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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 15:47

S’il existait des professeurs à Pont-de-l’Arche depuis le Moyen Âge, il a fallu attendre la fin du XVIIIe siècle pour que l’enseignement concerne de près ou de loin tous les garçons de la commune. Organisés par le diocèse et la municipalité, les premiers cours dont nous avons retrouvé la trace ont été donnés à partir de 1781 dans l’église du couvent Saint-Antoine (fermé en 1738). Situés à l'angle des rues Fichet et Jean-Prieur, les murs de ce couvent ont entièrement disparu.

Nous perdons trace de cette école par la suite. À partir de 1792, l’État commence à donner des directives plus précises pour inciter les communes à organiser une école. Celles-ci tentaient de fournir un local, elles rétribuaient le professeur et lui payaient toute ou partie de son logement. En 1803, une enquête révèle la présence de deux instituteurs et, à partir de 1818, on trouve également une sœur de la Providence qui donnait des cours aux filles de la commune. Elle bénéficiait, elle aussi, de l’aide municipale.

 

Croizat-Beauregard.JPG

 

La salle Ambroise-Croizat : première école dès 1818

En 1818, Julien Blin reconstruit l’ancien Hôtel-Dieu, vendu comme bien national en 1793, dont il ne reste que la Salle d'Armes. Il loge dans les nouveaux locaux l'instituteur et deux soeurs avant de le donner au Bureau de bienfaisance. Outre les logements, le bâtiment est aménagé en maison d’école. À la mort de l’instituteur, en 1832, le conseil municipal demande une école mutuelle qui permettrait de recevoir beaucoup plus d’enfants. 

Après le vote de la loi Guizot sur l’instruction publique (28 juin 1833), la commune de Pont-de-l’Arche, unie pour l’instruction aux communes voisines d’Igoville et des Damps, décide de réaménager le bâtiment, que le Bureau de bienfaisance accepte de céder à la commune, pour y accueillir tout à la fois les garçons et les filles. Les premiers élèves furent accueillis dans le logement du professeur avant les travaux de 1835 qui permirent l’ouverture de salles de classe adaptées à l’enseignement collectif, la création de deux cours derrière le bâtiment et un exhaussement de celui-ci pour loger les enseignants au-dessus des classes. Les garçons, dans l’actuelle salle Ambroise-Croizat, sont confiés à un instituteur (sans doute un Frère) et les filles, dans la salle devenue Beauregard, à deux sœurs de la Providence. Les enseignants sont logés à l’étage, alors mansardé. Ils bénéficient de la générosité de Mlle de Montalent qui offre une rente mensuelle de 1 800 francs pour subvenir à leurs besoins.

 

Vers 1860 : nouveau bâtiment pour l'école de filles 

Les locaux de la salle Ambroise-Croizat devinrent vite vétustes. En 1858, l’école de filles, qui accueillait 60 filles dans une salle de 6,25 m sur 5,5 m, était déclarée « insalubre ». Pour pallier ce problème, la mairie acquiert un logement plus grand à l’encoignure de la place Maréchal-Leclerc et de la rue du Petit Salut (au n° 9). La cour intérieure servit de cour de récréation et le parvis de l’église de champ d’exercice. Du coup, les garçons, enseignés maintenant par deux ou trois Frères de la Doctrine chrétienne, se retrouvèrent seuls dans l’ancien Hôtel-Dieu qui est réaménagé, en 1860, en particulier le premier étage, avec infirmerie, cuisine, réfectoire, parloir et oratoire.

 

Ecole de filles

 

Laïcisation de l'enseignement

Malgré un Conseil municipal plutôt conservateur, la laïcisation des écoles se fit très rapidement à Pont-de-l’Arche. En 1883, les Frères de l’école des garçons durent démissionner suite aux ordres de leur hiérarchie qui ne supportait pas les récentes réformes de Jules Ferry en matière de laïcisation des programmes scolaires. M. Grambert devint ainsi le premier instituteur laïc de la commune. L’école des filles se laïcisa en 1901 grâce à la nomination d’une nouvelle institutrice, Juliette Fortier. La même année 1901, une école religieuse est ouverte dans notre ville, l’école Saint-Charles, qui divisa par deux les effectifs de l’école publique.

 

Salles Ambroise-Croizat et Beauregard : description du bâtiment 

Érigé en 1818 par Julien Blin, et largement rénové à la fin du XIXe siècle, ce bâtiment est réalisé avec du matériau de pays, c’est-à-dire de petits moellons calcaires en remplissage. Quant au chainage, il est réalisé avec de la brique rouge locale car la production de ce matériau était devenue courante dans la région et les constructeurs avaient confiance en ce matériau pour réaliser la structure des bâtiments. C’est ainsi que les arêtes des murs et le haut des pignons sont réalisés en brique. Mais ce matériau a aussi servi de décoration comme on peut le voir aux jambages des fenêtres mais aussi aux bandeaux entre les étages. Quant au toit, il est composé de deux longs pans couverts de tuiles plates. Il porte les sirènes de la ville.

 Extension-Beauregard-1.JPG

L’arrière de la salle Beauregard présente aussi un intérêt architectural. En 1896, M. Revert, le nouveau directeur de l’école, demanda au conseil municipal de réaliser des aménagements afin d’agrandir les logements des enseignants. Ainsi Hubert Marie, architecte et agent voyer de la commune, proposa la création d’un escalier donnant sur la partie nord du bâtiment (sente de Beauregard). L’objectif était d’installer les logements des autres professeurs un peu plus loin que celui du directeur. Les travaux furent réalisés en 1897 comme en témoigne un millésime, situé du côté de la cour intérieure, qui cite Eugène Ferrand, maire de la ville.

 

Extension-Beauregard-2.JPG

Cet agrandissement témoigne d’un gout architectural prononcé. Le toit en pavillon, couvert d’ardoises, possède une très forte pente qui confère à ce bâtiment carré un aspect néogothique. Cette impression est renforcée par les meurtrières mais aussi l’accolade située au-dessus du linteau de la porte. Les linteaux situés au dessus des ouvertures imitent les nervures des décorations gothiques – sans la souplesse de leurs courbes – et intègrent des décors trilobés. L’angle des murs consiste en une chaine de refends réalisée en brique rouge. Quant au remplissage, il est composé au rez-de-chaussée d’une alternance de lignes de briques claires et de silex de pays. Le premier étage présente, quant à lui, un damier de ces mêmes matériaux. Quelques ancres viennent parachever ce riche appareillage de matériaux.

 

C’est en 1978 que le Conseil municipal présidé par Roger Leroux baptisa une salle du nom d’Ambroise Croizat (ministre communiste du travail de 1945 à 1947) et ce suite à la proposition de Gilbert Bonnetier, adjoint au maire et secrétaire de la section locale des mutilés du travail. Quant à la salle Beauregard, elle doit son nom à la proximité de la sente qui la jouxte.

Un escalier situé à droite de l’entrée de la salle Ambroise-Croizat permet de descendre vers la salle d’Armes qui était la cave de l’ancien Hôtel-Dieu.

Cette école servit uniquement de logements aux enseignants à partir de 1934 lorsque le groupe scolaire Maxime-Marchand fut ouvertDans l’après guerre, l’ancienne école de garçons accueillit aussi l’école ménagère agricole qui prodiguait une formation jusqu’au CAP. Puis elle servit de petite salle polyvalente.

 

Quant à l’ancienne école de filles, elle servit de logement aux institutrices avant d’accueillir la caserne de pompiers, après guerre, et d’être vendue à un particulier.

 

Sources

Registres de délibérations du Conseil municipal 

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

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commentaires

Vinsareva 11/10/2012 19:35


Merci pour ces informations.

Armand 12/10/2012 12:04



Avec plaisir !



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Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Compte LinkedIn.

Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au coeur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte. Gege wanazioni wangu !

Réflexion

Le temps n'est pas. Il n'y a qu'une règle graduée portant les marques "hier, aujourd'hui et demain" ; c'est-à-dire quelques traits issus de la faculté des Hommes à compter le passage des astres ; beautés et mesures à la fois, par Odin !

C'est avec cette règle que les Hommes tentent de mesurer les phénomènes les plus apparents. Ils se donnent des repères parmi l'érosion, véritable mère de la prise de conscience : "ce qui est rare à du prix" écrivait Chateaubriand. 

Il s'agit alors de prendre conscience de l'interdépendance entre tous les phénomènes, leur âme, et leur manière de s'attacher à notre âme. Pont-de-l'Arche où la terre natale... 

Ces phénomènes alimentent notre bonheur : sens du savoir, comment se crée notre notion du bienêtre, d'où vient notre conscience de ce qui est bon, quelles en sont les limites ? 

Bonheur, sens et quête du savoir ; horizon qui donne une orientation à notre cheminement ; orientation vers la naissance de la lumière quelle que soit la saison ; sève de notre arbre généalogique ; doute qui permet de poser peut-être les bonnes questions...

Rabelais quoi qu'il en soit... entre vins, livres et mets sapides : conscience du savoir s'il sait sucrer le faste palais du quotidien et donc là où se rassemblent les gens... érudition en entrée, curiosité en plat principal et conscience en dessert... et inversement, même si c'est moins agréable, pour un étudiant. 

Enfin, n'oubliez pas de poursuivre l'observation dans un verre à dégustation rempli de Calvados du bon bocage normand ! Au-delà des ténèbres de la Genèse, vous y verrez luire les étoiles de l'esprit et des plaisirs...