliage, comprenait les forêts de Bord, de Longboël et de Louviers. Elle incluait aussi les bois seigneuriaux et ecclésiastiques, ces propriétaires assurant eux-mêmes le contrôle de leurs propriétés. La maitrise de Pont-de-l’Arche dépendait de la Grande maitrise de Rouen (seconde instance), elle-même dépendante de la Table de marbre du Parlement de Normandie. Au XVIIIe siècle, les forêts de la Grande maitrise de Rouen étaient les plus rémunératrices du royaume. Cependant, Pont-de-l’Arche faisait partie des petites maitrises de la généralité de Rouen. En 1573, les offices forestiers furent institués et on lit qu'en 1613 « Jean Le Tellier, sieur des Hauguettes, était maître particulier aux Eaux et Forêts de Pont-de-l’Arche ; Louis de la Faye était lieutenant » (Louis-Etienne Charpillon et Anatole Caresme).

Pascal Le Berre détaille la profession d’officier des eaux et forêts : « Lors du décès de l’officier, il n’y a que quelques semaines de vacances le temps que la famille lui trouve un successeur et que celui-ci règle les formalités administratives. Les acquéreurs des charges ont quasiment tous moins de trente ans. Cette activité est, le plus souvent, la principale et la seule activité professionnelle de ces hommes. C’est une profession qui détermine non seulement l’individu mais aussi sa famille. L’hérédité est très fréquente. Presque tous sont des avocats, à la base. Leur métier est moins celui de forestier que de juriste. Ils font partie d’une élite locale bien enracinée ».

Les greffiers sont nos secrétaires actuels (tenue des archives et traitement des courriers) mais de luxe. C’est une bonne charge. Un commis accompagne souvent le greffier. Tout en apprenant le travail il accumule un pécule qui lui permettra d’acheter la charge à la mort du titulaire, assurant ainsi la pérennité de l’emploi et de sa qualité.

Les huissiers-audienciers sont censés transmettre les documents issus du greffe. Ils étaient trois à Pont-de-l'Arche avant 1690 et deux après. Ils pallient souvent le manque de gardes. Ce sont des personnages secondaires qui évoluent dans le même univers socioculturel.

Pascal Le Berre détaille un autre personnage : « A la fin du règne de Louis XIV encore, les gardes généraux-collecteurs des amendes de la maîtrise (…), de simples gardes, font plutôt figure d’aventuriers peu scrupuleux. La perception des amendes est leur principal gagne-pain et il leur faut parfois arracher les deniers de haute lutte ». Puis, vers 1750, son profil change. Il est un bourgeois rouennais ou archépontain respecté. La collecte gagne en importance. Les gardes forestiers de la maitrise devinrent plus nombreux : de 7 en 1685 à 17 en 1785. Cela fit suite à une longue période de stagnation des effectifs. Précaires car nommés par le Grand Maitre, les gardes ont souvent comme activité le travail de la terre ou l’élevage et passent pour être parmi les premiers à enfreindre les lois quant aux nombre d’animaux emmenés dans les bois. C’est une fonction très peu populaire qui attire, en conséquence, des personnes très pauvres. Ce travail peu rémunérateur en soi a favorisé la débrouille en défendant un peu moins la cause du roi. Leurs conditions de vie vont de l’aisance à la pauvreté.

Pascal Le Berre a constaté que 4 à 500 amendes étaient données chaque année, en moyenne, dans le ressort de la maitrise. Le montant variait de 4 à 6 livres en moyenne.

 

Répartition des délits dans la forêt de Bord en 1716 et en 1786 (Pascal le Berre)

 

 

 

 

1716

1786

Vol de bois

97 %

92,8 %

Pâturage illégal

3 %

7,2 %

 

Les animaux concernés en 1716 : 562 ; en 1786 : 386.

 

Les gardiens de bétail en 1786 sont de jeunes garçons (50,5 %), de jeunes filles (10,6 %), des domestiques (23 %) et des femmes (3,5 %). Pour l’essentiel, les animaux concernés sont des bovins. La rareté des porcs peut s’expliquer par la règlementation de la glandée. Les propriétaires déclarent leurs bêtes à la Maitrise qui, à l’automne, orchestre la paisson.

 

Répartition des essences faisant l’objet de délit dans la forêt de Bord en 1716 et 1786 (Pascal Le Berre)

 

Essences

1716

1786

Chêne

 

46,7 %

13,6 %

Hêtre

29

38

Bouleau

14,2

36,8

Tremble

6,9

10,4

Autres

3,2

1,2

 

 

 

L’auteur précise que ces délits reflètent moins un changement de gout qu’une évolution des essences. La délinquance est souvent le fait d’une personne, voire deux. C’est une délinquance familiale. En 1716, elle impliquait 75,6 % d’hommes et 2,7 % de valets et de servantes En 1786, elle concernait 84,1 % d’hommes et 3,9 % de valets et de servantes.

 

 

Paroisses d’origine des auteurs de délits en forêt de Bord en 1716 (Pascal le Berre, page 135)

Paroisses

Nombre de feux en 1716

 

Foyers délinquants

 

Romilly

 

75

 

48 (64 %)

 

Pont-de-l’Arche

 

273

 

151 (55,3)

 

Les Damps

 

66

 

31 (47)

 

La Neuville

 

274

 

112 (41,1)

 

Saint-Cyr-du-Vaudreuil

 

124

 

48 (38,7)

 

Notre-Dame-du-Vaudreuil

 

116

 

44 (37,9)

 

Pont-Saint-Pierre

 

83

 

30 (36,1)

 

Léry

 

201

 

67 (33,3)

 

Incarville

 

45

 

12 (26,6)

 

Criquebeuf

 

146

 

35 (24,5)

 

Martot

 

39

 

8 (20,5)

 

Montaure

 

160

 

26 (16,3)

 

Pîtres

 

148

 

23 (15,5)

 

La Haye-Malherbe

 

156

 

20 (12,8)

 

Caudebec

 

400

 

48 (12)

 

Tostes

 

53

 

4 (7,5)

 

Saint-Etienne-du-Vauvray

 

60

 

4 (6,6)

 

Louviers

 

957

 

18 (1,9)

 

 

En 1790, dans un contexte de pillage généralisé, l’Assemblée constituante confia les attributions judiciaires des maitrises des Eaux et forêts aux tribunaux de district.

 

 

La cartographie : un outil du pouvoir

Louis-Etienne Charpillon et Anatole Caresme ont noté que « Vers 1508, le procureur du roi de Pont-de-l’Arche fit dresser une nouvelle carte de la forêt de Bord ». Ce document a, semble-t-il, disparu. Il témoigne de la volonté du pouvoir d’organiser le contrôle et l’exploitation forestière. La Bibliothèque nationale de France a numérisé une partie de ses collections (base Gallica) où figurent à ce jour trois cartes de la forêt de Bord. Nous les reproduisons ci-dessous. Les deux premiers documents semblent dater du XVIIe siècle et sont peu ou prou intitulés « Forêt de Bord de la maîtrise du Pont-de-l'Arche ». Mesurant 39 cm sur 26 cm, ils sont calqués l’un sur l’autre. Le premier constitue une présentation générale des propriétés royales et le second détaille leurs limites et leurs surfaces réparties en six gardes différentes. Il semble assez évident que ces cartes furent dessinées après l’ordonnance de Colbert, datant de 1669, qui constitue un point de départ dans le renouveau de la législation ainsi que dans l’organisation des eaux et forêts.

« Forest de bord de la Maistrise du Pont-de-l'Arche », fin XVIIe siècle (Bibliothèque nationale de France, GED-4526 : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb40722977n).

« Forest de bord de la Maistrise du Pont-de-l'Arche », fin XVIIe siècle (Bibliothèque nationale de France, GED-4526 : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb40722977n).

« Forest de bord de la Maistrise du Pontdelarche », fin XVIIe siècle (Bibliothèque nationale de France, GED-4529 : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb407229780).

« Forest de bord de la Maistrise du Pontdelarche », fin XVIIe siècle (Bibliothèque nationale de France, GED-4529 : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb407229780).

La troisième carte porte le titre de « Plan de la forest du Pont de l'Arche, autrement de Bord... faict à Paris de l'ordonnance de Monsr Le Feron, par Jean Fleury, arpenteur ». Ce document au 1/26 000e est daté de 1674. Il mesure 48 cm sur 67 cm.

« Plan de la forest du Pont de l'Arche, autrement de Bord... faict à Paris de l'ordonnance de Monsr Le Feron, par Jean Fleury, arpenteur » (Bibliothèque nationale de France, GECC-4945(12RES) : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb407682728).

« Plan de la forest du Pont de l'Arche, autrement de Bord... faict à Paris de l'ordonnance de Monsr Le Feron, par Jean Fleury, arpenteur » (Bibliothèque nationale de France, GECC-4945(12RES) : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb407682728).

Nous insérons aussi une reproduction de faible qualité de la carte dressée par Hyacinthe Langlois le 25 juillet 1796 pour son père Gérard. Celui-ci était garde-marteau en la maitrise des eaux et forêts du bailliage de Pont-de-l’Arche. Officier du roi, sa fonction consistait à contrôler les essences à vendre et à s’assurer de la légalité de leur vente. C'est lui qui détenait le marteau avec lequel on marquait les arbres à abattre. On y voit clairement les gardes publiques de Bord et Longboël et les bois privés de Bord : Martot, Bonport et Louviers. Cette carte a été reproduite en noir et blanc dans L’Eure de la préhistoire à nos jours (page 223).

La forêt de Bord par Eustache Hyacinthe Langlois (1796).

La forêt de Bord par Eustache Hyacinthe Langlois (1796).

En conclusion de cette partie, la forêt de Bord est donc pleinement une forêt, c’est-à-dire un domaine relevant de la cour de justice du roi, bois ou non, si l’on reprend le sens du mot bas latin forestis.

 

Les derniers défrichements du Moyen Âge

Le fait que la forêt de Bord ait été une propriété royale a largement protégé ses frontières. Cependant, les monarques n’ont pas possédé l’ensemble des bois et ont conféré des droits à des vassaux ayant défriché. Ainsi dans L’Eure de la préhistoire à nos jours on peut lire (page 122) : « Au début du règne de Saint-Louis (1226-1270), beaucoup [d’hôtes, de colons] furent lotis par le châtelain du Vaudreuil d'une parcelle de la forêt de Bord à défricher. Les défrichements dans cette forêt prirent d'ailleurs une telle extension que le roi dut, en 1246, dédommager les moines cisterciens de Bonport, qui y possédaient des droits ». Ces parcelles sont impossibles à localiser même s’il serait vraisemblable qu’elles désignent l’espace entre Le Vaudreuil et la forêt actuelle. Ce même ouvrage avance (page 130) que « quelques bourgs seulement eurent avoir avec les défrichements, et tardivement, au XIIIe siècle, comme La Haye-Malherbe, en forêt de Bord... » Les moines de Bonport ont aussi, semble-t-il, défriché sans que nous puissions localiser les terres concernées. Il semble donc qu'à partir du XIIIe siècle le massif de Bord ait stabilisé ses frontières. 

 

 

Activités anciennes

 

La coupe du bois

La proximité de la Seine a certainement favorisé le flottage des bois. Ce dernier compte peut-être parmi les raisons de la sauvegarde d’un massif forestier royal en ce lieu en plus d'une dénivellation moins propice à la culture. Naguère, la forêt était au cœur de toute industrie. Son bois fournissait le matériau nécessaire aux outils des artisans, aux maisons, aux véhicules, au chauffage...

Sans être en mesure de présenter ici une étude complète sur la coupe du bois en forêt de Bord, il nous plait de citer des passages d’une étude de Jean Boissière mettant en lumière l’importance de ce massif dans l’approvisionnement de Rouen et surtout de Paris : « Les forêts de la vallée de la Seine entre Paris et Rouen d’après l’enquête de 1714 ». Cette étude se fonde sur le procès verbal d’Hector Bonnet chargé par l’hôtel de Ville de Paris de comprendre pourquoi le bois ne parvenait pas suffisamment dans une période de disette de combustible. Cet homme voyagea de Paris à Rouen du 27 septembre au 18 octobre 1714. Il résida à Pont-de-l'Arche du 10 au 15 octobre. Il nous apprend que la forêt seigneuriale était composée en moyenne et uniquement d'un tiers de futaie, le reste n'étant que des taillis. L'état des forêts était donc médiocre du fait de son intense exploitation. 25 ports fluviaux existaient sur la Seine et ses affluents immédiats dont Les Damps, Pont-de-l'Arche et Bonport. Certains massifs avaient jusqu'à trois débouchés fluviaux ce qui laisse apparaitre l'émiettement du commerce du bois. Le flottage du bois existait sur l'Andellle et sur le cours supérieur de la Seine et de ses affluents. Hector Bonnet nota scrupuleusement les obstacles humains à la livraison du bois : les travailleurs de la voie d'eau qui tentaient d'améliorer leur revenu. L'auteur fait référence à un projet présenté au roi afin de rendre flottable l'Eure jusqu'aux Damps (tome 6, page 23). Voici la reproduction du procès verbal d'Hector Bonnet qui concerne Les Damps et Pont-de-l'Arche et qui cite des ventes encore connues sous les mêmes noms :

« ... nous nous sommes rendus au port appellé Les damps qui est l'embouchure de la rivière d'Eure sur lequel nous avons trouvé quinze milliers de cotterets appartenant a la dame Veuve Bouret provenant de la Vente de Cocaigne forest de Bord appellée communement de pont de l'arche, exploitation de mil sept cent treize, plus trente cinq milliers appartenant au Sr Lemire provenant du Recepage desd. Bois de Cocaigne exploitation de mil sept cent quatorze Et ensuite nous nous sommes rendus au port du pont de l'arche sur lequel nous aurions trouvé le nommé garde dud. port qui nous auroit dit y avoir sur iceluy quatre carterons de Bois de compte appartenant au Sr Carcillier provenant de la Vente Glajoleuse forest de Bord exploitation de 1713 quatre autres carterons de Bois d'andelle provenant de la Vente aud. Sieur, plus trois carterons de Bois d'andelle au Sr Roblasre provenant de l'exploitation de 1713 treize cartrerons de pareille Bois appartenant à lad. Veuve Bouret provenant des Ventes de Mollier et Glajoleuse plus a elle appartenant deux cent vingt milliers de cotterets compris quatre vingt dix mil restent dans celle de Glazoleuse, soixante huit milliers de cotterets appartenant au Sr le Cerf demeurant pres d'Elbeuf provenant de la Vente de Cocagne exploitation de 1714 trente huit autres milliers appartenant aux Srs marie freres provenant de la Vente Maigremont exploitation de 1713 et encore vingt huit milliers de cotterets appartenant au Sr Carcillier provenant de la Vente de la Glajoleuse exploitation de mil sept cent treize..."" (page 9, tome 7).

Enfin, nous aimons à rappeler que les pins sylvestres du rez-de-jardin de la Bibliothèque nationale de France ont été déracinés de la forêt de Bord. Sur 200 arbres prélevés, la moitié ne survit pas au transfert comme l'écrit Marie-Hélène Devillepoix suivant les propos du technicien forestier de Pont-de-l'Arche, Didier Lebogne.

 

Le droit de ramage

Dans « Promenez-vous en forêt » l’Archépontain Jean Mallet retrace, assurément avec des souvenirs d’enfance, une pratique ancestrale consistant à ramasser du menu bois en forêt (page 40) : « L'ouvrier allait souvent se fournir sur place et moyennant un droit dit de « soumission » acquitté au garde, il pouvait aller ramasser du bois mort et faire des fagots pendant un certain temps et dans des parcelles bien désignées. Pendant ce temps là, les « gamins » se battaient à coup de « sapinettes » pour finir par les ramasser dans des gros sacs appelés « pouches » heureux à la pensée de faire « péter » un peu plus tard, dans le poêle en fonte, émaillée ou non. On utilisait la brouette en bois avec parfois deux petites roues en fer sur le devant ou encore, soulevée à l'aide de sangles, afin de pouvoir prendre un plus grand chargement, ce n'était pas une mince affaire de la retenir dans les descentes, le dispositif ne comportant aucun système de freinage. Ce bois avait le privilège de chauffer trois fois, comme me l'avait rapporté naguère un Ancien, avec une pointe d'ironie : en allant le chercher, en le sciant et pour finir en le brûlant bien sûr ! Aujourd'hui, on ne se chauffe plus au bois que pour le plaisir et à la cheminée. »

Cette pratique rappelle le médiéval droit de ramage qui consistait à ramasser le bois mort pour se chauffer ou pour offrir un tuteur à certaines cultures comme celles de la vigne et du lin (André Plaisse, pages 24 et 25).

Un parquet nommé "Vestiges d'enceinte" sur la carte IGN au 1/25 000e.

Un parquet nommé "Vestiges d'enceinte" sur la carte IGN au 1/25 000e.

L’élevage et les parquets

La forêt a longtemps servi à faire paitre le troupeau. Cette pratique ne coutait rien et permettait de réserver de plus larges terres à la culture. Ainsi les prospecteurs de métaux anciens ont retrouvé d'importantes quantités de grelots qui permettaient de retrouver les animaux au son. Ils ont aussi retrouvé nombre de dés à coudre qui occupaient les longues heures des personnes chargées de la surveillance des bêtes. Dans le droit coutumier, le panage autorisait certaines personnes, moyennant une redevance le plus souvent, à faire manger les porcs dans la forêt (André Plaisse, page 20), surtout les glands et les faines. Plus largement, la forêt médiévale a servi de pâturage aux vaches et aux chevaux grâce à ses herbages, ses jeunes pousses, ses landes et bruyères et ses buissons (André Plaisse, page 21).

La carte IGN désigne des retranchements de la forêt de Bord sous le nom de « Vestiges d’enceinte » et même de « Vestiges d’enceinte antique ». Cependant, en 1903 Henri Guibert rédigea un bel article intitulé « Note au sujet de retranchements aux environs de Louviers » qui nous éclaire sur ces aménagements entourés de fossés et de talus. Tout d’abord, il en distingue quatre : celui de la Mare-au-coq dans une enclave du Vaudreuil (67 m sur 60 m avec un fossé de 1,5 m de largeur sur 0,8 de profondeur), celui du Testelet (Tostes), celui du Fort-aux-Anglais (Mesnil-Jourdain) et celui de la Mare-courante (Louviers, près de Montaure). Henri Guibert nous apprend que le retranchement de la Mare-au-coq est appelé « Le parquet » par les professionnels exerçant en forêt. Il rejette la thèse de camps militaires puisque ces retranchements sont situés parfois à mi-pente et donc exposés aux éventuels assaillants.

Plus précisément, Henri Guibert rappelle un ancien droit dont bénéficiaient au Moyen Âge les habitants des communes voisines de la forêt : le droit de pâturage. Des parties de la forêt étaient exclues de ces zones de pâturages (les « deffens ») et nécessitaient la présence de verdiers et de sergents, agents de la maitrise particulière des Eaux et forêt (bailliage de Pont-de-l’Arche) qui pouvaient saisir les animaux et les parquer dans des enclos réalisés à cette intention. On nommait ces agents des « parquiers ». C’est ce qui explique la présence régulière de parquets dans la forêt. Henri Guibert cite le très intéressant Léopold Delisle : « Le parc était plus ordinairement placé aux environs du château. Il paraît qu’on le fermait surtout avec des palissades de pieux. Le parc servait à la chasse, à la pâture et à la garde des bestiaux saisis pour dettes ou pour délits forestiers. S’il n’avait qu’une contenance assez bornée, on employait pour le désigner le diminutif Parquet » (Etudes sur la condition de la classe agricole et l’état de l’agriculture en Normandie au Moyen-Âge, page 347). Nous sommes tentés d’ajouter à la liste des parquets de la forêt de Bord un ancien enclos de la commune des Damps (au pied de la Crute, sur un monticule). Qui plus est, étant donnée la taille des parquets, nous nous demandons s'ils n'ont servi qu'à parquer les animaux paissant dans les défens. Ils auraient bien pu parquer les bêtes durant les nuits par trop incertaines. Vue la répartition des parquets, nous serions tentés d’écrire qu’il en existait un par garde forestière.

Cependant, le Fort-aux-Anglais sort de notre terrain d'étude. Nous sommes plus réservé quant à son origine et son emploi malgré les écrits d'enri Guibert.  

Les carrières

Les promeneurs en forêt de Bord pourront s’étonner des reliefs parfois torturés des sols de la forêt de Bord. Ceux-ci s’expliquent par les nombreuses carrières de craie, de sable, de silex et d’argile qui servaient à nos ancêtres, à la fin du XIXe siècle encore, pour l’agriculture ou la construction. Comme s’en font l’écho les archives départementales (7 M 297), l’administration accordait au nom de l’Etat des concessions à divers particuliers pour un espace et un temps donnés. Ces carrières se présentent à ciel ouvert (par exemple près de la maison forestière de Léry ou, à Pont-de-l’Arche, le chemin de la Borde et le long du chemin des Epinières) mais aussi sous forme de puits comme « le puits du roi » au Testelet (Jean Mallet, « Etude de la forêt », page 31).

 

 

Peurs et légendes et croyances

 

L'agonie du loup

Un nom comme « Le val à loups », vers Louviers en sortant de Pont-de-l’Arche, nous rappelle l’existence pas si lointaine de cet animal qui fit peur et qui alimente encore les imaginaires. Max Masson rapporte (folio 33) les battues organisées par la sous-préfecture de Louviers afin d’éradiquer le loup. Il y en eut en 1816, 1820 et surtout en 1835 où 2 000 hommes furent réquisitionnés en tant que tireurs et rabatteurs. Ils couvrirent 34 communes « sur un arc de cercle passant à Pont de l'Arche, Tostes, La Haye Malherbe, Hondouville, La Chapelle du Bois des Faulx, Ailly, Heudebouville, Venables et aboutissant à la Seine en face de Muids ». Dirigés par des gardes forestiers et des gendarmes, ils fondirent vers la Seine où d’autres chasseurs attendaient les animaux susceptibles de traverser.

Il y eut cependant des rescapés. Ainsi Max Masson note que le 5 septembre 1836 le garde Morlet fils abattit un loup à Tostes. Mais la question n’était pas réglée. Paul Petit témoigne de la survie de l’animal honni dans un ouvrage intitulé Sangliers dans l'arrondissement de Louviers et les vautraits… : « M. le marquis de Montalembert avait eu, en 1861, l'occasion de diriger une battue aux loups dans la forêt de Bord. Une louve, accompagnée d'un grand loup, était venue établir son liteau dans les parages de Criquebeuf ; leur présence se manifesta d'une façon soudaine. Pendant la nuit du 4 au 5 juillet, plusieurs loups attaquèrent le troupeau de M. Micaux, fermier à Blacquetuit, commune de Montaure. Les moutons étaient parqués sur le chemin de Montaure aux Fosses ; vingt-et-un furent étranglés, et le reste du troupeau se trouva disséminé dans la campagne. A cette nouvelle, M. de Montalembert envoya immédiatement ses hommes en forêt pour reconnaitre la demeure des loups ; le mauvais temps, presque continuel, et l'état de la plaine couverte de récoltes rendaient cette opération très difficile ; mais tout portait à croire qu'ils faisaient leur fort dans les sapins de Criquebeuf, près du Rond-de-Bord. Une battue fut ordonnée pour le 25 juillet : rendez-vous au carrefour Sainte-Anne, route de Tostes, à neuf heures du matin. M. le sous-préfet avait prié les maires des communes limitrophes de la forêt de réunir le plus de monde qu'ils pourraient. « Malgré les travaux urgents de la campagne, lisons-nous dans le Publicateur de Louviers du 31 juillet, les populations ont eu à cœur de répondre à cet appel, et les chasseurs se trouvaient en assez grand nombre pour qu'il devint impossible à aucun loup de sortir de l'enceinte sans être vu. « M. Lemaire, sous-inspecteur des forêts, et M. le marquis de Montalembert, lieutenant de louvèterie, avaient pris toutes les dispositions nécessaires pour assurer le silence sur la ligne des tireurs postés par leur soin. « Le héros de la chasse a été M. Béranger, de Saint-Pierre-lès-Elbeuf. Il a tué le premier loup (louveteau). Une demi-heure après, un second est mis en joue par deux tireurs ; l'animal, déviant de sa route, passe à M. Béranger qui le tire : blessé grièvement, il est achevé par le garde forestier Aubry, " M. Boulenger, de Louviers, a atteint un troisième loup qui a disparu, mais a été trouvé mort le lendemain. Un quatrième, que sa forte taille a fait supposer être le père ou la mère, a été tiré et blessé. Enfin, M. Gustave Dufossé, de Saint-Cyr-du-Vaudreuil, en avait tiré un autre en arrivant au rendez-vous ; le croyant mort, il se disposait à aller le relever, mais l'animal, qui s'était rasé probablement, s'est enfui rapidement à son approche. » La question du loup n’était donc toujours pas résolue en 1861 et nous n'avons pas trouvé la date de son extinction dans le domaine de Bord.

 

La Croix-Sablier

La Croix-Sablier est une nouvelle écrite par Eustache-Hyacinthe Langlois et qui explique la présence d’un calvaire en pierre « à égale distance », « près de l’ancienne route du Pont-de-l’Arche à Louviers ». Jean Mallet situe cet emplacement au rond Royal, ce qui est très probable puisque l'ancienne et la nouvelle route de Louviers étaient proches à cet endroit comme le montre une version de la carte de Cassini. Ce calvaire portait le nom de Croix-Sablier, « riche négociant du XVIIe siècle » qui fut assassiné au début du siècle par « un jeune homme dont il avait protégé l’enfance » et qui l’aidait dans ses tâches quotidiennes. Lors d’un énième déplacement, « par une journée de juillet », le négociant souhaita se reposer dans la fraicheur d’un sous-bois. Cet isolement fit naitre « de diaboliques pensées » dans l’esprit du jeune homme dit à son maitre : « … l’un de nous deux qui tuerait ici l’autre, ‘aurait pas de témoin à redouter. » Monsieur Sablier répondit : « ne vois-tu pas que nous sommes entourés de témoins vivants. Ces témoins, tu les vois dans ces moucherons qui nous importunent, et que le ciel exciterai à appeler sur ta tête la vengeance des lois. » L’argument ne fit pas mouche chez le jeune homme qui profita de l’isolement du sous-bois pour l’abattre son maitre d’un « coup de pistolet » et partir avec une « valise qui regorgeait d’or. » « Pendant qu’une croix expiatoire s’élevait sur le lieu du crime », le jeune homme changea de nom et fit commerce « dans une de nos villes frontières les plus éloignées ». Il se maria avec « une jeune personne bien née, dont les excellentes qualités eussent dû faire son bonheur, s’il était du bonheur pour une âme bourrelée de remords. » En effet, chaque été les moucherons rappelaient au jeune homme son crime, telles des « Euménides », de petites divinités persécutrices de la mythologie grecque. Le jeune homme révéla à sa femme la raison de son angoisse. Puis, il eut des revers commerciaux, s’appauvrit, sombra dans l’alcool, frappa sa femme… Victime de violence féroce, celle-ci révéla le crime de son mari aux voisins : « Misérable, assassine-moi plutôt comme tu assassinas ton maitre ! » Le meurtrier de la forêt de Bord fut « arrêté le lendemain, et bientôt le bourreau vont écrire, en caractères de sang, la péripétie de cet épouvantable drame. »

 

Le Val Richard

Près de La Plaine de Bonport un espace boisé est nommé Le Val Richard, surtout connu de nos jours pour la zone d’activités qui a repris ce nom. D’aucuns se plaisent à lire ici une trace du passage de Richard Cœur de Lion, parmi lesquels Eustache-Hyacinthe Langlois (La Croix-Sablier, page 309 : « le Vau-Ricard », en normand). Cependant, les noms de lieux ont des origines bien plus pragmatiques. Ainsi Louis-Etienne Charpillon et Anatole Caresme citent une charte datée vers 1230 qui nous apprend que « Raoul de Criquebeuf et Richard du Val, tenaient dans la forêt de Bord, 3 vergées et ¾ de vergée pour 12 s. 9 d. de rente. » Il y a de fortes chances que ce Richard du Val ait marqué de son nom un espace criquebeuvien, bien plus que Richard Cœur de Lion même s’il fut cofondateur de l’abbaye de Bonport en 1190. Le Val Richard ne désignerait donc pas – non plus – Richard Jacquet.

 

Les galeries souterraines

Nous avons consacré un article sur les légendes avançant que le sous-sol de Pont-de-l’Arche était troué de voies de circulation. Ces légendes veulent que des tunnels souterrains aient relié Bonport à Pont-de-l’Arche ; Pont-de-l’Arche à la maison de la Dame-blanche, aux Damps ; Les Damps à l’ancien château du Vaudreuil en passant sous la forêt ; Bonport à Argeronne en passant sous la forêt de Bord… Dans notre étude, nous avons remarqué que des éléments normaux du patrimoine, tels que les caves, suffisaient à alimenter les légendes. Nous avons cependant observé nos limites d’investigation, bloqués par notre incapacité à visiter de prétendues galeries situées derrière des parties murées bien existantes, elles. En forêt, les trous que l’on trouve de-ci de-là pourraient être interprétés comme des effondrements ou des sorties de galeries (près de la mare Planco, du chemin du Renard…). Nous penchons plus vers une explication faisant de ces trous des vestiges de marnières comme celle nommée le « puits du roi » à Tostes.

 

Petit Saint-Ouen de Léry

Voir notre article consacré à ce pèlerinage ancestral lié au bourg de Léry.

Sainte Anne faisant lire la Bible à sa fille, la Vierge Marie. Détail d'une statue en pierre peinte de la fin du XVIe siècle, église Notre-Dame-des-arts, Pont-de-l'Arche (cliché Armand Launay, 2011).

Sainte Anne faisant lire la Bible à sa fille, la Vierge Marie. Détail d'une statue en pierre peinte de la fin du XVIe siècle, église Notre-Dame-des-arts, Pont-de-l'Arche (cliché Armand Launay, 2011).

Sainte Anne

Sainte Anne, la mère de la Vierge Marie, occupe une place importante dans la région de Bord. Elle est la patronne de Tostes et de Pont-de-l’Arche. Dans un article intitulé « Pont-de-l’Arche », Jean Mallet écrit que le nom de la fête communale Sainte-Anne « viendrait d'Anne le Blanc du Rollet, gouverneur de la ville, proche d'Henri IV » (page 65). Nous serions étonnés que cette fête, à l’origine pieuse, ait pris le prénom d’un personnage, fût-il célèbre. Nous nous sommes plutôt intéressés au fait que sainte Anne est la patronne des menuisiers et des ébénistes. Le lien avec la forêt serait confirmé par le lieu où la Sainte-Anne était célébrée avant 1861, c’est-à-dire à l’orée de la forêt, sur un terrain appelé Sainte-Anne (aujourd’hui la déchèterie et le Village des artisans de la lisière). Une procession se faisait dans la ville avec une statue en bois de la mère de la Vierge, malheureusement volée dans les années 1970. Son parcours prenait fin au chemin de la Procession, nom toujours usité, qui aboutit sur le terrain Sainte-Anne. Dans un article consacré au paganisme dans la région, nous nous sommes même demandé si cette célébration religieuse avait une origine préchrétienne étant donné qu'un fanum y a été pressenti…

À l’issue de cette présentation, nous pensons que l’exploitation forestière a eu une répercussion sur le culte catholique local.

 

Guerre

La Seconde guerre mondiale a laissé des traces dans notre forêt. Des bombardements ou, plus vraisemblablement, des bombardiers se délestant pour faciliter leur retour, ont déformé certains terrains. La forêt compte aussi au moins un avion américain abattu, celui du chemin du Renard aux Damps.

Vue sur la forêt (cliché Armand Launay, 2011).

Vue sur la forêt (cliché Armand Launay, 2011).

Essences et arbres remarquables

La forêt apparait de nos jours sous forme de futaie dressée par la main de l’Homme de sorte que les arbres produisent de grands troncs. La forêt naturelle était bien différente et toutes ses parties ne se ressemblaient pas. C’est ce que nous avons vu plus haut avec Jean Boissière qui rapporte qu’en 1714 seul un tiers de la forêt était en futaie. La toponymie se fait aussi l’écho de ce changement. Ainsi, une des entrées de la Garde-Châtel est encore appelée « porte de la lande ». Entre la Couture de Tostes et Louviers, une route forestière s’appelle les « longues raies », signifiant les haies en normand. Un bois de Tostes allant vers Louviers s’appelle le « bois des Vignes », une essence bien connue à Léry et aussi un peu à Pont-de-l’Arche en 1340 avec la vigne dite de « l’Estourmy » (Cartulaire de Bonport, page 393). Il semble que les épineux soient arrivés d'Alsace à la fin du XVIIIe siècle comme le note Marie-Hélène Devillepoix d'après le témoignage du technicien forestier Didier Leborgne (Pont-de-l'Arche). Ainsi s’expliquent quelques noms comme l’Epine Enguerrand ou les Epinières (sur le plateau de Pont-de-l’Arche) qui désignaient les parties repérables grâce aux essences nouvelles.

Marie-Hélène Devillepoix a aussi noté les principales essences locales que sont les pins, les hêtres, les merisiers et les chênes. Elle a distingué la variété des essences qui fait de la forêt de Bord un massif original à côté des nombreuses hêtraies normandes. Les 16 km² de pins sont situés sur les terrasses alluviales dont la pauvreté des sols, sableux et caillouteux, convient aux conifères. La hêtraie s'épanouit, elle, sur les plateaux limoneux. Cette essence est privilégiée car, si elle « vit moins longtemps que le chêne », elle « croît plus vite » ce qui est bon pour le rendement.

Comme tout massif, la forêt de Bord comprend des arbres remarquables épargnés par l’Office national des forêts. Le chêne Leguay se trouve dans la commune de Montaure, aux Fosses. Il est réputé avoir 350 ans, fait 510 cm de circonférence à 1,3 m du sol. Il est haut de 30 m. Selon Jean Mallet dans « Promenez-vous en forêt », cet arbre porte le nom d'un « ancien inspecteur des Eaux et Forêts de Louviers » de la fin du XIXe siècle (page 26). Il semble qu’il ait raison car les archives départementales conservent un rapport, daté de septembre 1892, signé par M. Leguay, inspecteur des forêts (7 M 297). Autres arbres remarquables localisés sur les cartes IGN, le chêne des Régales (près du chêne Leguay) et le chêne Nicolas (à La Vallée).

 

La chasse à courre en forêt de Bord représentée sur une carte postale.

La chasse à courre en forêt de Bord représentée sur une carte postale.

Tourisme et loisirs

 

La chasse à courre

À la fois emblème et héritage des privilèges nobiliaires, la chasse à courre a continué à être pratiquée en forêt. Jean Mallet, dans « Promenez-vous en forêt », nous apprend qu’elle était mise en « en adjudication tous les 9 ans par les Eaux et Forêts ». Le même auteur, dans « Etude de la forêt », avance que « Les chenils d'où partaient les chasses à courre étaient au nombre de deux : la Vénerie à Pont-de-l’Arche et à Louviers, rue Saint-Hildevert » (page 35). Celle de Pont-de-l’Arche, en haut de la rue Charles-Cacheleux, est particulièrement impressionnante. Ses immenses locaux furent rachetés vers 1908 par Olympe Hériot (1887-1953), un des fils du Commandant Olympe Hériot et neveu d’Auguste Hériot, fondateur des Grands magasins du Louvre. L’Internet nous apprend que ce bourgeois, très en vue dans le Paris des années folles, était passionné de chasse à courre, comme ses parents. Il réunit à Pont-de-l’Arche une meute de 90 chiens et un équipage de 11 chevaux qui chassa le sanglier puis le cerf jusqu’en 1937 dans les forêts normandes. Les chasses qu’il donna étaient très réputées dans le milieu de la vènerie. Une sonnerie de cor de chasse a même reçu pour nom « la Olympe Hériot ». Il reçut le 26 avril 1951 les insignes de Commandeur de la Légion d'Honneur. Par ailleurs, il se lia d’amitié avec Charles Morel, industriel et maire de Pont-de-l’Arche, et c’est assurément pourquoi il fut conseiller municipal en 1930 sur la liste de Charles Morel. C’est à celui-ci qu’il a souhaité vendre La Vènerie, son immense propriété, en 1938. De la chasse à courre, il reste des noms tels que le Chemin des Cavaliers, le rond de France ou le peu républicain – et anachronique – Rond royal. Il reste itou une stèle en hommage à Paul Vigrare, piqueur décédé le 23 décembre 1950 durant une chasse (au début de la route forestière du ravin de la vallée d'Incarville, à Pont-de-l'Arche).

"Royal car", un véhicule à vocation touristique venu déposer des promeneurs en forêt de Bord (1936).

"Royal car", un véhicule à vocation touristique venu déposer des promeneurs en forêt de Bord (1936).

Le développement des loisirs

Si la forêt de Bord a été le terrain des balades familiales et amoureuses depuis longtemps, les années 1930 nous ont laissé les premiers témoignages touristiques telle cette photographie, ci-dessus, d’un autocar en 1936.

La forêt de Bord est aussi le domaine des randonnées pédestres, des sorties en VTT. Ainsi, à côté du GR 222 et 222A, nous proposons à titre d’exemple la « Balade du hêtre Tabouel ».

Les nombreuses mares qui ponctuent le massif de Bord pour l’équilibre de la faune offrent aussi de bons prétextes à la balade. Autre endroit attrayant, le parcours sportif des Damps qui propose aussi des tables de piquenique à proximité.

De très nombreuses voies de circulation coupent le massif de Bord. Ici la route de Tostes (cliché Armand Launay, 2012).

De très nombreuses voies de circulation coupent le massif de Bord. Ici la route de Tostes (cliché Armand Launay, 2012).

Des routes omniprésentes

Napoléon Bonaparte a laissé sa marque dans notre forêt entre Les Damps et Léry où passe la Voie impériale. En fait, ce chemin est tout simplement un tronçon déclassé d’une des voies qu’on appelle depuis les routes nationales. Jean Mallet avance que la route nationale entre Incarville et Pont-de-l’Arche, celle du Val-à-loup, « fut arrêtée par le Conseil du roi en 1780 » (« Promenez-vous en forêt », page 40). C’est tout à fait probable car une version de la carte de Cassini monte cette voie rectiligne à côté d’un chemin menant au Cavé et qui doit être l’ancien chemin de Louviers.

Le massif de Bord est imposant et, de ce fait, largement percé par des voies de communication. Les routes nationales coupent le massif entre Louviers et Elbeuf et Incarville et Pont-de-l’Arche. Depuis 1967, l’autoroute de Normandie sépare le massif hormis deux passages pour animaux, quelques ponts et tunnels. Enfin, le contournement de Pont-de-l’Arche inauguré en 2010 a encore coupé un peu plus cette belle forêt, limitant ainsi les espaces de refuge des espèces animales et les lieux où l’on peut se reposer du bruit des moteurs. Le projet de contournement Est de Rouen et son raccordement à l’autoroute A13 au niveau d’Incarville n’écarte pas totalement le risque de gâcher un peu plus encore le domaine de Bord.

 

 

A lire aussi…

Le désert de la Garde-Châtel

Un texte de Victor Hugo en forêt de Bord

Aux origines de Tostes

Aux origines de Montaure

 

 

 

Sources

- Bodinier Bernard, L'Eure de la préhistoire à nos jours, Saint-Jean-d'Angély, édition Jean-Michel Bordessoules, 2001, 495 pages ;

- Boissière Jean, « Les forêts de la vallée de la Seine entre Paris et Rouen d’après l’enquête de 1714 », Annales historiques du Mantois, Mantes, Centre régional d’études historiques, 1979, tome 6 (pages 3 à 31) et tome 7 (pages 3 à 20) ;

- Charpillon Louis-Etienne, Caresme Anatole, « Pont-de-l’Arche, pages 662 à 674, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, Les Andelys, éd. Delcroix, 1868, 960 pages, voir à la fin de l’article sur Pont-de-l’Arche : « Forêt de Bord » ;

- Cliquet Dominique, Carte archéologique de la Gaule : l’Eure 27, Paris, ministère de la culture, 1993, 285 pages ;

- Coutil Léon, « Résumé des recherches préhistoriques en Normandie (époque paléolithique) », pages 34 à 142, Collectif, Bulletin de la Société normande d'études préhistoriques, Société normande d'études préhistoriques et historiques, Louviers, imprimerie Eugène Izambert, tome I, année 1893, 1894, 151 pages ;

- Coutil Léon, « Inventaire des menhirs et dolmens de France (département de l’Eure) », pages 36 à 122, Collectif, Bulletin de la Société normande d'études préhistoriques, Société normande d'études préhistoriques et historiques, Louviers, imprimerie Eugène Izambert, tome IV, année 1896, 1897, 222 pages ;

- Coutil Léon, « Ateliers et stations humaines néolithiques du département de l’Eure », pages 123 à 211, Collectif, Bulletin de la Société normande d'études préhistoriques, Société normande d'études préhistoriques et historiques, Louviers, imprimerie Eugène Izambert, tome IV, année 1896, 1897, 222 pages ;

- Delisle Léopold (publié par), « Cartulaire normand de Philippe Auguste, Louis VIII, Saint-Louis et Philippe le Hardi », Mémoire de la Société des antiquaires de Normandie, 6e volume, XVIe volume de la collection, Caen, 1852, 390 pages ;

- Devillepoix Marie-Hélène, La forêt de Bord, massif du bord de Seine, pages 36 à 37, Pays de Normandie, hors série « Balades et découvertes », 1999 ;

- Gendron Stéphane, L’origine des noms de lieux en France : essai de toponymie, Paris, éditions Errance, 2008, 340 pages ;

- Guibert Henri, « Note au sujet de retranchements aux environs de Louviers », pages 57 à 62, Bulletin de la Société d'études diverses de Louviers, tome VIII, 1903, 120 pages ;

- Jore Edouard, « La chasse en forêt de Bord avant 1789 », pages 14 à 18, Bulletin de la Société d’études diverses de l’arrondissement de Louviers, tome XVII, années 1923-1924, 134 pages ;

- Langlois Eustache-Hyacinthe, « La Croix-Sablier », pages 306 à 312, Revue de Rouen et de la Normandie, tome 6, Rouen, Nicétas Périaux, 1835. Aussi accessible sur le site de la Bibliothèque numérique de Lisieux : http://www.bmlisieux.com/normandie/croix01.htm (consulté le 28 novembre 2013) ;

- Le Berre Pascal, Délinquants et Forestiers dans les bois du Roi, les archives de la maîtrise des eaux et Forêts de Pont-de-l’Arche, de Colbert à la Révolution, mémoire de DEA préparé sous la direction de Serge Chassagne, Rouen, 1992, 199 pages ;

- Mallet Jean, « Promenez-vous en forêt », pages 25 à 31, Collectif, Louviers et sa Région : Gaillon, Le Vaudreuil, Pont-de-l'Arche, guide touristique, Syndicat d'Initiatives de Louviers, 1974, 87 pages ;

- Mallet Jean, « Etude de la forêt », pages 31 à 41, Collectif, Louviers et sa Région : Gaillon, Le Vaudreuil, Pont-de-l'Arche, guide touristique, Syndicat d'Initiatives de Louviers, 1974, 87 pages ;

- Mallet Jean, « Pont-de-l’Arche », pages 65 à 83, Collectif, Louviers et sa Région : Gaillon, Le Vaudreuil, Pont-de-l'Arche, guide touristique, Syndicat d'Initiatives de Louviers, 1974, 87 pages ;

- Musset Lucien, « Note pour servir d’introduction à l’histoire foncière de Normandie : les domaines de l’époque franque et les destinées du régime domanial du IXe au XIe siècle, pages 7 à 97, Collectif, Bulletin de la société des antiquaires de Normandie, tome XLIX, années 1942 à 1945, Caen, L. Jouan et R. Bigot, 1946, 622 pages ;

- Nègre Ernest, Toponymie générale de la France : étymologie de 35 000 noms de lieux, volume I, Formations préceltiques, celtiques, romanes, Genève, Librairie Droz, 1990, 704 pages ;

- Plaisse André, « La forêt normande à la fin du Moyen Âge », pages 17 à 28, Nouvelles de l'Eure n° 47, Evreux, 1993, 72 pages ;

- Office national des forêts, Département de l’Eure, Randonnées en forêt domaniale de Bprd-Louviers, 2 planches ;

- Petit Paul, Sangliers dans l'arrondissement de Louviers et les vautraits. Forêts, louveterie, équipages chasse, Evreux, C. Hérissey 1881, 126 pages.

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 14:20

Le château de Rouville et ses dépendances se trouvent dans un vaste domaine situé entre le bourg d’Alizay et une zone industrielle en bordure de Seine. Au-delà de l’intérêt des bâtiments subsistants, l’histoire de Rouville est riche en interrogations que ce soit sur le premier château construit en ce lieu ou sur son toponyme. 

Le château de Rouville (1882) vers 1910, un bel édifice à l'architecture classique, son parc à la française et son portail en fer forgé.

Le château de Rouville (1882) vers 1910, un bel édifice à l'architecture classique, son parc à la française et son portail en fer forgé.

Le même château de nos jours, modifié suite à l'incendie de 1949 (cliché Armand Launay, novembre 2013).

Le même château de nos jours, modifié suite à l'incendie de 1949 (cliché Armand Launay, novembre 2013).

Les textes médiévaux

Dans l’article consacré à Alizay, Luis-Etienne Charpillon et Anatole Caresme tracent de grandes lignes de la vie de deux familles de propriétaires de Rouville. Les premières références datent du XIVe siècle où le domaine est une propriété de la famille Gougeul. Ce fief permettait à ses propriétaires de revendiquer l’appellation de « seigneur de Rouville ». Les possessions de ce fief étaient importantes et lucratives, notamment grâce aux terres cultivables, aux droits perçus sur l’amarrage des bateaux en face de Pont-de-l’Arche, aux droits sur les passagers du bac des Damps à la Maison rouge... On retrouve un Pierre Gougeul capitaine du château de Pont-de-l’Arche (Limaie) à la fin du XIVe siècle.

 

Des vestiges du XVIIe siècle

Toujours selon Louis-Etienne Charpillon et Anatole Caresme, le fief de Rouville changea de mains en 1684 où les héritiers Gougeul furent dépossédés au profit du Président du Parlement de Normandie, Gilles Hallé. Il semble que ces riches propriétaires modifièrent en profondeur le château, remplaçant les parties médiévales par des constructions de style Renaissance. L’inventaire général du patrimoine a constaté en 1974 la présence d’une cheminée de la première moitié du XVIIe siècle, « vestige de l'édifice antérieur ». Autre vestige – plus récent – de cette époque, le beau colombier du domaine daté du XVIIIe siècle.

A partir de la fin du XVIIIe siècle, le château de Rouville a manqué d’entretien. Ainsi, en 1882 un propriétaire fit rénover – pour ne pas dire « remplacer » – le château par les soins de l’architecte rouennais Loisel. Hormis un incendie qui affecta cet édifice en 1949, le château prit son apparence définitive. Les cartes postales du début du XXe siècle montrent un portail d’entrée en fer forgé qui a disparu depuis. Le château de Rouville, son domaine boisé, la ferme et le colombier furent achetés par une vaste papèterie d’abord appelée SICA puis ModoPaper, Mreal et Double A. Depuis 2012, Rouville appartient au Département de l’Eure.

Un des deux colombiers du domaine de Rouville (XVIIIe siècle) Marcel Maillard (1899-1978) le 14 septembre 1952 (Fonds iconographique Philippe Manneville, bibliothèques municipales du Havre : http://lehavre.fr/MMaillard)

Un des deux colombiers du domaine de Rouville (XVIIIe siècle) Marcel Maillard (1899-1978) le 14 septembre 1952 (Fonds iconographique Philippe Manneville, bibliothèques municipales du Havre : http://lehavre.fr/MMaillard)

Le château de Rouville ne doit pas occulter la ferme et ses beaux bâtiments ruraux des XVIIe et XVIIIe siècles (carte postale vers 1910).

Le château de Rouville ne doit pas occulter la ferme et ses beaux bâtiments ruraux des XVIIe et XVIIIe siècles (carte postale vers 1910).

Une origine normande ?

Certains auteurs ont écrit que le nom de Rouville viendrait de Rollon, premier duc de Normandie : « Rollonis villa » (le domaine de Rollon). Cette explication nous laisse sceptique.

Dans La première Normandie (X-XI siècles), Pierre Bauduin, se fondant sur les travaux de Marie Fauroux sur les actes des ducs de Normandie, écrit que « Au confluent de la Seine, de l’Andelle et de l’Eure, la villa du Manoir, avec l’église, l’eau, un bois, des terres arables, figure parmi les donations du comte Raoul à Saint-Ouen-de-Rouen entre 1006 et 1011, avec des biens à Pîtres. » Nous tenons la preuve que la villa du Manoir, jouxtant Rouville, a été possédée par un seigneur nommé Raoul (d’Ivry). Alors, s’il faut trouver une étymologie à Rouville, nous serions plus tentés d’y lire la « villa de Raoul » que la « villa de Rollon » dont il resterait à établir la présence et l’autorité en ce lieu.

Plus avant dans la réflexion, Raoul d’Ivry, demi-frère du duc Richard Ier, est un descendant direct des Normands. Il a été possessionné dans un ancien fisc des rois carolingiens identifié à Pîtres par Lucien Musset (page 23) : « Parmi les fiscs, certains paraissent avoir fait, de toute antiquité, partie du patrimoine du souverain ; ce sont les grands axes de la vallée de la Seine, groupés autour des résidences royales : Arelaunum, en forêt de Brotonne ; Gemmeticum, Jumièges ; Pistae, Pitres ; Veteres Domus qui est sans doute Louviers ; Rotoialum, Le Vaudreuil, ce dernier même remonte peut-être à l’époque gallo-romaine... »

Il semble acquis que ce fisc carolingien est devenu une propriété des nouveaux colons normands. Or c’est aussi dans ce fisc qu’eut lieu le plus grand chantier du règne de Charles le Chauve, le pont dit de Pîtres, barrant la Seine aux incursions Vikings, touchant Paris, Beauvais, Chartres… Ce pont fut construit de 862 à 873 avec un fort protégeant chaque entrée comme l’a écrit Jacques Le Maho.

Une représentation cartographique de ces défenses montre leur omniprésence autour de la Seine mais leur relatif isolement au fond de la vallée. L’idée première des fortifications était de rendre incessible le cours supérieur de la Seine, l’Eure et l’Andelle. Le pont fortifié fut donc bâti au niveau des Damps. Il donna naissance ultérieurement à la ville de Pont-de-l’Arche.

Comme l’a noté Pierre Bauduin, ces fortifications ont dû être renforcées en d’autres lieux. Le chercheur de citer le « Château Robert », à Acquigny : En attendant de considérer cette enceinte comme un élément défensif associé aux fortifications du pont de Pîtres et destiné à couvrir la vallée de l’Eure » et de l’Iton (page 127).

Ainsi bous sommes tentés de placer un premier fort à l’emplacement de Rouville ou à proximité.

En effet, la vallée de la Seine n’avait pas l’aspect qu’elle a acquis dans les années 1930 où elle fut draguée – et donc approfondie – et canalisée. Elle était moins profonde et occupait, par plusieurs bras, un plus large espace au fond de la vallée. En lisant les courbes de niveau des cartes d’état-major de l’IGN (1/25 000e), on retrouve le départ d’un ancien bras de Seine en aval du Manoir ; bras courant vers les fossés de l’ancien château de Rouville puis, indirectement vers les bras encore humides de Freneuse. Il nous semble assez logique que les Francs aient voulu barrer l’ensemble de la vallée de la Seine aux Normands, capables de contourner le pont de Pont-de-l’Arche en tirant leurs navires dans la vaste partie nord de la Seine. Qui plus est, lors des périodes de crue et de forts coefficients de marée, la marée se faisant sentir jusqu’au bas du pertuis de Poses, les Normands devaient être en mesure d'emprunter des bras secondaires de la Seine. Pour renforcer notre propos nous publions une carte du bassin des crues de la Seine – PHEC telle qu’accessible sur le site geoportail.fr. Le château de Rouville se trouve à la limite nord de la zone inondable et donc, peut-être, d'un ancien bras de Seine.

Les courbes de niveau de la carte d'état-major de l'IGN (1/25 000e) montrent le départ d'un ancien bras de Seine au sud ouest du Manoir et vers les fossés en eau du château de Rouville. C'est un indice nous appelant à envisager que la vallée de la Seine a largement changé au cours des siècles.

Les courbes de niveau de la carte d'état-major de l'IGN (1/25 000e) montrent le départ d'un ancien bras de Seine au sud ouest du Manoir et vers les fossés en eau du château de Rouville. C'est un indice nous appelant à envisager que la vallée de la Seine a largement changé au cours des siècles.

La carte du bassin des crues de la Seine – PHEC, accessible sur le site geoportail.fr, montre que Rouville est à la limite des zones inondables. Nous pensons qu'un premier château a été construit en ce lieu ou à proximité pour compléter les défenses de Pont-de-l'Arche barrant la Seine aux Normands.

La carte du bassin des crues de la Seine – PHEC, accessible sur le site geoportail.fr, montre que Rouville est à la limite des zones inondables. Nous pensons qu'un premier château a été construit en ce lieu ou à proximité pour compléter les défenses de Pont-de-l'Arche barrant la Seine aux Normands.

En guise de conclusion

Par conséquent, bien qu’aucun document ne vienne prouver notre thèse, la localisation du château de Rouville, ainsi que son nom, nous font penser qu’il trouve ses origines parmi les défenses franques du IXe siècle.

 

A lire aussi... 

Les grandes dates qui expliquent la naissance de la Normandie et de Pont-de-l'Arche

 

Sources

- Ministère de la culture, Base Mérimée, www.culture.gouv.fr : référence IA00017934 ;

- Bauduin Pierre, La première Normandie (Xe-XIe siècles) : sur les frontières de la Haute-Normandie : identité et construction d’une principauté, Presses universitaires de Caen, 2004, 469 pages ;

- Charpillon Louis-Etienne, Caresme Anatole, « Alizay », pages 96 à 97, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l’Eure, tome I, Les Andelys, Delcroix, 1868, 960 pages. Accessible sur ce blog ;

- Le Maho Jacques, « Un grand ouvrage royal du IXe siècle : le pont fortifié dit “de Pîtres” à Pont-de-l’Arche (Eure) » pages 143 à 160, Lalou Elisabeth, Lepeuple Bruno, Roch Jean-Louis, Des châteaux et des sources : Archéologie et histoire dans la Normandie médiévale, Mélanges en l’honneur d’Anne-Marie Flambard Héricher, Publications des universités de Rouen et du Havre, 2008 ;

- Musset Lucien, « Note pour servir d’introduction à l’histoire foncière de Normandie : les domaines de l’époque franque et les destinées du régime domanial du IXe au XIe siècle, pages 7 à 97, Collectif, Bulletin de la société des antiquaires de Normandie, tome XLIX, années 1942 à 1945, Caen, L. Jouan et R. Bigot, 1946, 622 pages.

Armand Launay

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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Compte LinkedIn.

Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au coeur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte. Gege wanazioni wangu !

Réflexion

Le temps n'est pas. Il n'y a qu'une règle graduée portant les marques "hier, aujourd'hui et demain" ; c'est-à-dire quelques traits issus de la faculté des Hommes à compter le passage des astres ; beautés et mesures à la fois, par Odin !

C'est avec cette règle que les Hommes tentent de mesurer les phénomènes les plus apparents. Ils se donnent des repères parmi l'érosion, véritable mère de la prise de conscience : "ce qui est rare à du prix" écrivait Chateaubriand. 

Il s'agit alors de prendre conscience de l'interdépendance entre tous les phénomènes, leur âme, et leur manière de s'attacher à notre âme. Pont-de-l'Arche où la terre natale... 

Ces phénomènes alimentent notre bonheur : sens du savoir, comment se crée notre notion du bienêtre, d'où vient notre conscience de ce qui est bon, quelles en sont les limites ? 

Bonheur, sens et quête du savoir ; horizon qui donne une orientation à notre cheminement ; orientation vers la naissance de la lumière quelle que soit la saison ; sève de notre arbre généalogique ; doute qui permet de poser peut-être les bonnes questions...

Rabelais quoi qu'il en soit... entre vins, livres et mets sapides : conscience du savoir s'il sait sucrer le faste palais du quotidien et donc là où se rassemblent les gens... érudition en entrée, curiosité en plat principal et conscience en dessert... et inversement, même si c'est moins agréable, pour un étudiant. 

Enfin, n'oubliez pas de poursuivre l'observation dans un verre à dégustation rempli de Calvados du bon bocage normand ! Au-delà des ténèbres de la Genèse, vous y verrez luire les étoiles de l'esprit et des plaisirs...