Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 17:54

La Seine jusqu’au XIXe siècle…

De nos jours la Seine est un fleuve facilement navigable. Aucun banc de sable n’apparait à la surface et les berges sont presque toutes contenues. Le lit est profond et le courant modéré en dehors des périodes d’inondation. Mais cette situation n’existe que depuis le XIXe siècle. Auparavant, la Seine était moins profonde et bien plus large. Elle devait ressembler à la Loire de nos jours avec un débit plus fort.

Depuis des siècles, la navigation autour de Pont-de-l'Arche était rendue difficile à cause des pertuis de Martot et de Poses où la Seine perdait de l’altitude. Alors, pour franchir ces passages, on recourait au halage des bateaux (tirés à l’aide de cordes depuis les berges), tout comme on le faisait sous les ponts de Vernon et de Pont-de-l’Arche, par exemple, ou encore tout du long du parcours aval-amont. Mais ces pratiques étaient lentes, à la fin du XVIIIe siècle, il fallait deux jours à un bateau chargé pour aller d’Elbeuf à Porte-Joie !

A la différence de la Loire, la Seine participa directement à la naissance et à la prospérité de Paris, ce que qui lui valut une grande attention des autorités. Avec le développement des connaissances techniques, on bâtit des barrages munis d’écluses en travers de la Seine (Saint-Aubin-lès-Elbeuf, Poses, Courcelles…) pour sécuriser la navigation malgré la perte d’altitude du fleuve.

 

barrage-de-martot
Le barrage de Martot, dans l'alignement des écluses de Saint-Aubin-lès-Elbeuf, fut détruit en 1938 pour faciliter la navigation fluviale.



Les grands travaux de 1934-1938

Reconnus d’utilité publique dès 1929 par ministère des Travaux publics, les chantiers qui nous intéressent débutèrent en 1934 sous la conduite de l'ingénieur en chef des Ponts & chaussées, Monsieur Parmentier. Avant de détruire le barrage de Martot et de désaffecter les écluses de Saint-Aubin-lès-Elbeuf, il fallut faire disparaitre la différence d’altitude du lit du fleuve avant et après le barrage. Un vaste travail de dragage du lit de la Seine fut entrepris entre Saint-Aubin-lès-Elbeuf et Poses. De nombreuses berges furent endiguées pour limiter l’érosion qui enrichissait depuis toujours les bancs de sable et de vase, donnant naissance à des ilots. Le lit de la Seine fut dragué et passa de 3,81 mètres à 2,3 mètres d'altitude. La terre issue du dragage fut jetée sur les iles de Seine situées entre Les Damps et Martot. Le barrage de Saint-Aubin-lès-Elbeuf fut détruit en octobre 1938. La baisse du lit de la Seine explique, depuis ce temps, l’impressionnante chute d’eau observée au barrage de Poses et l'assèchement de la plaine d’Alizay et d’Igoville (dont le Nigard) ce qui rendit inutiles les arches du Diguet


La problématique du niveau de l'eau

La baisse de niveau des eaux de Seine posait un problème de taille : l’Eure et les bras de Seine longeant les berges depuis Les Damps à Martot allaient se retrouver surélevés et donc asséchés le plus clair de l'année. Ceci poserait problème à l'alimentation des nappes phréatiques et donc à la vie quotidienne des habitants et des nombreux maraichers de la région. C'est pourquoi les Ponts & chaussées décidèrent d'assurer un niveau minimum des eaux de l'Eure et des bras de Seine. Les terres issues du dragage de la Seine servirent à réunir les iles entre Les Damps et Martot afin de séparer un bras de Seine du cours principal. Le plus gros travail fut réalisé en face des Damps où se trouvait le confluent entre l'Eure et la Seine. Celui-ci fut entièrement comblé. Les iles entre Les Damps et Pont-de-l'Arche furent réunies et prirent le nom d'ile Saint-Pierre, une presqu'ile en fait. En face de Pont-de-l'Arche, cette presqu'ile fut endiguée. En aval, un petit barrage fut dressé à Martot pour retenir les eaux du bras de Seine accueillant désormais les eaux de l’Eure. La rivière a ainsi gagné dix kilomètres faisant désormais 228,5 km de long. Pour limiter la pression sur le barrage de Martot, un déversoir fut créé face à Pont-de-l'Arche pour écouler les hautes eaux de l'Eure. Depuis ce temps, l'Eure échappe à la marée sauf en période de crue. Pour ne pas tuer la navigation sur l'Eure, déjà réduite en ce temps, une porte marinière fut créée face à Pont-de-l’Arche. Deux petits ponts furent jetés sur l'Eure aux Damps (1935) et à Criquebeuf afin de charger les péniches sur la Seine (notamment du bois de la forêt de Bord). 

 

Le-deversoir-en-novembre-3
Le déversoir de Pont-de-l'Arche (photo de Nicole Grillié) date des grands travaux des années 1930. Il assure un niveau minimum des eaux de l'Eure. Il fut endommagé par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. 


L’Eure témoigne donc du niveau de la Seine après la création du barrage de Martot (1864). Cependant, le barrage de Martot céda sur 25 mètres de long en juillet 1938, comme il l'avait déjà fait en 1929. Le fleuve retrouva son niveau d'avant 1864 et perdit jusqu'à 3,4 mètres d'altitude par moment et par endroit. L'Eure était à sec et les nappes phréatiques furent mal alimentées. La population se plaignit auprès des autorités de l'assèchement des puits. Le maire de Pont-de-l'Arche Raoul Sergent prit donc l'initiative de créer un syndicat intercommunal le 17 juillet 1939 afin de trouver une solution au problème des eaux. L'actuel barrage de Martot est la solution au maintien du niveau des eaux de l'Eure.  

Notons enfin que ces travaux, ayant pour objectif d’accroitre le tirant d’eau des péniches, ont été accompagnés de grands travaux au pont de Pont-de-l’Arche. Les arches sur la Seine furent élargies entre 1931 et 1935 par une entreprise allemande. Ironie de l’histoire, c’est le génie français et anglais qui fit sauter ce pont devant les panzers de Rommel le 9 juin 1940.

 

Vue-aerienne-de-l-ancien-pont

De 1931 à 1935, les arches du pont de Pont-de-l'Arche (bâti en 1857) furent remplacées par deux seules arches, au-dessus du cours princpal de la Seine, afin de faciliter le passage de remorqueurs au tirant d'eau toujours croissant.

 

Sources

Dauphin R., "La force motrice, l'usage et le régime des eaux dans la basse vallée d'Eure", Les Eaux et forêts en Normandie, actes du VIIIe congrès des sociétés historiques et archéologiques en Haute-Normandie, Lyons-la-forêt, du 3 au 7 octobre 1973, 168 pages.

Launay A., L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche, Condé-sur-Noireau : Charles-Corlet, 2007, 248 pages. 

L'Industriel de Louviers

 

 

A lire aussi...

Randonnée des Damps à Martot

Les ponts de Pont-de-l'Arche de 862 à nos jours

L'origine du nom de l'Eure

Le vitrail du halage ou Pont-de-l'Arche étape fluviale de Seine avant 1813 

 

Armand Launay

Pont-de-l'Arche ma ville

http://pontdelarche.over-blog.com

Bando 13x9 (1)

Repost 0

  • : Pont de l'Arche histoire, patrimoine et tourisme
  • Pont de l'Arche histoire, patrimoine et tourisme
  • : Bienvenue sur ce blog perso consacré à Pont-de-l'Arche et sa région (Normandie, Eure). Vos commentaires et messages sont aussi les bienvenus ! Pour utiliser mes travaux, contactez-moi;-)
  • Contact

Mes activités

Armand Launay. Né à Pont-de-l'Arche en 1980, j'ai étudié l'histoire et la sociologie à l'université du Havre (Licence) avant d'obtenir un DUT information-communication qui m'a permis de devenir agent des bibliothèques. J'ai ainsi été formateur en recherche documentaire et en rédaction de littérature scientifique. Compte LinkedIn.

Depuis 2002, je mets en valeur le patrimoine et l'histoire de Pont-de-l'Arche à travers :

- des visites commentées de la ville depuis 2004 ;

- la publication de 20 numéros de La Fouine magazine (2003-2007) et d'articles : "Conviviale et médiévale, Pont-de-l'Arche vous accueille", Patrimoine normand n° 75 ; "Pont-de-l'Arche, berceau de l'infanterie française ?", Patrimoine normand n° 76 ; "Bonport : l'ancienne abbaye dévoile son histoire", Patrimoine normand n° 79 ; "Chaussures Marco : deux siècles de savoir-plaire normand !", Pays de Normandie n° 75.

Bibliographie

- L'Histoire des Damps et des prémices de Pont-de-l'Arche (éditions Charles-Corlet, 2007, 240 pages)

- Pont-de-l'Arche (éditions Alan-Sutton, collection "Mémoire en images", 2008, 117 pages)

- Pont-de-l'Arche, cité de la chaussure : étude sur un patrimoine industriel normand depuis le XVIIIe siècle (mairie de Pont-de-l'Arche, 2009, 52 pages)

- Pont-de-l'Arche, un joyau médiéval au coeur de la Normandie : guide touristique et patrimonial (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 40 pages).

- Pont-de-l'Arche 1911 I 2011 : l'évolution urbaine en 62 photographies (mairie de Pont-de-l'Arche, 2010, 32 pages).

De 2008 à 2014, j'ai été conseiller municipal délégué à la communication et rédacteur en chef de "Pont-de-l'Arche magazine".

Depuis 2014, je suis professeur de philosophie à Mayotte. Gege wanazioni wangu !

Réflexion

Le temps n'est pas. Il n'y a qu'une règle graduée portant les marques "hier, aujourd'hui et demain" ; c'est-à-dire quelques traits issus de la faculté des Hommes à compter le passage des astres ; beautés et mesures à la fois, par Odin !

C'est avec cette règle que les Hommes tentent de mesurer les phénomènes les plus apparents. Ils se donnent des repères parmi l'érosion, véritable mère de la prise de conscience : "ce qui est rare à du prix" écrivait Chateaubriand. 

Il s'agit alors de prendre conscience de l'interdépendance entre tous les phénomènes, leur âme, et leur manière de s'attacher à notre âme. Pont-de-l'Arche où la terre natale... 

Ces phénomènes alimentent notre bonheur : sens du savoir, comment se crée notre notion du bienêtre, d'où vient notre conscience de ce qui est bon, quelles en sont les limites ? 

Bonheur, sens et quête du savoir ; horizon qui donne une orientation à notre cheminement ; orientation vers la naissance de la lumière quelle que soit la saison ; sève de notre arbre généalogique ; doute qui permet de poser peut-être les bonnes questions...

Rabelais quoi qu'il en soit... entre vins, livres et mets sapides : conscience du savoir s'il sait sucrer le faste palais du quotidien et donc là où se rassemblent les gens... érudition en entrée, curiosité en plat principal et conscience en dessert... et inversement, même si c'est moins agréable, pour un étudiant. 

Enfin, n'oubliez pas de poursuivre l'observation dans un verre à dégustation rempli de Calvados du bon bocage normand ! Au-delà des ténèbres de la Genèse, vous y verrez luire les étoiles de l'esprit et des plaisirs...